Aliou Cissé et les 15 millions de salaire à revaloriser

jeudi 31 mars 2022 • 2654 lectures • 1 commentaires

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Aliou Cissé et les 15 millions de salaire à revaloriser

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Depuis sa nomination en mars 2015 jusqu’à la qualification des «Lions» à la Coupe du Monde 2022 au Qatar, en passant par le premier sacre du Sénégal à la CAN, Aliou Cissé a connu des hauts et des bas sur le banc de l’Équipe nationale. En sept ans, le technicien de 46 ans n’a pas toujours eu la tâche facile, mais a su tenir sa barque, malgré quelques moments de tempête qui ont ébranlé ses débuts. 

MISE À L’ÉCART DE CADRES
Son caractère bien trempé n’avait pas tardé à secouer la Tanière. Nommé en 2015 après le limogeage d’Alain Giresse, Aliou Cissé a vite posé des jalons. Pour sa première campagne à une phase finale d’une Coupe d’Afrique des Nations au Gabon en 2017, il n’avait pas hésité à se passer de plusieurs cadres. Décidé à imposer sa patte et ses idées, souvent mal comprises, l’ancien capitaine des «Lions» n’avait pas eu d’état d’âme pour écarter Demba Ba, Dame Ndoye, Papiss Demba Cissé ou encore Papy Djilobodji. Un choix fort qui avait ébranlé le début de son aventure sur le banc de la sélection. Après la Coupe du Monde 2018 en Russie, c’est Kara Mbodj, un autre cacique qui faisait les frais de sa mésentente avec le nouveau patron de l’Équipe nationale, notamment à cause de ses déclarations incendiaires dans la presse. Comme un juste rappel d’un nouveau code d’honneur au sein de la sélection, les joueurs ne devaient plus seulement être performants. En plus d’être irréprochables sur le terrain, ils doivent désormais rentrer dans les rangs au risque d’être «blacklistés». Sept ans plus tard, les trois CAN de rang, le sacre au Cameroun et les deux Coupes du Monde lui donnent raison sur ses détracteurs.

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LE CAPITANAT 
Aliou Cissé a changé de capitaine à trois reprises. Le brassard est passé de Cheikhou Kouyaté à Kalidou Koulibaly en passant par Sadio Mané. À son arrivée comme sélectionneur de l’Équipe nationale du Sénégal, Aliou Cissé avait choisi Cheikhou Kouyaté. Le milieu de terrain de Crystal Palace a porté le brassard à la CAN 2017 au Gabon avant de le récupérer lors du troisième match à la Coupe du Monde 2018 (0-1 contre la Colombie). Entre-temps, Sadio Mané l’avait hérité lors des deux premières sorties des «Lions» en Russie. Mais face aux difficultés de l’attaquant de Liverpool, le sélectionneur avait encore confié le rôle à Kouyaté avant d’introniser Kalidou Koulibaly en novembre 2019 (Sénégal-Congo, 2-0). Interpellé en fin de match, Aliou Cissé expliquait : «J’ai toujours dit que l’équipe du Sénégal a deux à trois joueurs potentiels qui peuvent jouer le rôle de capitaine. Koulibaly en fait partie, comme Kouyaté, Gana Guèye ou encore Sadio Mané, pour ne citer que ceux-là. Il n’y a pas d’explications spécifiques là-dessus. C’est mon choix.»

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SYSTÈME DE JEU
Malgré des résultats probants et des statistiques parfois inédites dans l’histoire de la sélection nationale, Aliou Cissé peinait toujours à convaincre les férus du ballon rond dans le jeu, notamment le fameux 3-5-2. Face au Congo et l’Eswatini (deux dernières journées des éliminatoires de la Coupe d’Afrique), Aliou Cissé avait décidé de mettre en place un système à 3 défenseurs. Malheureusement, le Sénégal n’a remporté aucun de ses matches et a montré un niveau de jeu inquiétant, notamment lors du match nul face à l’Eswatini à Thiès (1-1). En conférence de presse, il n’avait pas manqué d’être interrogé sur son système à 3 défenseurs. «Le système, c’est le coach, mais il y a aussi l’animation. Et ça, ce sont les joueurs qui le font. Le plus important, ce n’est pas de jouer en 3-5-2, ni en 4-4-2 ou en 4-3-3. C’est l’animation du jeu», se justifiait le sélectionneur. Cette proposition tactique n’a pas totalement convaincu, ni du côté des joueurs un peu perdus par moments ni de celui des observateurs encore sceptiques. L’autre raison évoquée par Cissé pour justifier la mise en place de ce système était la blessure de Moussa Wagué et de Youssouf Sabaly.


