Air Sénégal, le virus dans les ailes

lundi 22 février 2021 • 175 lectures • 0 commentaires

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Air Sénégal, le virus dans les ailes

Créée en 2018, Air Sénégal qui avait pour but de devenir le leader du transport aérien dans la sous-région en s’appuyant sur le hub de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), peine toujours à déployer ses ailes vers des cieux lointains. Aujourd’hui, fortement touchée par la pandémie du Covid-19, la jeune compagnie tente de se remettre de cette nouvelle vague de difficultés avec la fermeture des frontières en Europe.  

Dans la réalité des opérations, la compagnie nationale Air Sénégal Sa est au bord du gouffre. Le pavillon national fait partie des sociétés sénégalaises les plus impactées par la pandémie du Covid-19. Avec une année 2020 difficile, la compagnie a vu son business-plan tombé comme un château de cartes, faussant toutes ses projections. Et le premier trimestre de 2021 ne semble pas être favorable à la jeune compagnie. Le 29 janvier dernier, le Premier ministre français, Jean Castex, avait officialisé les nouvelles restrictions liées à la pandémie du Covid-19 pour l’entrée sur le territoire français. Sauf motif impérieux, notamment une urgence professionnelle, il est désormais interdit de rallier l’Hexagone depuis un pays extérieur à la zone Union européenne. Une mesure qui porte un coup dur à la compagnie Air Sénégal. Avec la fin des voyages d’affaires vers la France et la fermeture des principaux aéroports de sa destination européenne, Air Sénégal qui était déjà dans une situation financière quasi insoutenable, se remettra-t-il de cette nouvelle vague de difficultés ?
En 2020, la jeune compagnie nationale qui avait bénéficié d’une dotation de 68 millions d’Euros (environ 44,5 milliards de FCfa) de l’Etat, avait tablé sur un demi-million de passagers pour l’année 2021, avec de nouvelles liaisons depuis le hub de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd). Pas encore sortie des turbulences de la pandémie du Covid-19, la compagnie a lancé, le mercredi 17 février 2021, sa nouvelle ligne Dakar-Milan-Dakar, en attendant les autres liaisons pour éviter la chute libre. Air Sénégal qui a perdu 25% de son chiffre d’affaires (75 millions d’Euros en 2019, soit environ 50 milliards de FCfa) en 2020, devrait connaître en 2021 une phase de relance après le gros trou d’air de 2020. 


Plan de résilience à la pandémie du Covid-19
«En 2020, Air Sénégal a effectué 3 684 vols. Alors que cette année-là,  le monde connaît sa plus vaste crise économique depuis plus d’un siècle, avec des répercussions profondes sur le secteur aérien, notre compagnie nationale a réussi à tirer son épingle du jeu au moment où la crise faisait prévaloir son diktat», se défend le responsable média d’Air Sénégal, Pape Ibrahima Diassé. Pour parvenir à ce niveau de performance au cours d’une année quasiment morte pour le transport aérien, M. Diassé fait savoir qu’Air Sénégal a très vite mis en place un plan de résilience, lequel a facilité une réaction «rapide et efficace» à tous les niveaux de l’exploitation. «Dans un esprit de front uni, les dirigeants engagés d’Air Sénégal, le personnel dynamique et dévoué à la fois de la compagnie, d’un côté, l’Etat du Sénégal, les partenaires techniques et financiers, de l’autre, se sont tous mobilisés pour accompagner le transporteur dans son élan de progrès très vite affiché après sa création. Ainsi, entre vols commerciaux, vols ad hoc et vols de rapatriements, la compagnie sénégalaise a continué ses dessertes durant toute l’année 2020. Faisant preuve d’une riposte à la hauteur de la crise. Ce qui lui a permis de ressortir fortifier de cet épisode et de vite se mettre en branle pour 2021», explique le responsable média d’Air Sénégal. 2021 étant une année cruciale dans la vie de la jeune compagnie, Pape Ibrahima Diassé souligne qu’Air Sénégal se  distingue d’ores et déjà par un retour à la normale en grande pompe de l’activité, facilité par une mise en place de mesures anti-Covid-19 drastiques. «Toutes les destinations de la compagnie sont en phase d’être relancées. De nouvelles lignes sont ouvertes. Cela va impliquer une augmentation notoire du volume de dessertes de la compagnie les mois à venir. Les récentes nouvelles acquisitions d’appareils entrent en droite ligne de cette optique. En définitive, la compagnie Air Sénégal s’est mise dans une dynamique de relance ambitieuse et s’est dotée des moyens de sa politique pour que, résolument, le déploiement de ses ailes vers les lointains cieux soit définitif», dit-il. 



