105e sur 132 pays : Autopsie de la chute progressive du Sénégal dans l'indice mondiale de l'innovation

vendredi 1 octobre 2021 • 345 lectures • 0 commentaires

Économie 2 semaines Taille

105e sur 132 pays : Autopsie de la chute progressive du Sénégal dans l\'indice mondiale de l\'innovation

Au classement des États les plus innovants, le podium n’est pas fait pour le Sénégal. Il est à la 105e  position cette année contre 102e en 2020. Des responsables de startups livrent leur opinion sur ce classement et les corrections à apporter pour booster le rang du Sénégal. 

Le Sénégal chute encore. Il recule de trois points cette année. Dans l’édition 2021 de l’Indice mondial de l’innovation publié par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi), le Sénégal est au 105ème rang sur 132 économies. Un coup d’œil dans les précédents rapports de l’agence onusienne montre que non seulement, le pays figure constamment dans les 40 dernières économies, mais il régresse progressivement. D’année en année. En 2020, il était à la 102e position. Soit six places perdues par rapport à 2019. Cette année-là, le Sénégal était le 96e pays le plus innovant sur 129 économies. Cet indice créé depuis 2007 est calculé à partir d'environ 80 critères, répartis en deux catégories : les moyens mis en œuvre en matière d'innovation et les résultats effectifs des activités d'innovations. On trouve par exemple, dans le premier des indicateurs sur les institutions, le capital humain ou les infrastructures, tandis que le second s'articule autour de deux piliers : les résultats en matière de savoir et de technologie et les produits de la créativité. Mais qu’est-ce qui peut expliquer ces chutes du Sénégal dans ces classements ? Pourquoi les startups sénégalaises trainent encore les pieds ? 
Basile Niane est le directeur général SocialNetLinck, une startup spécialisée dans la communication digitale. Pour lui, les startups sénégalaises ne sont pas à la traîne. Aucunement. «On donne beaucoup de classement sans pour autant savoir ce qui se cache derrière. Il faut se demander si ce classement a tout ce qu’il faut comme ingrédients pour être crédible aux yeux des startups», s’interroge-t-il d’emblée. De son avis, le Sénégal mériterait un classement appréciable, vu les efforts de promotion de l’entreprenariat. « Avec toute la stratégie qui a été déployée par le gouvernement avec la mise en place de la Der (Délégation à l’entreprenariat rapide) et d’autres institutions, je crois que notre pays mériterait un classement assez normal. D’ailleurs, au niveau de l’Afrique, nous sommes en très bonne position. Le Sénégal est en train de s’imposer. Moi, je suis très optimiste. C’est vrai qu’il y a beaucoup de problèmes, mais il y aura des évolutions.» Il invite, au delà des startups, à prendre en compte la différence de langue. «C’est souvent les pays anglophones qui sont devant. Les francophones viennent après. Cette situation s’explique par le fait que l’anglais est beaucoup plus utilisé. Les investisseurs également préfèrent plus les pays anglophones», ajoute Basile Niane.


«Ce qui pose problème, ce sont les niveaux d’éducation»
Abdou Dieng, Directeur général de Ad for Africa (Adafri), une startup évoluant dans la publicité programmatique et président de Sen startup, pense que le problème du Sénégal n’est pas lié à l’innovation technologique. C’est plutôt un manque d’éducation digitale de la population et l’absence d’un marché qui comprend et absorbe les produits. Selon lui, contrairement aux pays européens, au Sénégal, les startups sont en avance sur la population. «L’innovation est là. Prenons l’exemple du code USSD ou du Mobile Money qui vient juste d’arriver dans les pays occidentaux. Ce qui pose problème, ce sont les niveaux d’éducation. Nous sommes dans un contexte de sous-éducation. Les gens n’arrivent pas à s’approprier des produits digitaux parce que pour eux, toute application doit être reliée à des éléments d’interaction sociale.  Quand vous êtes dans un peuple d’émotions, la seule chose qu’il recherchera, c’est le divertissement. Vous aurez beau donner des applications d’utilité publique, cela ne les intéressera pas. C’est le problème que nous avons. C’est dans ce contexte que les startups sénégalaises évoluent. Ce qui fait que le marché est encore trop petit et ne peut pas absorber tout le produit», explique M. Dieng. Souleymane Agne est le Directeur général de Fraisen. Il s’active dans la production et la commercialisation de la fraise. Lui analyse le blocage sur un triptyque. Pour M. Agne, si les startups sénégalaises peinent à arriver à un certain niveau et émuler celles étrangères, c’est parce qu’il y a d’abord un souci de disponibilité des fonds nécessaires pour mettre en pratique leurs idées. Il s’explique : «Beaucoup de jeunes sont pleins de créativité et sont assez innovants, mais la plupart ne vont pas au bout de leurs projets. Les projets les plus pertinents et les plus innovants ne sont pas réalisés parce qu’ils n’ont pas assez de ressources pour les porter. Personnellement, j’ai mis beaucoup de projets rangés dans les tiroirs, faute de moyens. On en a un dans le domaine technologique pour apporter une innovation dans l’agriculture, notamment le système d’arrosage ou encore donner des conseils aux agriculteurs, via un appel téléphonique de rappel pour leur livrer toutes les informations dont ils ont besoin pour réussir leurs cultures». Il évoque aussi un manque de confiance aux jeunes. «Les gens qui ont les moyens ne croient pas trop à ces projets. Ils sont dans un autre monde qui tranche avec la réalité dans laquelle évoluent les jeunes. On a des personnes qui ne sont pas encore connectées à la réalité. J’ai aimé un projet porté par un ami. Un concept qui consiste à recharger la batterie d’un téléphone en ligne et à distance. Pour de pareils projets, ceux qui détiennent les financements ont besoin de temps pour y croire. Et pendant qu’ils essaient de se convaincre de la faisabilité d’un projet, les autres le réalisent et passent à autre chose», ajoute l’agronome. Il se plaint, à côté, d’un défaut d’accompagnement des partenaires. «La création d’une startup demande toute une technologie derrière et un accompagnement des opérateurs téléphoniques présents au Sénégal. Malheureusement, quand ces opérateurs décident d’aller en partenariat avec une startup, c’est pour s’approprier des 40 ou 50%. Alors que si vous exigez 40 ou 50% à une startup qui vient de démarrer, cela ne l’encourage pas», déplore le Dg de Fraisen.  


