Chaos debout : Récit d’une journée de guérilla urbaine à Dakar

jeudi 4 mars 2021 • 350 lectures • 1 commentaires

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Chaos debout : Récit d’une journée de guérilla urbaine à Dakar

Le premier rendez-vous de Ousmane Sonko au Tribunal de Dakar, devant le juge du 8e Cabinet  d’instruction près le Tribunal de grande instance de Dakar, dans le cadre de l’enquête sur les crimes de viols répétés et menaces de mort dont l’accuse Adji Sarr, la masseuse de «Sweet Beauté», a été particulièrement tendu. Entre profonds désaccords sur l’itinéraire, jets de lacrymogènes… et arrestation du leader de Pastef, ....Un «chaos debout». Récit d’une journée de guérilla urbaine.

C’était parti pour être un jour décisif pour le leader du parti Pastef/Les Patriotes. Après de larges concertations avec ses avocats et son entourage la veille, Ousmane Sonko avait décidé de répondre à la convocation du juge d’instruction du 8e Cabinet, Mamadou Seck, ce mercredi 3 mars 2021, dans l’affaire de mœurs qui l’oppose à la masseuse du salon «Sweet Beauté», Adji Sarr. Dans un caftan blanc assorti d’un bonnet marron, Ousmane Sonko, accompagné de son chef de protocole, Djibril Guèye Ndiaye, de son avocat, Me Cheikh Khoureychi Ba, de sa garde rapprochée, entre autres, embarque à bord de son véhicule. Direction le Palais de justice de Dakar. Il est 8 heures passées d’une trentaine de minutes. Le cortège quitte la Cité Keur Gorgui de Dakar. Confortablement installé dans son véhicule 4x4 de couleur blanche, le patron de Pastef, la mine sereine, semble être déterminé à faire face au juge Mamadou Seck. Le cortège roule à pas de tortue dans les ruelles de la Cité Keur Gorgui. Parfois ça s’arrête, parfois il bouge. Les minutes s’égrènent. Le cortège se grossit. Au rond-point de la Cité Keur Gorgui sur la Voie de dégagement nord (Vdn), le convoi se heurte au premier barrage des forces de sécurités. Ousmane Sonko et ses partisans voulaient prendre la Vdn pour passer devant l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. La voie est barricadée par des éléments de la gendarmerie. Le cortège refuse de prendre la voie ouverte par le Préfet de Dakar, Alioune Badara Samb. Il s’en suit des échanges houleux entre les partisans d’Ousmane Sonko et le Préfet de Dakar. Après une trentaine de minutes, le cortège a fini par se plier pour prendre la voie ouverte par les forces de l’ordre, pour rejoindre le rond-point Stèle Mermoz. En cours de route, vers l’Institut africain de management (Iam), une foule immense accompagne Ousmane Sonko. A quelques mètres de l’Iam, le cortège est bloqué par la Gendarmerie. Le Préfet rappelle au leader de Pastef que la foule qui l’accompagne ne peut pas dépasser le cordon de sécurité établi par la gendarmerie. Et seulement quatre véhicules sont autorités à poursuivre la route. Les esprits commencent à se chauffer. La situation est tendue. L’ambiance électrique. Le cortège n’avance pas. Soudain, un bruit assourdissant retenti. La foule sentit la chaussée trembler sous ses pieds, une fumée blanche piquante l’aveugla. La Gendarmerie a fini de charger des bombes lacrymogènes aux militants et sympathisants du leader du Pastef. C’était le sauve-qui-peut avant que la foule ne réplique par une pluie de pierres.


