A la découverte des "Solar Mamas" de Ndayane

jeudi 6 janvier 2022 • 285 lectures • 0 commentaires

Économie 1 semaine Taille

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A Ndayane Popenguine (commune de Popenguine, département de Mbour), l’Ong hindoue Barfoot college», en collaboration avec Dubaï Port world, donne une seconde chance aux femmes rurales non scolarisées. En les formant à l’installation de panneaux solaires. 

Ce fut soudain, vif et terrifiant. Comme une bombe, la déflagration a étourdi les membres de la famille de Néné Bâ, avant de les laisser complètement abasourdis. Un souvenir douloureux qui hante encore le sommeil de Néné. Alors que toute sa famille était regroupée dans la grande case de leur village à Piktel dans la commune de Ranérou, la femme de 61 ans envoie son petit-fils chercher une tasse dans la chambre d’à côté. Quelque temps après, toute la famille Bâ est alertée par les cris stridents du petit garçon. Dans la chambre, ils tombent sur le spectacle du petit garçon gisant à terre. «Il a été mordu par un serpent», lâche un des membres du groupe. S’ensuivit une panique généralisée. Malheureusement, les tentatives pour tuer l’animal seront vaines à cause de l’obscurité qui enveloppait la concession et le village. Pour amener le petit à l’hôpital, il leur a fallu remuer ciel et terre pour trouver un moyen de transport, puis pour trouver le chemin qui mène à la case de santé du village. L’enfant, très mal en point, finit par s’évanouir en cours de route. C’est vers l’aube, à l’apparition des premiers rayons du soleil qu’ils retrouveront le chemin. « Tout ceci ne se serait jamais produit si le village était électrifié », soutient Néné Bâ. Une complainte en passe d’être satisfaite, mais la population de Piktel devra encore patienter quatre mois pour voir son rêve se concrétiser. Et ce sera grâce à l’accompagnement de « Barfoot College International ». Une Ong qui, avec le financement de « Dubaï Port Word », a mis en place un centre pour l’autonomisation des femmes dans le domaine de l’énergie solaire. « Dubaï Port World a subventionné l’Ong Barfoot collège à hauteur de 225 millions de francs Cfa pour la mise en place de ce centre afin d’accompagner des femmes dans le domaine de l’autonomisation économique dans le domaine solaire », explique Mame Yacine Diop, responsable communication et développement durable de DP World Dakar. L’établissement forme, en ce moment, une dizaine de femmes issues des villages non électrifiées de la commune de Ranérou à l’installation des systèmes solaires autonomes.  
«Barfoot collège» est le havre de paix d’une dizaine de femmes. Niché sur la Petite côte dans la commune de Ndayane, à 35 km par la mer et 70 par la route, au sud de la capitale sénégalaise. Le centre de formation a été inauguré par le président de la République, Macky Sall, le lundi passé. A première vue, le local renvoie à une maison familiale. Construite sur un grand périmètre, entièrement peinte en blanc, la bâtisse R+1 passerait presque inaperçue dans ce bourg du quartier de Ndayane. Si ce n’était ce panneau indicatif fiché à l’angle d’une rue, rien ne laisserait présager que ce quartier abrite un centre qui forme les femmes non scolarisées pour être des ingénieurs solaires. Carine Sarr en est la coordinatrice régionale. Sourire affable, la bonne dame reçoit dans une magnifique robe wax. La poignée de main est franche, l’accueil chaleureux. Puis elle invite à pénétrer son monde. Ce gîte où des effluves de « ceebu jeen » caressent les sens dès la porte noire franchie. Une dizaine de pas après, nous voilà dans une grande salle, sorte de classe pour les futures ingénieures. Dans cette partie du centre, une large table recouverte d’un tissu blanc est visible. Tout autour sont disposées des chaises. Sur le mobilier sont délicatement posés des matériaux solaires, tels que des plaquettes, des outils solaires, des lampes torches etc. L’endroit respire la propreté et la quiétude. « Les femmes sont en train de suivre un cours sur la Santé de la Reproduction ! Patientez un peu », lâche courtoisement la maîtresse des lieux. Quelques instants après, Béatrice, la formatrice des 10 bénéficiaires, fait son apparition. Emmitouflée dans un ensemble en wax multicolore, la dame nous amène retrouver les femmes. En arpentant les escaliers, on aperçoit, au premier étage, un couloir le long duquel sont rangés des ordinateurs. A côté d’eux, 6 chambres sont disposées. Leurs portes entrouvertes laissent voir de larges lits recouverts de draps propres sur lesquels sont attachés des moustiquaires. Et quelques escaliers plus tard, l’espace aménagé pour la détente pour les femmes se dessine. Sur une grande surface abritant la terrasse, elles sont une dizaine, assises sur une natte. Très à l’aise dans leurs blouses blanches portant l’estampille « Barfoot college », ces femmes discutent dans leur langue locale, le pular. Entre les quatre murs de ce lieu, ces femmes non scolarisées libèrent leur génie créateur grâce « Barfoot college » et « Dubaï Port Word ».

