Anciennes gloires du journalisme : Que sont-elles devenues ?

samedi 23 janvier 2021 • 3127 lectures • 1 commentaires

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Anciennes gloires du journalisme : Que sont-elles devenues ?

Journalistes, présentateurs du journal télévisé à la Rts, ces figures ont donné au métier leurs plus belles lettres de noblesse, avant de disparaitre des radars. Sans crier gare.

Minielle Baro : Fonctionnaire internationale
Elle accepte l’interview mais à une précision près. «Je n’ai pas le sentiment d’avoir été une gloire du journalisme. C’est la Rts qui m’a tout appris», dit-elle. Par là, Minielle Baro parle du grand professionnalisme de ceux qui l’ont formée et dans lesquels elle inclut Daouda Ndiaye et le défunt Amadou Mbaye Loum. Il faut connaître l’histoire pour comprendre cette reconnaissance. Le 24 mars 1992, le Sénégal fait face au malheur de l’explosion d’une citerne d’ammoniac à l’usine de la Sonacos. Plusieurs dizaines de morts son dénombrées. Jeune recrue, la journaliste est envoyée faire l’enquête à Mbao d’où elle  revient avec des indices compromettants sur la négligence du pouvoir. Pourtant, l’élément passe au journal d’Elisabeth Ndiaye. L’anecdote qui consacre le principe de neutralité et de liberté du journalisme, a accompagné sa formation jusqu’à son accession au journal télévisé en 1997 où elle fait grande sensation. Accueillie les soirs dans des milliers de foyers sénégalais, Minielle acquiert de la notoriété et de la reconnaissance. Pourtant en 2012, elle décide de sortir de sa zone de confort et de donner un nouvel élan à sa carrière en rejoignant la cellule communication au Centre d’information des Nations unies. Du journalisme, Minielle Baro garde jalousement les principes de rigueur et de curiosité. A la jeune génération, elle dit : «Cherchez toujours ce qui ne va pas».



Oumar Seck : A l’ombre de l’Islam
Il a été deux fois directeur de la radio sénégalais, deux fois directeur de la télévision et présentateur de l’émission Xew xew ak diné. Pourtant Oumar Seck, de son vrai nom Cheikhou Oumar Seck, reste connu comme le présentateur au nœud de papillon. Un bout de morceau qui continue encore de le distinguer et pour lequel, il n’hésite pas à conter l’histoire. «J’ai fait ma formation de journalisme à Bruxelles en Belgique de 1981 à 1983. Je me forgeais alors sur tous les plans : professionnel, social, personnel. Je voyais toujours le Premier ministre de l’époque en nœud papillon, je ne l’ai jamais vu sans. J’ai décrypté cet attachement comme une fidélité et ai donc décidé de m’y mettre». Un signe de fidélité qui rend bien le caractère loyal de l’homme à sa profession. Nommé en 2014 par décret présidentiel directeur du Comiac (Comité permanent de l’Organisation de coopération islamique pour l’information et les affaires culturelles), Cheikhou Oumar, la soixantaine passée, n’a jamais cessé d’être journaliste.  Dans l’ombre à l’Oci, il se charge de la bonne circulation de l’information au sein des 56 états membres. Un travail qui le passionne et pour lequel il continuera volontiers à sacrifier sa présence sur les écrans. Les nœuds pap en moins. Une question d’honneur.


Djadji Touré : L’école
L’homme réfute sa place dans cette liste. «Certains ont été mes élèves, ne les vieillissez pas», rit-il dans une gentille boutade. Avec un fond de vérité. Non à propos de l’âge mais de la qualité du journaliste. Birahim Djadji Touré est de ceux qui laissent un souvenir impérissable, tant par son professionnalisme que par l’élégance et le charisme de sa voix. Homme du sérail, il a servi à la Radiotélévision sénégalaise, avant de passer à une carrière internationale à la Voix de l’Allemagne et à l’Agence France Presse (Afp). Sa seconde vie professionnelle est faite de poste dans la diplomatie et la communication. Alors Premier ministre, Mame Madior Boye fait appel à ses services. Avant elle, les ministères de la Culture et de l’Artisanat avaient déjà bénéficié de ses conseils et expertises. Cette reconversion se termine comme elle avait commencé en 1985, dans la diplomatie. Copté par le ministère des Affaires étrangères, il sert en Allemagne et en Arabie Saoudite où il termine sa carrière en 2008. Ce passage au royaume musulman lui sert de cadre pour son premier livre. Le deuxième traitera de Senghor et le dernier, publié en 2017, sonne l’heure de l’introspection. Une autobiographie, mémoires de retraite, où, en fil d’Ariane, sa carrière journalistique chevillée à sa foi, servent d’exemple à la jeune génération «pour rester dans le droit chemin». Loin des hauteurs dans lesquels s’enferment les donneurs de leçons, cette démarche est surtout pour l’auteur, un autre moyen d’arrimer définitivement son legs aux générations futures de journalistes. En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle. Birahim Djadji Touré, vacataire pendant un temps au Cesti et à l’Issic, s’est prémuni, à 73 ans, de cette catastrophe.