OBJECTIFS
Malgré tout, dans l’histoire du football sénégalais, Aliou Cissé reste le premier à avoir joué une finale de CAN en tant que joueur puis en tant qu’entraineur. Avec son palmarès, il est devenu, en sept ans de carrière sur le banc des «Lions», le plus grand coach de l’histoire du football sénégalais. L’ancien capitaine de l’équipe nationale du Sénégal a toujours atteint les objectifs qui lui ont été fixés par les dirigeants du football. Depuis ses débuts en 2015, il a réussi à qualifier l’Équipe nationale à trois CAN consécutives, une première depuis 2008. Sur ces trois phases finales, il a disputé un quart de finale et deux finales. En février, il hissait le Sénégal sur le toit de l’Afrique, avec le premier trophée continental remporté devant l’Égypte (0-0, 4-2 t.a.b.) au Cameroun. Après la qualification en finale de la CAN 2021, Sadio Mané avait tenu déjà à lui rendre un hommage appuyé : «Je crois que cet homme le mérite parce qu'il est l'entraîneur le plus critiqué que j’aie jamais vu de ma vie, mais il n’abandonne jamais. Il se fait confiance et il fait confiance au groupe. Il y a des critiques à l'extérieur, mais ici, il fait son travail. Nous aimerions gagner pour notre pays et pour lui car il le mérite après tout ce qu'il a traversé en tant que joueur et maintenant en tant qu'entraîneur. (...) Nous devons gagner.»


Un peu plus d’un mois plus tard, il a ajouté une autre ligne à sa légende avec une deuxième qualification consécutive en Coupe du Monde après 2018, après une autre victoire sur les Pharaons (0-0, 3-1 t.a.b.). En fin d’année (21 novembre – 18 décembre 2022), il dirigera le Sénégal à sa troisième participation au Mondial au Qatar et tentera de créer un autre exploit.


Faut-il revaloriser Aliou Cissé ?


L’ancien capitaine et sélectionneur de l’Equipe nationale, Aliou Cissé a vécu sept années mouvementées sur le banc des « Lions ». Critiqué puis adulé par tout un peuple, la revalorisation de son statut suscite débat après une Can glanée et une qualification au mondial assurée.
Un exploit pharaonique. Depuis qu’il a pris les rênes de l’Equipe nationale le 4 mars 2015, Aliou Cissé s’invite désormais dans la cour des grands. Cette qualification à la Coupe du Monde Qatar 2022 acquise face à l’Egypte mardi dernier, au Stade Abdoulaye Wade de Diamniadio, glorifie un parcours bien doré. A côté de ses trois participations à la Coupe d’Afrique des Nations (2017, 2019, 2021) et le premier trophée dans la compétition remportée par les «Lions» en février à Yaoundé, l’ancien joueur du PSG s’est offert un parcours inédit pour un entraîneur avec la sélection nationale. En sept ans, son bilan est plus que reluisant : 47 victoires, 16 nuls, 10 défaites. Mieux, dans toute l’histoire du football sénégalais, aucun autre technicien n’a réussi à rester aussi longtemps sur le banc de l’Equipe nationale. Un bilan «largement positif», estime Badara Sarr. Le technicien et secrétaire général du syndicat des entraîneurs de football du Sénégal (Sefs) rappelle le contexte dans lequel il est arrivé à la tête de l’Equipe Nationale pour faire le diagnostic de ses exploits : «C’était après un énième échec à une compétition. Il y avait beaucoup de bruit après cet échec, notamment sur le plan de l’organisation et de la discipline. C’était très difficile pour lui au début. Mais il a su remettre de l’ordre et qualifier l’Equipe nationale à la Can de 2017.» 
Selon l’ancien entraîneur de Mbour Petite Côte et du Casa Sports, «c’est à partir de l’élimination du Sénégal en quart de finale de cette Can par le Cameroun que les gens ont compris qu’on pouvait compter sur lui. Il fallait juste lui laisser le temps de travailler. On a fait un diagnostic pour se dire que les équipes qui gagnent généralement sont celles qui font confiance à leur staff pendant deux, trois voire quatre compétitions. C’est dans ces compétitions qu’on tire des leçons pour revenir. C’est dans cette lancée qu’il a qualifié l’équipe au Mondial de 2018 en Russie, avant de jouer une finale de la Can 2019 en Egypte. Il gagne maintenant la Can de 2021 au Cameroun et qualifie le Sénégal à une deuxième Coupe du Monde consécutive. Il y a une certaine progression de l’équipe entraînée par Aliou Cissé depuis 2015. Il y a mis de l’ordre et les résultats ont suivi», assure Badara Sarr qui constate qu’avec Aliou Cissé, les joueurs ont envie de se battre pour le drapeau national. «On a vécu pendant des années le contexte d’avoir des entraîneurs européens à la tête de notre sélection. En tant qu’entraîneur local, notre combat a toujours été de faire confiance à l’expertise locale. Il y a des entraîneurs qui sont passés, mais c’était tellement éphémère, car on revenait à chaque fois à la charge pour mettre un entraîneur étranger. Mais avec Aliou Cissé, on est plus que satisfait», se réjouit le Président du Sefs.


