lundi 12 octobre 2020 • 21 lectures • 0 commentaires

«C’est assez inquiétant que le ministère ne publie pas la liste des bateaux bénéficiant de licences de pêche»

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«C’est assez inquiétant que le ministère ne publie pas la liste des bateaux bénéficiant de licences de pêche»

Birahime Seck, coordonnateur du Forum civil, reste convaincu que seule l’adhésion du Sénégal à la Fiti (Fisheries Transparency Initiative), un outil international de transparence dans le secteur de la pêche, peut éviter le pillage de ses ressources halieutiques et mettre la lumière sur les licences de pêche octroyées aux bateaux étrangers. Il s’est prêté aux questions de «L’Observateur», suite à la publication du rapport de Greenpeace. 

FITI (FISHERIES TRANSPARENCY INITIATIVE). «Le Fiti est une initiative internationale qui cherche à rendre la pêche plus responsable, par le biais de la transparence et de la participation. C’est un instrument international qui définit un certain nombre d’indicateurs permettant au citoyen, au gouvernement et aux acteurs d’avoir plus d’informations sur l’ensemble des opérations effectuées dans le secteur de la pêche. C’est un outil qui se résume en douze exigences de transparence. Le Fiti, c’est l’équivalent de l’Itie (Initiative pour la transparence des industries extractives) du secteur des mines. Pour que nous ayons un niveau de transparence assez satisfaisant dans le secteur de la pêche, il nous faut satisfaire essentiellement de nouvelles exigences, parmi lesquelles, l’obligation de l’Etat de publier sa revue publique des lois et règlements, mais également les documents nationaux en matière de pêche. Une sorte de catalogue de l’ensemble des lois et règlements et de politiques dans le domaine de la pêche. L’autre exigence, c’est de voir le résumé des lois et les décrets des accords signés relatifs à la pêche. Il y a aussi l’exigence de la publication de tous les accords étrangers d’accès à la pêche et des rapports nationaux existants concernant la ressource halieutique».


SUREXPLOITATION DES RESSOURCES HALIEUTIQUES  «Selon le Crodt (Centre de recherche océanographique Dakar-Thiaroye), il y a une surexploitation des ressources halieutiques au Sénégal, d’où l’inquiétude des acteurs comme les femmes transformatrices de poissons. L’Ong Green Peace a aussi récemment publié un rapport pour s’inquiéter de l’état de surpêche, surtout sur les accords de pêche qui ont été accordés à certains bateaux, sans que les citoyens ne puissent en savoir quelque chose. Nous avions au mois de juin dernier demandé la publication de la liste des 52 licences accordées par le ministère de la Pêche. Mais jusqu’à présent, il n’y a pas eu de publication. S’il n’y a pas de transparence, l’Etat peut accorder des subventions à des bateaux étrangers parce qu’il n’y a pas de publication de la liste des bateaux qui pêchent dans les eaux sénégalaises. Si nous avions cette liste, nous pourrions faire le contrôle et le suivi pour que l’Etat ne puisse pas accorder des subventions à ces bateaux-là. Aujourd’hui, nous n’avons pas une cartographie des aides officielles accordées par les différents bailleurs qui interviennent dans le secteur de la pêche comme la Banque mondiale et le Fmi (Fonds monétaire international). Nous n’accablons pas le ministère de la Pêche, mais il y a lieu de s’étonner. Nous pensons que le ministère allait jouer le jeu de la transparence, en publiant la liste des 52 licences de pêche signées. Ce serait un gage de transparence et cela nous aurait permis de détecter les bateaux qui pillaient les ressources halieutiques du Sénégal. C’est donc assez inquiétant qu’aujourd’hui, le ministère ne publie pas la liste de ces bateaux qui bénéficient de licences. L’enjeu, c’est d’amener le ministère à asseoir une politique de transparence dans le secteur de la pêche». 


RISQUES «Ce secteur emploie plus de 600 000 personnes, mais d’autres misent sur 1 million de personnes. C’est un problème, car nous n’avons pas une cartographie du nombre de pêcheurs au Sénégal. Nous manifestons notre inquiétude sur la situation assez désastreuse que connaît le secteur de la pêche. Les statistiques de bonne santé du secteur de la pêche ne peuvent pas être évaluées par rapport au tonnage débarqué au Sénégal. Parce qu’on pêche en Guinée-Bissau et en Mauritanie. D’ailleurs, la Mauritanie a déjà adhéré à la Fiti. Les pêcheurs sénégalais vont pêcher dans ce pays, avec tous les risques que cela comporte. La pêche constitue un enjeu du point de vue démographique et culturel, mais aussi sur le plan des emplois et de la sécurité alimentaire. Et l’enjeu fondamental, c’est d’assurer une souveraineté alimentaire et halieutique au pays. Nous interpellons le président de la République à consolider l’acte qu’il avait posé en 2016, à Nouakchott. Mais il reste deux étapes fondamentales que le Sénégal doit franchir. La première, c’est de désigner un ministère chargé de la mise en œuvre de la Fiti. La deuxième, c’est de choisir un haut responsable chargé de sa mise en œuvre. A côté de ces organes, on aura un groupe multipartite qui sera composé du gouvernement, des acteurs de la pêche, de l’administration et de la Société civile. Ce qui fera que toutes les décisions seront consensuelles et l’information sera accessible. Cela va diminuer fondamentalement les tiraillements qu’on connaît et l’opacité qu’on est en train de vivre dans le secteur de la pêche. Avec toutes les conséquences que cela entraîne, notamment les Chinois qui agressent nos pêcheurs, mais également l’insécurité alimentaire qui pourrait guetter le Sénégal, si on n’arrivait pas à avoir du poisson pour le théboudieune (riz aux poissons)».


IBRAHIMA KANDE

#Licencesdepêche #Pillagedesressourceshalieutiques #Greenpeace

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Publié par

Namory BARRY

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