Le chef du protocole de Sonko et plusieurs manifestants blessés
C’est dans ce méli-mélo que le chef de protocole du leader de Pastef, Djibril Guèye Ndiaye, reçoit une pierre sur la tête. Le crâne cassé, le sang coulant, le chef du protocole de Sonko, en homme pacifique, tente de calmer la foule. Après quelques minutes, le calme est revenu. Réduit, le cortège poursuit sa route sans la foule. Mais pour une courte durée. Arrivé au rond-point Stèle Mermoz sur l’avenue Cheikh Anta Diop, le convoi de Sonko n’avance plus. Il est encore bloqué par les éléments de la gendarmerie. Pour cause, le patron de Pastef convoqué à 9 heures devant le juge d’instruction du 8e Cabinet pour l’entendre dans le fond du dossier de viols répétés et de menaces de mort, a décidé d’emprunter l’avenue Cheikh Anta Diop de Dakar. «Il n’en est pas question», pour le Préfet de Dakar, Alioune Badara Samb. Les gendarmes ont opposé un refus catégorique à Sonko. Et ils lui ont intimé l’ordre de prendre la Corniche Ouest pour rejoindre le Palais de justice de Dakar. Ce que le leader de Pastef et ses collaborateurs ont refusé de faire. Le convoi sera immobilisé durant près de quatre heures. Des éléments du Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale (Gign), doyenne des unités spéciales des forces de sécurité et de défense sénégalaises, viennent en renfort. La presse est évacuée à plus de 150 mètres du convoi. Pour prendre le contrôle de la situation, les gendarmes ont usé de bombes lacrymogènes pour disperser la garde rapprochée de Sonko, avant d’encercler le véhicule de ce dernier. Une situation qu’a déplorée Ousmane Sonko. «Ma voiture est bloquée depuis plus d'une heure par la gendarmerie commandée par le Préfet de Dakar (Alioune Badara Samb). Ce préfet a été surpris en train de dire qu'ils vont décerner un mandat d'amener pour me cueillir de force. Personne n'a le droit de me choisir un itinéraire», fustige Ousmane Sonko sur son compte Twitter. Quelques minutes après, le leader de Pastef est arrêté par des éléments du Gign et conduit à la Section de recherches de la gendarmerie de Colobane. Sonko est accusé de trouble à l’ordre public et participation à une manifestation non autorisée, selon un de ses avocats, Me Bamba Cissé. La situation est déplorable. Les partisans de Sonko fustigent l’arrestation de leur leader. C’est le début d’une longue journée de guérilla urbaine. Les manifestants mettent à sac les alentours des avenues Cheikh Anta Diop, Cheikh Ahmadou Bamba, la Vdn, les Allées du Centenaire, entre autres. Une véritable intifada pour venger leur leader, Ousmane Sonko en garde à vue dans les locaux de la Section de recherches de la gendarmerie de Colobane.      


Changement d’itinéraire, le Préfet de Dakar est-il dans son droit ?
La vidéo de 11 secondes est devenue virale. On y voit le Préfet de Dakar, Alioune Badara Samb, à la tête d’un commando du Gign (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale), se diriger vers les manifestants qu’il pointe du doigt. Marchant à grandes foulées, le ton haut, il ordonne : «On balance les lacrymogènes pour les disperser tous. Même la presse… Quitte à ce qu’il rentre chez lui (Ousmane Sonko) et après les gens vont prendre un mandat d’amener. Parce qu’il joue en réalité.» En prononçant ces phrases suite aux échauffourées qui ont émaillé, hier, la capitale sénégalaise, suite au refus du leader de Pastef d’emprunter l’itinéraire établi par l’autorité pour déférer à la convocation du juge du 8e cabinet, dans l’affaire de viol dont il est accusé, le Préfet Alioune Badara Samb ne savait pas qu’il était retransmis en direct sur la chaîne «Buur news». Sa posture a outré plus d’un et a provoqué un concert de désapprobation. Excès de zèle ou autoritarisme ? Ni l’un, ni l’autre. «En tant que garant de l’ordre public, le Préfet est bien dans son droit et son rôle», soutient un juriste qui a requis l’anonymat. Explication : «Les autorités administratives sont, par essence, les garants de l’ordre public. La preuve, quand quelqu’un veut organiser une marche, il dépose une demande d’autorisation à la Préfecture. Et le Préfet est libre de l’autoriser ou pas.» Notion très élastique, l’ordre public est laissé à l’appréciation souveraine de l’autorité administrative. Raison pour laquelle, «par essence, le Préfet n’a pas fait un excès de pouvoir.. En tant que garant de l’ordre public, sous l‘autorité du ministère de l’Intérieur et du Procureur, il commande quand il est sur le terrain. Pour preuve, les forces de l’ordre travaillent directement sous son autorité. Donc, il est dans son rôle et son droit.» N’empêche, le secrétaire général du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication, Bamba Kassé qui dénombre 4 blessés dans les rangs de la presse, invite l’autorité administrative à faire preuve de sérénité et surtout à contribuer à préserver la liberté de presse. «Les journalistes qui sont sur un théâtre d’opération de maintien de l’ordre y sont pour une mission de service public et garantie par la Constitution sénégalaise. L’autorité administrative doit en tenir compte et ne pas désigner nommément les journalistes comme des fauteurs de trouble, dans la mesure où il est possible de les identifier et de les inviter au cas où leur position gêne l’opérationnalité, à se mettre hors champs.»