«Barcelone et Etats-Unis, les prochaines liaisons»
Directeur de l’exploitation d’Air Sénégal, le Commandant Cheikh Seck révèle les perspectives pour 2021 de la compagnie aérienne. Avec une flotte composée de deux Airbus A 330-900 Néo, trois Airbus A-319, deux ATR 72-600, le Commandant Seck fait comprendre que pour 2021, malgré le Covid-19, la compagnie a tout un plan d’ouverture de nouvelles lignes. «Aujourd’hui (mercredi 17 février 2021, Ndlr), c’est la ligne Milan qui est ouverte et très prochainement à partir du mois de mars, ce sera la continuité sur Lyon. Au mois de septembre, il est prévu une ligne pour l’Amérique du Nord. Et si la situation s’améliore, on compte ouvrir d’autres dessertes», renseigne le directeur de l’exploitation d’Air Sénégal. Pour cette nouvelle liaison, le Commandant Cheikh Seck signale qu’ils sont satisfaits d’avoir pu ouvrir la nouvelle ligne sur Milan et de faire le premier vol Dakar-Milan-Dakar. D’après ce pilote d’Air Sénégal, Milan a été toujours une destination que la compagnie a voulu faire parce que l’Italie représente la deuxième plus grosse communauté de la diaspora sénégalaise en Europe, après la France. Commandant Cheikh Seck : «Milan a toujours était sur nos tablettes, malheureusement la compétition faisait qu’on n’avait pas encore la possibilité de le faire. Mais aujourd’hui, c’est chose faite définitivement. En termes de bénéfice, cette ligne était importante dans la constitution de notre hub aérien. La ligne Milan est faite pour alimenter le hub, car elle ne va pas servir seulement les Sénégalais, mais toute la sous-région. Pour ce premier vol, nous sommes satisfaits du taux de remplissage qui est aux alentours de 75%. Pour l’ouverture d’une ligne, c’est un taux très honorable et avec le temps, ça va s’améliorer, surtout avec les connexions.» Pour tirer son épingle du jeu dans cette crise du transport aérien, la jeune compagnie compte renforcer son réseau et son plan de flotte pour 2021. «Nous desservirons, d’ici fin mars, 17 destinations. D’autres vont s’y ajouter avant la fin de l’année. Notre ambition est d’élever considérablement le nombre de nos passagers. Depuis le début de nos opérations, nous avons entrepris une politique d’agrandissement de notre flotte. Air Sénégal a récemment mis en service un nouvel Airbus A321, un autre avion de ce type rejoindra la flotte avant la fin du premier trimestre de 2021. Notre objectif est de faire de Dakar un point privilégié du transit provenant de la sous-région», ajoute-t-il. 