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«Une méthode d’enseignement avec des couleurs, des dessins et des jeux»
C’est une lumière au bout du tunnel. Une sorte de rédemption. Une seconde chance. Agée de 48 ans, Maïmouna Sow revient de loin. En compagnie des autres femmes, elle se démarque. Le pagne bien noué et un tee-shirt en Wax orange, le tout dissimulé dans une large blouse blanche est à même d’expliquer sa situation. La voix monocorde avec un léger accent pular, cette mère de famille est issue de Koudalaye, un village niché à 65 kilomètres du département de Ranérou. Très à l’aise dans son speech, Maïmouna Sow déroule : « Chez nous, il fait tellement sombre que parfois, si on dure en forêt, on est obligés d’y passer la nuit avec tous les risques que cela comporte. » Plongée dans ses pensées, Maïmouna laisse libre cours à son angoisse et sa frustration. Elle a subi les affres de l’obscurité. « L’année dernière, alors que mon mari était parti en voyage, je me suis fait voler la majorité de mon bétail. C’était très difficile pour moi, car tout le monde sait les liens qu’il y a entre un peulh et son bétail. J’en ai voulu à tout le monde », se remémore tristement Maïmouna, les yeux embués de larmes. Ce projet est alors une aubaine pour cette mère de cinq enfants dont la séparation avec les siens fut difficile. « Je n’étais pas bien, car je pensais tout le temps à ma famille, mes enfants. Quitter 4 mois sa famille est certes très difficile, mais, le savoir et la connaissance demandent des sacrifices. Avec ce projet, nous pourrons éclairer notre contrée. Aujourd’hui, mes enfants sont pris en charge par ma coépouse et les membres de la belle-famille ». Et pourtant, lors de sa venue dans le centre de formation, Maïmouna était très sceptique. « Dans le centre, j’avais peur de ne pas comprendre ce qu’on enseignait. Mais, avec les couleurs, dessins et certains jeux que nous faisons, je suis convaincue qu’une fois les 4 mois bouclés, je serais un ingénieur solaire », souffle dans un large sourire la dame de 48 ans. Qui rajoute qu’avec ce projet, elle sera indépendante financièrement. Puisqu’en plus du solaire, les femmes sont initiées à la transformation du savon et du charbon à des fins commerciaux. 