Le Palais de justice de Dakar bunkérisé 


Hier, le tribunal de Dakar a changé ses habitudes pour un hôte spécial : Ousmane Sonko. Malheureusement, l’homme fort du Pastef ne verra jamais la porte du temple de Thémis. Rattrapé en cours de route, il sera conduit à la Section de recherches, tandis que le tribunal avait déroulé la grosse artillerie pour éviter tout débordement. Dès les premières heures de la matinée, le Palais de justice a été quadrillé par les forces de l’ordre. Militants et sympathisants d’Ousmane Sonko ont pris d’assaut le Tribunal de Dakar. Mais l’accès est filtré. Il faut montrer patte blanche pour accéder au lieu. Même la presse est indésirable. Les journalistes sont retenus hors du tribunal. Impossible d’accéder au Palais de justice sans motif valable. Une foule de curieux est tenue en respect au niveau du garage Lat Dior. Difficile de circuler aux alentours. Un dispositif sécuritaire est déployé sur les lieux. Mais, cela n’a pas impacté sur le déroulement des activités judiciaires dans le palais. Toutefois, pendant que la propriétaire de l’institut «Sweet Beauté», Ndèye Khady Ndiaye, et son époux étaient en train d’être auditionnés, le couloir menant vers le Cabinet du juge Mamadou Seck était surveillé par des gendarmes encagoulés. Aux environs de 11H, une information faisant état du fait qu’Ousmane Sonko est bloqué à hauteur du rond-point Mermoz, circule. Une partie de ses partisans s’ébranle vers la Corniche Ouest pour tenter de rejoindre le convoi. D’autres décident de l’attendre au tribunal. L’attente sera vaine. Leur leader sera arrêté et conduit à la Gendarmerie de Colobane. 


Le film de l’assaut sur la section de Recherches de Colobane


La journée d’hier a été mouvementée. Les Allées du Centenaire ont été le théâtre d’affrontements entre forces de l’ordre et militants ou sympathisants de Ousmane Sonko. Lesquels, non contents de l’arrestation de leur leader, ont attaqué la Section de recherches de la gendarmerie de Colobane. Plusieurs manifestants ont été interpellés par la police et la gendarmerie.