«Il faut aller chercher de l’investissement privé et créer les marchés pour ces startups»
Expert entreprise pour Positive planet internationale, Pape Ba Gahn estime que c’est dans la facilité de création de startups que les autres pays dament d’abord le pion au Sénégal. Il prend l’exemple de l’Ile Maurice qui occupe le 1er rang en Afrique et 52e mondial. «L'Île Maurice est le premier pays en termes de facilités pour créer des startups. En quelques heures, tu peux créer ta startup. Il y a une défiscalisation totale durant les trois premières années. Il y a aussi des fonds spéciaux pour les startups. Il faut donc un écosystème avec beaucoup de facilités pour promouvoir l’investissement et s’ouvrir au marché. C’est ce que l’Ile Maurice et l’Afrique du Sud ont réussi. Le Cap-vert aussi a fait beaucoup de facilités pour les startups en termes de service», souligne M. Gahn. Selon lui, le Sénégal, après avoir investi dans l’écosystème des startup, a posé des mesures d’accompagnement à travers le Fonds national de promotion de la jeunesse (Fnpj), l’Agence Nationale pour l'Emploi des Jeunes (Anej), l’Agence Nationale pour la promotion de l'emploi des jeunes (Anpej) et la Délégation à l’entrepreneuriat rapide (Der). Mais il ne doit pas s’en arrêter là. «Il y a la loi sur le statut de la startup, appelée startup-Act, qui a été votée et qui attend le décret d’application. De plus en plus, des efforts sont notés. Il faut aller chercher de l’investissement privé et créer les marchés pour ces startups pour que leurs produits puissent se vendre. Les startups sénégalaises ont des difficultés dans l’accès aux financements et l’ouverture à de potentiels marchés. Si les startups ont du mal à lever des fonds pour favoriser leur croissance, leur innovation ne sera pas assez poussée. L’Etat doit jouer le rôle de facilitation pour que les investisseurs privés viennent mettre de l’argent dans les startups. C’est cette synergie qui manque dans notre écosystème sénégalais. On n’a pas assez de fonds d’investissements. Les trois fonds majeurs qui sont présents sur le marché sénégalais sont l’Iep (Investisseurs et partenaires), Partec et Téranga Capital. Ces fonds ont généralement des tickets assez élevés et qui ne financent pas directement les startups. Le financement n’est donc pas adéquat aux besoins de nos startups. C’est pourquoi il est nécessaire de trouver un mécanisme de financement de startup pour pousser l’innovation», poursuit l‘expert entreprise. «Il faut faire plus de facilité, promouvoir plus l’incitation à l’innovation au Sénégal à travers les universités, à travers les incubateurs, les accélérateurs et les labo (Lab d’innovation). Il faut aussi trouver un fonds spécial pour financer l’innovation. Mais également faciliter l’accès au marché pour ces startups afin de favoriser l’émulation et diffuser l’innovation (Connecter ces entrepreneurs au marché)», suggère-t-il en résumé.
AIDA COUMBA DIOP

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Publié par

Namory BARRY

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