«Air Sénégal est confrontée à un problème de top management»
Mais ce nouveau plan de relance d’Air Sénégal ne semble pas rassurer l’expert juridique et sûreté en aviation civile à la retraite et consultant en transport aérien, Massourang Sourang. Contacté par L’Observateur, M. Sourang qui a été sélectionné par le Gouvernement guinéen pour la création de sa compagnie aérienne, recommande à Air Sénégal de revoir ses destinations européennes et d’exiger l’équilibre des capacités. M. Sourang qui a géré pendant 15 ans les accords aériens de l’Etat du Sénégal, souligne que le véritable problème d’Air Sénégal, c’est son top management. Massourang Sourang : «Pour construire une maison, on ne confie pas le chantier à un mécanicien. On a toutes les expertises au Sénégal pour faire une bonne compagnie. Mais, on laisse cette expertise de côté pour confier le projet à des gens qui ne maîtrisent pas le domaine. On a pris des gens sortis de nulle part pour les confier des responsabilités qui sont supérieures à leurs compétences. C’est cela le véritable problème d’Air Sénégal. La compagnie doit revoir sa stratégie d’exploitation, surtout avec les destinations européennes. Mieux, Air Sénégal doit exiger l’équilibre des capacités, car c’est dans l’accord aérien que le Sénégal a signé avec la France.» Avec cette période de crise sanitaire marquée par des restrictions de plus en plus, M. Sourang fait comprendre que la priorité doit être sur les lignes rentables. Car l’essentiel, c’est de ne jamais voler à perte, parce que c’est une affaire commerciale. Ensuite, pour l’expert juridique et sûreté en aviation civile, la compagnie doit revoir l’ouverture des nouvelles lignes. «Comme les anciennes lignes posent le même problème, on doit éviter de faire des vols à perte. Aujourd’hui, la compagnie devrait profiter de la situation pour renforcer les vols domestiques. Et la meilleure manière de s’en sortir, c’est de revoir les tarifs à la baisse pour les vols domestiques. Ce qui permettra une meilleure accessibilité et d’augmenter le nombre de passagers. Air Sénégal devrait mettre sa force sur les vols domestiques et sous-régionaux», conseille-t-il.



«Les vols à perte que la compagnie est en train de faire ressemblent à des vols de prestige»
Pour ce qui est des vols avec la France, M. Sourang indique que si la compagnie ne peut exiger un accord d’équilibre, qu’elle revoit son plan de vols. Et au lieu du vol quotidien, qu’elle fasse deux ou trois vols par semaines avec un taux de remplissage à 100% ou au ¾ plein. «C’est plus rentable que de faire un vol quotidien qui n’est même pas rempli à moitié. Les vols à perte que la compagnie est en train de faire ressemblent à des vols de prestige. C’est une affaire commerciale et non de prestige», se désole-t-il. Cependant, d’après Massourang Sourang, si on veut que la ligne de la France soit rentable, la compagnie doit quitter l’aéroport de Roissy pour Orly. Parce que ce qui s’est passé avec la défunte Air Afrique risque de se reproduire avec Air Sénégal. «Air Afrique avait donné son assistance au sol à Roissy et pour un dépassement d’un kilo, on refusait d’enregistrer le passager. Air France détournait ainsi les passagers pour son propre compte. Alors qu’à Orly, il y avait Corsair dont les heures de vol correspondent à celles des Sénégalais. Air Sénégal doit comprendre que les Sénégalais ne sont pas matinal. Ils aiment les vols du soir. Il y a toute une stratégie à refaire pour relancer la compagnie», confie-t-il. 
Pour ce qui est de la destination vers l’Amérique, Massourang Sourang tire la sonnette d’alarme : «La compagnie devait penser à tout, sauf ouvrir une ligne pour les Etats-Unis. Air Sénégal ne peut pas concurrencer sur cette ligne parce qu’il y aura des compagnies plus fortes qui vont venir faire du low cost. Et on ne peut pas limiter la ligne parce qu’avec les Etats-Unis, on a signé un Open sky, il n’y a pas de limitation de vols ni de fréquences. C’est moi qui suis parti signer cet accord. En temps normal, la compagnie est déficitaire. Donc, avec la pandémie, elle devrait revoir les lignes rentables et y accentuer son énergie. Parce qu’on ne lui demande pas de faire des lignes de prestige, mais des lignes rentables.» 
En attendant le déploiement de ses ailes vers des cieux lointains, la jeune compagnie Air Sénégal tente de se départir de son déficit budgétaire.  
FALLOU FAYE

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Publié par

Namory BARRY

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