L’air est chargé de gaz lacrymogène et de fumée de pneus et véhicules brûlés dans les Allées du Centenaire, bloquées par la police. Difficile de s’approcher de la Section de recherche de la gendarmerie de Colobane où était gardé à vue le leader du parti Pastef-Les Patriotes, Ousmane Sonko, après son interpellation par les éléments du Gign (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale) pour menace à l’ordre public et participation à une manifestation non autorisée, alors qu’il déférait à la convocation du Juge du 8e Cabinet au Palais de Justice de Dakar. Une pilule amère que des dizaines de sympathisants et militants ne veulent pas avaler. Le mot d’ordre est donné. Ils sont plus que jamais déterminés à «libérer» leur leader entre les mains des gendarmes. Les Allées du Centenaire sont transformées dans la journée d’hier, en champ de bataille entre force de l’ordre et manifestants.  Non contents de la détention de leur leader, ces derniers ont assailli la Section de recherches de la gendarmerie de Colobane avec des jets de pierres. Alioune Badara, foulard noir imbibé de vinaigre sur le nez pour contrer les effets du gaz lacrymogène, crie à pleins poumons son indignation. «Nous sommes dans quel pays ? On vient de kidnapper notre leader. Nous sommes prêts à tout pour la libération du président Ousmane. Macky Sall a fini d’installer une dictature au Sénégal», déplore-t-il. La Police est aux aguets, mais elle n’arrive pas à repousser les jeunes qui étaient prêts «à y laisser leurs vies». Il a fallu l’intervention de la gendarmerie qui a usé de son arsenal pour disperser les dizaines de jeunes manifestants, qui ont mis en place des barrages et jeté des pierres sur les forces de l’ordre. Ils sont entrés dans une colère noire et ont tout détruit sur leur passage. Parce que, même avec l’arrivée de ces premiers renforts, les sympathisants de Sonko sont parvenus à accéder aux côtés de la Section de recherches. La situation est chaotique. Des manifestations qui ont tourné aux heurts avec les forces de l’ordre. D’importants dégâts matériels, des arrestations et des blessés ont été constatés dans plusieurs quartiers de Dakar.


Des nervis sèment la terreur à Dakar
Des individus communément appelés «nervis», aux côtés des gendarmes et des policiers, traquent les manifestants, à travers les rues et ruelles de Dakar. La tension était très vive sur les Allées du Centenaire. Les forces de l’ordre tentent de circonscrire la situation. Armés de gourdins et de machettes, à bord de véhicules Pick-up, ils sont parvenus à disperser les jeunes massés sur les Allées du Centenaire, à la Médina et à Colobane. A travers leurs véhicules, ils foncent sur la foule à un rythme qui fait hurler de peur toute l’opinion. Ils ont semé la terreur un peu partout dans les différentes rues de la capitale sénégalaise. On note des blessés du côté des forces de l’ordre, dont un gendarme touché par une pierre en plein visage évacué à l’infirmerie de la Caserne Samba Diéry Diallo de Colobane. Les manifestations se sont poursuivies hier mercredi jusque tard dans la nuit.


