Carnet de route : Bafoussam sous toutes ses coutures 

jeudi 13 janvier 2022 • 432 lectures • 0 commentaires

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Carnet de route : Bafoussam sous toutes ses coutures 

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Bafoussam qui veut dire «les gens assis sur une richesse, un trésor» en fussep, la langue locale, est la capitale de la région de l’ouest du Cameroun. La ville est un carrefour dynamique avec une histoire, celle des Bamiléké. L’Observateur s’est baladé dans cette ville qui abrite la poule B de la CAN composée du Sénégal, de la Guinée, du Zimbabwe et du Malawi. 

Bafoussam venait juste d’échapper des bras de Morphée que sa population sautait déjà dès les premières heures de ce matin de mercredi 12 janvier sur une moto-taxi, un véhicule ou à pied, à l’assaut de la ville. Tous font la course contre la montre, pour rejoindre le lieu de travail, l’école, le marché…
A Bafoussam, on a la banane
A Bafoussam, le voyage commence par la porte d’entrée sur la route de Bamenda, laissant derrière le chemin qui mène au Nigeria, situé à environ 300 km. Là où, comme pour sa sécurité de la ville, est construit le camp militaire camouflé par des plantations de banane. Un fruit cultivé en majorité dans cette ville agricole. «Bafoussam est une ville agricole qui tient sa particularité de ville agricole à cause des sols volcaniques très fertiles. C’est pourquoi, il y a une forte présence des unités industrielles de transformation d’ananas, d’huile de palme, d’haricot vert, café et thé», explique un fonctionnaire de l’Administration. Ceci explique pourquoi Bafoussam est une ville carrefour reliée directement par une route bitumée aux capitales Douala (285 km) et Yaoundé (289 km). La ville a également des débouchés sur le Nigeria et la Guinée-Equatoriale. 
Ici, les taxis ont la plupart des porte-bagages. «Parce qu’on a tout le temps des clients qui transporte des marchandises, surtout des fruits et légumes», raconte notre guide. Sur l’axe Bafoussam-Bamenda, la citerne des pompiers arrose le boulevard Mgr Ngande. C’est de nouvelles routes construites grâce à la Coupe d’Afrique des Nations de football. Patrice, un fonctionnaire qui emprunte l’axe au moins deux fois par jour, se félicite de l’organisation de la CAN au Cameroun. «Toutes ces routes-là avaient des nids-de-poule. C’est à cause de cette compétition qu’on nous a refait les routes. C’est pour moi le côté positif de l’organisation de la CAN de football», lance le monsieur au volant de sa voiture. 
Stop, «Feu Rouge»
Sur la route, on tombe sur un quartier au nom assez particulier, Ecole Normale. «Le quartier porte ce nom parce qu’il abrite l’école où on forme les instituteurs», explique le guide. Les cœurs ont failli lâcher quand subitement le taxi se lâche sur une pente abrupte sur quelques kilomètres de bitume récent pour se retrouver dans les bas-fonds. Le quartier semble paumé à l’exception de l’Ecole normale, du Lycée bilingue (Français-Anglais) de Gouache. 
Les grandes artères tendues de goudron frais, bien ornées par des fleurs et de banderoles qui disent «Célébrons les talents d’Afrique» tiennent encore leur charme. On marque un stop derrière la longue file de voitures qui s’arrachent le passage vers le centre-ville. Bien entendu devant un feu tricolore à la symbolique qui dépasse son simple rôle dans le Code de la route.  Ce Feu-Rouge est tellement populaire, l’un des 3 qui fonctionnent sur les 5 que compte la ville, a donné son nom au quartier qui l’abrite. «Ce feu est particulier, parce que c’est ici que la ville s’arrêtait à l’époque. Aujourd’hui, les quartiers périphériques se sont rattachés, la ville s’est agrandie», raconte le chauffeur de taxi. Ce croissement est d’ailleurs bien sollicité. Les voitures viennent des quatre coins, les motos-taxis postés le long de la route guettent impatiemment les clients déversés par la gare routière d’à côté. L’ambiance est folle. Entre la musique échappée des boutiques, des baffles des voitures laissant flotter les drapeaux du Cameroun et du Sénégal, les klaxons des motos-taxis, l’ouïe ne sait plus sur quelle musique danser. 