Yves Jacques Sow : Loin des hommes
De la génération de ces journalistes formés au principe d’équidistance et de modération dans le traitement de l’information, Yves Jacques Sow, ancien de la Radiodiffusion télévision sénégalaise, a essayé pendant un temps de transmettre ses idéaux aux élèves journalistes de Cesti. L’aventure ne s’est pas bien terminée. Depuis, l’éminent professionnel ne s’occupe plus que de faune et de flore. Les hommes ne l’intéressent plus. Surtout ceux politiques. Peut-être a-t-il été assez en contact avec ce qu’il y a de plus hideux chez eux. «Je m’occupe de mon jardin, j’aime bien jardinier. Je suis à un âge où je préfère regarder les reportages sur les animaux», dit-il dans un rire juvénile. A la retraite depuis 10 ans, l’ancien professeur regrette encore la génération où l’approche était différente, sans pour autant s’y appesantir. Jacques Yves Sow a encore du monde à voir et des petits enfants à câliner pour se morfondre sous le poids d’une époque révolue. 



Daouda Ndiaye : Au frais
Il rentre de Brazzaville où il est resté durant un an, en cause des blocages dus à la pandémie à Coronavirus. La fatigue s’en ressent encore dans sa diction. Il fut un temps, elle était plus dynamique, tranchante. C’était du temps où sa créativité s’exerçait à la télévision nationale. Cosmopolitiques, Sans détour, En toute liberté… le spécialiste audiovisuel a longtemps rassemblé les téléspectateurs sénégalais autour de ses émissions politiques. Il commence le métier relativement jeune en 1979 en tant que stagiaire et gravit les échelons jusqu’à sa nomination à la direction générale de la Rts en 2005. Onze ans après, Daouda Ndiaye prend sa retraite mais comme ses collègues, il s’offre une nouvelle carrière dans la communication à l’Assemblée générale. Sa proximité professionnelle avec le régime ne l’empêche pas de monter au créneau lors de l’interview accordée à Marcky Sall au Monde, au détriment de la presse nationale. «Ils (Les présidents) en ont usé et abusé, les interviews accordées au presse internationale. C'est normal de leur accorder des entretiens vu leur prééminence. Mais c'est une aberration de leur accorder les scoops au détriment de la presse nationale (…) Il faut refuser d'être des caisses de résonance et leur faire de la publicité gratuite». On ne saura jamais si cette piqûre de rappel du journaliste précipitera le départ du communicant à l’Hémicycle. Toujours est-il que hors des radars, Daouda Ndiaye a fait beaucoup de consultance dans la zone de l’Uemoa et celle des grands lacs. Nul n’est prophète chez soi. 



Mamadou Malaye Diop : La solitude en philosophie de vie
Il n’avait plus vraiment parlé depuis son départ de la Rts dans les années 2000. Pourtant Mamadou Malaye Diop concentre en lui, tout ce qui a fait cet «âge d’or» du journalisme. Prestance, charisme, phrasé… Il n’a rien perdu de cette dernière qualité. Sa voix au téléphone reste encore reconnaissable d’entre toutes.  Même s’il délivre les mots avec parcimonie. «Je rase les murs», dit-il pour tenter de mettre fin à l’entretien. Disparu des radars de la télé après son passage à Africable, il fut conseillé en communication à la Primature sans pour autant se mouiller dans un quelconque parti politique. «J’ai une seule carte et c’est celle de presse». C’est donc loin des rédactions que l’un des journalistes phares des années 90 finit sa carrière. Même s’il a eu pas mal de sollicitations d’écoles de journalisme, d’organisations civiles, de mouvements politiques, Mamadou Malaye Diop pense avoir «épuisé tous les charmes de cette fonction». Sa dernière apparition publique remonte à 2017, une conférence au cours d’une journée de prières consacrées à Seydina Mame Alassane Thiaw Lahi, 4e khalife de Seydina Limamou Laye. A l’avenir, Mamadou Malaye Diop pourrait abandonner sa solitude, le temps de publier un livre. 
AICHA FALL

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Publié par

Namory BARRY

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