Ucad : Tension électrique entre pro-Sonko et Forces de l’ordre


Devant toutes les portes d’entrée de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), sont pointés des éléments des forces de l’ordre. Dans leurs véhicules Pick-Up ou blindés, en équipements de protection, ils sont armés de grenades lacrymogènes pour parer à toute éventualité. Sur l’Avenue Cheikh Anta Diop où Ousmane Sonko a voulu passer pour aller déférer à la convocation du juge d’instruction du 8e Cabinet près le Tribunal de grande Instance hors-classe de Dakar, il n’y a presque personne. Peu de véhicules et d’usagers empruntent cette voie pour vaquer à leurs occupations. Ici, le climat est inhabituel. L’Ucad est entièrement bunkérisée par des forces de l’ordre pour empêcher des manifestations sur la voie publique. Dans le Campus social, certains étudiants s’arrangent pour aller faire cours, au moment où les pro-Sonko cherchent à barrer la route, brûler des pneus ou encore aller accompagner leur leader au Tribunal de Dakar. Mais, ils sont empêchés par les forces de l’ordre qui réussissent à maîtriser la situation pendant des heures. Devant le pavillon A, sont regroupés des étudiants. Ils discutent sur la stratégie à adopter pour braver l’interdit. «Il y a des Forces de l’ordre partout aux alentours de l’Ucad. La seule solution pour sortir, c’est de forcer la porte principale. Il y a peu de policiers là-bas, contrairement à la porte de la Corniche où il y a des nervis. De ce fait, nous devons ramasser beaucoup de pierres et les attaquer en masse», concocte le cerveau du groupe. Ces étudiants s’arment alors de pierres et se dirigent vers la porte principale de l’Ucad. Face aux flics, ils passent un moment d’observation, avant d’enclencher la bataille. C’est le début des affrontements entre étudiants pro-Sonko et les forces de l’ordre. Les nerfs tendus, ils s’échangent des jets de pierres et de grenades lacrymogènes, paralysant toute la circulation. L’Ucad est sous une forte tension électrique. Une fumée pimentée pollue l’air et titille les narines des manifestants dispersés dans le campus. 
La convocation de Sonko par la Justice a causé des heurts un peu partout dans la capitale sénégalaise. Et les étudiants pro-Sonko de l’Ucad ne sont pas en reste. «Les forces de l’ordre nous privent de notre liberté d’aller accompagner Ousmane Sonko. C’est injuste ce qui se passe dans ce pays. On n’avait aucune intention de manifester ou d’affronter les policiers. On a voulu aller tranquillement au tribunal sans brûler des pneus ni casser des véhicules. On ne savait même pas que Ousmane Sonko devait passer par l’Ucad. Ce sont les forces de l’ordre qui ont provoqué ces affrontements», s’indigne un étudiant pro-Sonko. Il dénonce le fait que des étudiants, en voulant passer par la Corniche, sont attaqués par des nervis. «Si Sonko insiste sur sa décision de passer par l’Ucad, c’est parce qu’il sait qu’on a piégé cette voie. Macky Sall a recruté des nervis qui sont en ce moment sur la corniche, vers la Place du Souvenir», dénonce-t-il. Pro-Macky, l’étudiant D. Diop croit que Ousmane Sonko n’est pas obligé de passer devant l’Ucad. «Sonko devait obéir au Préfet et passer par la corniche. C’est pour aller vite et éviter la mobilisation de ses militants», confie le pro-Macky.


L'Armée appelée en renfort pour rétablir l’ordre dans la région de Dakar
L’ampleur subite et imprévisible des manifestations d’hier a motivé une réquisition particulière prise par le gouverneur de Dakar, adressée au Colonel El Hadji Malick Diagne, Commandant de la Zone militaire N°1, afin que «l’Armée prête le concours des troupes nécessaires pour le maintien et le rétablissement de l’ordre sur toute l’étendue de la région de Dakar». En effet, si jusque-là, la police et la gendarmerie avaient réussi à contenir les manifestants, en fin de journée hier, les événements survenus à Colobane, aux environs de la Caserne Samba Diery Diallo, ont fait craindre le pire avec notamment une arrivée massive de manifestants réputés proches de Ousmane Sonko, leader de Pastef/Les Patriotes. Visiblement surexcités, ils n’ont pas hésité à faire pleuvoir une pluie de pierres sur la Caserne Samba Diery Diallo qui abrite les locaux de la Section de recherches de la gendarmerie où Ousmane Sonko a été placé en garde à vue en début d’après-midi aux environs de 14H45mn. Une situation que les riverains de la Caserne Samba Diery Diallo avouent n’avoir jamais vécue. En plus de jeter des pierres, des manifestants ont utilisé des pétards qu’ils balançaient en direction de la Caserne, illuminant ainsi le ciel en fin de journée. «Il y avait un réel risque que les manifestants ne décident, sur un coup de tête, de prendre d’assaut la Caserne», souffle un témoin.
A l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, des policiers débordés et souvent confrontés à une rupture de leurs stocks de grenades lacrymogènes, ont choisi de se retirer abandonnant ainsi le terrain aux manifestants. Autant d’éléments qui ont motivé la réquisition particulière prise hier mercredi 03 mars par le gouverneur de Dakar pour solliciter le concours des troupes militaires. Une intervention qui couvre toute la région de Dakar, mais qui est toutefois encadrée, car excluant  «l’ usage des armes». Il s’agira   surtout pour l’Armée de se déployer pour envoyer un signal fort aux manifestants et à ceux qui seraient tentés de les infiltrer pour d’autres motivations. On souffle également que les bâtiments ciblés pour diverses raisons par les manifestatiants, notamment les stations d’essence, pourraient bénéficier de la protection de l’Armée.»