A l’«Auberge» du danger  
Les barrières de sécurité, imposant un plan de circulation une fois que le soleil décide de se coucher, ne sont pas anodines. C’est une alerte au danger que le visiteur ne peut pas décortiquer, car le jour, il n’y a rien qui alerte. La nuit, la présence de policiers parle. «Ici, c’est le quartier le plus dangereux de la ville», dit le guide en nous déconseillant de nous y aventurer seuls la nuit. Il y a trop de bandits dans ce quartier. Il y a des prostitués, des bandits qui agressent même avec des armes à feu», prévient celui qui a fait ses humanités à Bafoussam. Il rassure quand même que durant la CAN, la nuit, les militaires sont fixés un peu partout pour la sécurité des visiteurs. Au rond-point de l’Auberge, c’est un carrefour où se rencontrent des voies principales et secondaires. Des ruelles qui mènent dans les sous-quartiers mal fagotés avec des maisons d’une autre époque, des taudis sans confort ni hygiène, enveloppés d’une épaisse couche de poussière. Mais en remontant au carrefour Auberge, tout semble calme, la circulation est fluide, rien qui fait peur. Ça c’est quand il fait jour. La nuit, tous les chats sont gris. 
Sur la route, le marché A, le plus grand de la ville, de la région ouest. Sachets bien remplis de condiments en main, les femmes grimpent sur les motos-taxis qui s’entassent comme des fourmis sortant de terre pour se nourrir. Effectivement, c’est une question de survie. «La moto-taxi est la seule alternative qui s’offre à nous. Dans ce pays, il n’y a pas d’emploi, il n’y a que dans le transport qu’on peut gagner quelque chose. J’ai fait des études poussées, mais je suis obligé de faire ça, parce que je n’ai pas d’emploi», se défend Charles qui croyait tomber sur un client. Son enthousiasme fait vite place à une petite colère quand on a décliné l’offre de grimper sur sa moto. «Etes-vous un agent de la mairie pour venir nous questionner comme ça ?» On comprend sa colère quand on nous apprend qu’il n’est pas en règle pour faire ce travail. «Les conducteurs qui ont un tablier avec un numéro de la mairie, sont ceux en règle. Les autres sont des clandestins, ils se font souvent embêter par la police», renseigne Jérémie qui est, lui, en règle et immatriculé de la tête aux pieds.
Le centre-ville, haut perché et surplombe le reste du gros village et sa toiture en zinc. La Police judiciaire, le Commissariat central, le délégué de la sécurité, le Palais de justice, le Cabinet du gouverneur, la Préfecture, la Sous-Préfecture... cohabitent dans le même rayon. Le carrefour de la brasserie rappelle le passage des colonisateurs en terre camerounaise. C’est ici qu’on vendait les voitures les plus chères de la fameuse marque Peugeot. Le lieu, pas très loin de la grande brasserie où se fabrique la bière qui inonde la ville, est à la merci du petit commerce de tout genre. Une aubaine pour les agents de la mairie qui font la patrouille et encaissent la patente.   
Au Palais des rois Bamiléké
Pour les touristes, impensable de séjourner à Bafoussam sans faire un crochet à la chefferie. Le Palais des rois de Bafoussam est un endroit historique qui remonte le temps, raconte 800 ans d’histoire de la dynastie des rois Bamiléké de Bafoussam depuis 1400. Le site accueille le visiteur avec ses eucalyptus et ses allées boisées. Cette chefferie qui aurait été fondée au 13e siècle par Fo Njonvoum, arrive de la plaine de Tikar. L’endroit mythique expose une collection d’objets qui appartenaient aux rois qui se sont succédé à la tête du royaume. «Les objets du musée sont encore utilisés lors des cérémonies traditionnelles», dit-on. Le must, c’est la majestueuse case Tchong avec ses murs faits de bambous, de piliers sculptés, symbole de l’identité culturelle du peuple fussep qui signifie «les gens assis sur un trésor». Cette grande case est le tribunal de la chefferie où on juge les affaires de meurtre, adultère, vols avec en toile de fond, l’arbre de la pendaison, dissimulé derrière le bois sacré. 

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Namory BARRY

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