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«La nuit, tout s’arrête, tout est sombre»
Elle est la plus jeune des femmes choisies, mais, de loin, la plus engagée pour réussir dans ce projet. Mariée depuis deux ans, Aïssatou Diallo est issue de la brousse enclavée du village de Koudalaye, dans la région de Matam. Une contrée qui n’est pas reliée au réseau national d’électricité. « Dans notre village, pour recharger leurs portables, seul moyen de communication avec l'extérieur, les jeunes parcourent régulièrement à pieds 14 km pour rallier le village voisin qui lui détient des panneaux solaires », lâche la jeune dame de 25 ans. D’une beauté discrète, Aïssatou est enveloppée dans une blouse blanche qui laisse apparaître une robe bleue. Mal à l’aise à cause de sa situation, elle soutient : «Les bougies offrent une lumière insuffisante et sont coûteuses pour un village qui n'a aucun revenu salarial. Pour la plupart, nous allumons des feux de bois et ils s’éteignent vite. Notre village est éclairé par des lampes de poches et des torches. C’est inadmissible.» Face à cette situation désastreuse, Aïssatou était aux anges quand on lui a proposé d’intégrer le projet de «Barfoot collège». «Au début, j’avais peur, car je n’ai jamais quitté mon village. Mais, avec les avantages de ce projet, je n’ai plus de réserves», explique-t-elle. Aïssatou a de la volonté et est déterminée pour qu'un maximum de foyers puisse bénéficier de l’éclairage. La jeune mariée est impatiente de contribuer au développement social et économique de son village, car à Koudalaye, le jour est rythmé par la lumière du soleil, mais la nuit tout s’arrête, tout est sombre. «Ce problème d’éclairage est un frein majeur à l’éducation des enfants qui ont besoin de lumière pour faire leurs devoirs et étudier les soirs», conclut t-elle.



CARINE SARR, COORDINATRICE DU CENTRE « BARFOOT COLLEGE » : « Ce projet a été financé à hauteur de 225 millions de Francs Cfa »
Le projet : « Pour la phase de lancement, ce sont dix femmes provenant des villages reculés de la commune de Ranérou qui suivent cette formation qui dure quatre mois.  Au terme de leur formation, ces femmes bénéficieront de 50 kits pour électrifier leurs ménages et retourneront dans leurs villages. Une fois tout le matériel installé, chaque famille paiera une petite cotisation permettant de rémunérer les femmes «ingénieures ». En plus de cela, à notre niveau, le barfoot collège, en collaboration avec Dubaï Port World, donnera aux bénéficiaires, à la fin de fa formation, une somme considérable pour qu’elles puissent commencer à mettre en place leur projet. Nous travaillons avec Dubaï Port Word qui a financé ce projet à hauteur de 225 millions de Francs cfa ». 
Les enseignements : « En fait, le matériel de formation est spécifiquement conçu pour les personnes qui n’ont jamais été à l’école. Donc, tout l’apprentissage se fait sur la base de couleurs et de codes. Elles savent lorsqu’elles voient un fil rouge, où il doit aller. Il y a aussi l’apprentissage à partir des jeux et des dessins pour tout simplement leur permettre d’assimiler plus facilement.  La cohorte ne présente que des Sénégalaises. La particularité de ce programme est qu’il est conçu pour être dispensé à des femmes qui n’ont jamais été à l’école. Elles ont des cours de 9 à 17 heures avec des pauses déjeuner. Elles passent leurs journées à apprendre comment assembler le matériel solaire qui est en pièces détachées. Comment connecter les différents objets. Au cours de la formation, elles apprennent à manier des lampes murales, des lampes mobiles, des panneaux et ensuite à tout raccorder pour que cela constitue un système ». 
Les critères de sélection : « Elles sont en général âgées entre 25 et 55 ans et bénéficient de la confiance des membres de la communauté qui les choisissent. Et, pour la sélection des villages, l’Ong travaille en étroite collaboration avec les agences étatiques comme l’Aner (Agence nationale pour les énergies renouvelables) et l’Aser (Agence sénégalaise pour l’électrification rurale). Ces villages se trouvent à des centaines de kilomètres de la route et donc, il n’y a aucune possibilité d’ici les années à venir qu’ils obtiennent l’électricité conventionnelle ni par la Sénélec ni par Woyofal. Donc, la seule alternative qui leur reste sont les énergies renouvelables dont le solaire. Nous allons voir ces communautés et une fois que nous sommes convaincus de leur bonne foi, nous leur donnons le feu vert pour qu’il fasse les démarches pour choisir la personne appropriée. Les femmes sont au cœur de la communauté. Donc, en marge de la formation solaire, on leur délivre un module d’inclusion digitale, d’inclusion financière afin de les aider à évoluer socialement ».
AICHA GOUDIABY 

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Publié par

Namory BARRY

admin

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