Ziguinchor plongée dans la violence urbaine


Des partisans d’Ousmane Sonko ont, pendant plusieurs heures, plongé la ville de Ziguinchor dans la violence urbaine après l’arrestation de leur leader politique. Très en colère, ces derniers ont mis le feu un partout dans les rues. Du grand boulevard «Alpha», sis au quartier Lyndiane, à la route de l’Université Assane Seck de Ziguinchor,  en passant par le marché Tilène et le boulevard 54m, des pneus, de la ferraille et des troncs d’arbre étaient brûlés. De grosses fumées noires envahissaient le ciel de Ziguinchor. Aux jets des lacrymogènes des policiers, les manifestants répliquaient par de grosses pierres. Les manifestations à Ziguinchor se sont rapidement étendues à la ville voisine, Bignona où un rassemblement de plusieurs femmes du bois sacré, prenant un caractère nettement politique, a été suivi par une marche silencieuse pacifique avant que ces dernières ne disparaissent «mystérieusement» dans la nature. Lors de ces actions de protestation, qui ont duré plusieurs heures, près d’une dizaine de manifestants, en majorité de jeunes garçons, ont été interpellés par les forces de l’ordre. Pour l’heure, on ignore leur sort.


DECLARATION DE L’OPPOSITION : «Une preuve de plus de la volonté de Macky Sall de tuer toute opposition au Sénégal»


«Debout pour la démocratie et l’Etat de droit», tel est l’intitulé de la déclaration signée par des membres de l’opposition parlementaire, des mouvements citoyens et leaders de la société civile. Pour eux, il urge d’organiser, fédérer et mobiliser toutes les résistances pour faire face aux dérives autocratiques qui, si on n’y prend garde, risquent de précipiter le Sénégal dans l’instabilité et la tyrannie. «Il est devenu impérieux de sceller ce pacte d’engagement, une alliance des citoyens, des patriotes, des républicains, pour constituer un bouclier autour de la démocratie et de l’Etat de droit, et de lutter pour que cessent les complots, les procès d’intention, la politique d’intimidation et la traque des leaders de l’opposition, ainsi que de tous les citoyens épris de justice. Nous ne tolérerons plus que les uns après les autres, jour après jour, les acteurs de l’opposition et de la société civile soient calomniés, poursuivis, déchus de leurs droits électoraux et envoyés en prison par le biais d’un système judiciaire domestiqué et aux ordres d’un pouvoir qui a fini de montrer son népotisme.» Par la voix de Cheikh Tidiane Dièye de la plateforme Avenir Senegaal Bi gnu beug, les signataires du pacte se disent conscients de la nécessité de déjouer le complot politique grossier, ainsi que l’agression sordide fomentée contre un des leaders de l’opposition sénégalaise. «Nous avons décidé de mettre en place un cadre d’unité d’actions, réunissant des partis de l’opposition, y compris l’opposition parlementaire, des mouvements citoyens, des organisations de la société civile et j’en passe. L’Etat de droit et les espoirs de toute une Nation sont mis en péril par l’injustice, l’inéquité et la traque des citoyens qui osent exprimer une opinion et des choix de vie différents du système autocratique et clientéliste qui nous gouverne. L’affaire Ousmane Sonko en est l’illustration manifeste et tenace. Le complot sordide ourdi contre ce député élu par le peuple sénégalais, est une preuve de plus de la volonté de Macky Sall de tuer toute opposition au Sénégal.» 
Pour Cheikh Tidiane Dièye et Cie, notre démocratie est minée et pervertie jusqu’à la caricature par Macky Sall et son régime. «Au lieu de construire et consolider l’Etat de droit, Macky Sall s’est arrogé tous les droits, notamment celui de choisir qui doit s’opposer à lui et à son gouvernement, décider de qui parmi les électeurs peut voter, de qui pourra participer aux compétitions électorales.» Les signataires de la déclaration, parmi lesquels Thierno Bocoum, Babacar Diop de Jds, Aliou Sané de Y’en a marre, Aïda Mbodji, Déthié Fall, Moustapha Guirassy, Cheikh Bamba Dièye, Guy Marius Sagna de Frapp… invitent les Sénégalais à mener ensemble le combat pour restaurer l’Etat de droit, la justice et la démocratie. «Nous appelons les Sénégalais à se joindre aux différentes initiatives et activités de lutte qui sont déjà lancées, dont les marches de protestation prévues ce vendredi 5 mars partout au Sénégal et dans la diaspora.»