Un salaire de 15 millions de FCfa
Avec la qualification de l’Equipe nationale du Sénégal à la Coupe du Monde Qatar 2022 qui se jouera du 21 novembre au 18 décembre prochain, le débat sur la revalorisation du contrat du sélectionneur national est agité. Prolongé de deux ans en septembre de deux ans dernier, il est désormais lié à la Fédération sénégalaise de football jusqu’en septembre 2023, soit après la Can prévue l’année prochaine en Côte d’Ivoire. Mais alors qu’il a réussi à faire du Sénégal la première nation africaine depuis près de trois ans, il émarger toujours à 15 millions FCfa mensuels, un salaire qui ne fait pas encore de lui l’un des sélectionneurs les mieux payés sur le continent. Selon Badara Sarr, «une revalorisation doit se faire par rapport aux services rendus à la nation et Aliou Cissé l’a fait» . «Dans ces conditions, il est normal qu’on puisse le revaloriser par rapport à ses homologues africains. On n’a pas la prétention qu’il devienne l'entraîneur le mieux payé en Afrique, car les moyens ne sont pas les mêmes d’un pays à un autre. Un entraîneur comme Carlos Queiroz reçoit près de 49 millions, alors qu’Aliou Cissé émarge à 15 millions, on voit nettement la différence. Si on le revalorise, ce ne serait que bénéfique pour tout le football sénégalais», estime le président du Sefs qui pense que «les autorités auront une oreille attentive à sa situation pour essayer de le mettre beaucoup plus à l’aise sur le plan contractuel. Aliou Cissé est un vrai patriote. C’est sûr qu’il ne manque pas de prétendants au niveau international. Même s’il ne le demande pas, c’est aux autorités de faire des efforts pour lui faciliter et améliorer ses conditions de travail».


«Il a atteint les objectifs qui lui ont été fixés»
Par ailleurs, selon une source au sein du ministère des Sports, le sélectionneur national a déjà atteint les objectifs qui lui ont été fixés. «Il y avait des objectifs sur le contrat, gagner la Can et se qualifier à la Coupe du monde. Ces objectifs ont été atteints. Aliou Cissé est l’employé de la fédération, l’État du Sénégal ne fait qu’accompagner dans la prise en charge salariale. Tout dépendra aussi des clauses qui ont été mises dans le contrat. Est-il stipulé que s’il gagne quelque chose, on peut augmenter son salaire ?», questionne la source. Selon cette dernière, «avant que le ministre des Sports ne valide un contrat, il le soumet à l’Agent judiciaire de l’État qui traitera les clauses par rapport à ses intérêts. Si l’Etat y trouve son compte, c’est bien. La fédération s’est basée sur des principes, sur des clauses, sur des termes salariaux avec le ministère des Sports», nous explique la source. Reste à savoir si cette bonne étoile fixée à la poitrine des champions d’Afrique en titre lui portera chance pour ce Mondial et bien au-delà. 
JULES SOULEYMANE NDIAYE, SILEYE NGUETTE

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Publié par

Namory BARRY

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