ANTOINE FELIX DIOME, MINISTRE DE L’INTERIEUR : «Force restera toujours à la loi»


Dans un entretien accordé à la Radio futurs médias (Rfm) hier soir, le ministre de l’Intérieur, Antoine Felix Diome, s’est prononcé sur les manifestations qui ont éclaté dans la journée, à Dakar et dans d’autres régions du pays. Des protestations en soutien au leader du Pastef/Les patriotes qui déférait à la convocation du juge d'instruction du 8e cabinet, suite à la plainte déposée contre lui par Adji Sarr, pour «viols répétés et menaces de mort».


MAINTIEN DE L’ORDRE - «Le Sénégal est un État. Il l’a été et nous devons cette formidable organisation de notre pays aux illustres devanciers du président de la République qui a eu à le consolider à plusieurs égards. Qui connaît l’État, connaît son organisation, connaît sa capacité, sait parfaitement que force restera toujours à la loi. Ceux qui manifestent sont des Sénégalais. Notre devoir est de les appeler à exprimer leurs divergences d’opinion dans le strict respect des lois et règlements. Dans un État organisé, force restera toujours à la loi.»


ITINERAIRE - «Nous sommes dans un état particulier. Un état de catastrophe sanitaire qui a été décrété par le président de la République, M. Macky Sall. En exécution d’une telle décision, j’ai moi-même pris deux arrêtés qui interdisent les rassemblements, attroupements ainsi que des processions. Les manifestations, lorsqu’elles ne sont pas autorisées, violent naturellement la loi. Elles sont regrettables, certes, mais elles ne sauraient être impunies. Tout ce qui vient en contravention à la réglementation en vigueur devra être traité conformément à la loi. Que de Sénégalais n’ont pas un jour, au volant de leur véhicule, été invités par les forces de défense et de sécurité à emprunter un itinéraire différent de celui qu’ils voulaient emprunter. Mais en tout état de cause, cela ne doit inspirer que respect à l’égard de ces forces de défense et de sécurité qui, de toute évidence, en lien avec les renseignements qu’ils ont, vont déterminer les itinéraires que doivent suivre les automobilistes, tous les jours, à travers Dakar et dans le reste du pays. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les plans de circulation qui sont institués par les différentes forces de défense et de sécurité.
Une règle, lorsqu’elle est votée et appliquée, est applicable pour tout le monde de la même manière. Elle est applicable à tout le monde et de la même manière. Lorsque des forces de défense et de sécurité invitent à respecter des orientations par rapport à un plan de circulation qui a été défini, tout le monde doit s’y conformer. D’autres l’ont fait, je ne vois pas pourquoi il y aurait une exception.»


NERVIS - «Ce que nous connaissons au niveau de l’État, ce sont les forces de défense et de sécurité et certainement pas des nervis. Ces forces de défense et de sécurité ont la particularité, tous corps confondus, de comporter en leur sein des femmes et des hommes valeureux qui s’habillent en tenue, mais aussi, à leur côté, pour des raisons évidentes de recherche de l’efficacité, en tenue civile. Je ne connais pas de nervis. Je connais des forces de défense et de sécurité qui s’habillent aussi bien en tenue militaire et policière qu’en tenue civile.»


Une cinquantaine de manifestants placés en garde à vue au commissariat central


Une cinquantaine d’individus. C’est le nombre de manifestants arrêtés et placés en garde à vue hier, au commissariat central de Dakar, pour trouble à l’ordre public, destructions de biens publics et d’autrui, vols…


La capitale sénégalaise a été plongée, hier mercredi 3 mars, dans une spirale de violences inouïe, notée à différents endroits. Des émeutes imprimées par des partisans et sympathisants du député Ousmane Sonko, leader du parti politique «Pastef» qui ont ouvert plusieurs fronts donnant du fil à retordre aux forces de l’ordre. Les affrontements qui ont perduré jusque dans la soirée, seront ponctués par une cinquantaine de manifestants arrêtés et placés en garde à vue au commissariat central de Dakar.   «Les éléments d’infiltration ont joué un grand rôle dans l’identification et les arrestations de manifestants. La majeure partie des interpellations a été notée à la Médina, Colobane, Fass, Centenaire, Hlm», indiquent nos sources. Si un bilan définitif n’a pas été fourni, à cause de la prolongation des manifestations jusque dans la soirée, nos interlocuteurs soufflent qu’une cinquantaine de manifestants, majoritairement des jeunes, ont été arrêtés et placés en garde à vue au commissariat central de Dakar. Les infractions de trouble à l’ordre public, participation à une manifestation non autorisée, destruction de biens publics et d’autrui… A ces délits se joint le délit de vols retenus contre des individus identifiés dans les saccages de station-service et de «Auchan». Selon toujours nos sources, la plupart seront déférés au parquet de Dakar, dès ce matin.


ARRESTATION DE SONKO : Qu’en dit la presse internationale
Pour la presse internationale, le dossier Ousmane Sonko est devenu une affaire publique. Ils ont été nombreux à occulter dans leurs titres les faits d’accusation de viols répétés au profit du profil du leader politique. «Arrestation de l’opposant Ousmane Sonko», a titré Africanews. Chez Le Monde Afrique, Ousmane Sonko, devenu «Le principal opposant au pouvoir», est «arrêté sur le chemin du tribunal». France24 et Tv5 Monde ont préféré mettre l’accent sur les violences qui ont émaillé cette arrestation. «Ousmane Sonko, principal opposant sénégalais, arrêté après des incidents à Dakar», ont titré les deux Organes de presse. Voa Afrique a, lui, insisté sur les scènes de «guérilla urbaine». Des titres qui profitent au leader du parti Pastef-Les Patriotes qui, depuis le début, insiste sur sa condition de victime politique. D’ailleurs, pour Amnesty Afrique, «les motifs de trouble à l’ordre public et participation à une manifestation non autorisée sont infondés». L’organisme appelle ainsi la Justice à «abandonner les charges et à le libérer sans délai».


FALLOU FAYE, NDEYE FATOU SECK, DOUDOU DIOP, JULES SOULEYMANE NDIAYE, ABLAYE GADIAGA SARR, ALASSANE HANNE, ABDOURAHMANE THIAM, AICHA FALL, ADAMA DIENG,  ABDOULAYE DIEDHIOU, AIDA COUMBA DIOP

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Publié par

Namory BARRY

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