COVID-19 : Dakar, étape de la diplomatie chinoise du vaccin

jeudi 14 janvier 2021 • 285 lectures • 0 commentaires

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COVID-19 : Dakar, étape de la diplomatie chinoise du vaccin

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En décidant de distribuer ses vaccins contre le Covid-19, particulièrement aux pays en voie de développement comme le Sénégal, la Chine chercherait à se positionner comme le ‘’sauveur du monde’’. En coulisses, une véritable diplomatie du vaccin se joue sur fonds de compétition entre grandes puissances du monde.

Tout est parti de là. C’est là-bas, sur les lointaines terres de l’Empire du Milieu, à Wuhan plus précisément, que les premiers cas de Coronavirus ont été découverts, au début de l’année 2020. Aujourd’hui, le virus a fait le tour du monde, tué des milliers de personnes et mis les économies les plus puissantes à genoux. Mais la Chine n’est pas restée les bras croisés. Après avoir dénombré des centaines de morts, les Chinois, accusés de tous les maux et voués aux gémonies, notamment par l’Occident, ont réussi à développer un vaccin contre le Covid-19. En décembre dernier, ils ont annoncé être en mesure de distribuer 400 millions de doses de leurs 3 vaccins dans le monde. Et ce mardi, le ministre sénégalais de la Santé a indiqué que le Sénégal est en pourparlers avec la Chine pour acquérir des vaccins SinoPharm. A noter que le Maroc, l’Egypte, le Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, entres autres, ont porté leur choix sur le vaccin chinois, dit efficace à 79%.

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«Cette diplomatie du vaccin permet à la Chine de concurrencer les États-Unis de Trump»

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Mais au-delà du vaccin, il y a des enjeux géopolitiques non négligeables entre les pays, chacun cherchant à étendre son influence sur le plan international. Une véritable compétition entre les grandes puissances de ce monde. «Après la stupeur et la cascade de déséquilibres économiques, sociaux et humains à travers tous les continents, le temps du vaccin est arrivé. Nous assistons à une course aux vaccins entre les puissances du monde, essentiellement les États-Unis, la Chine, l'Union européenne, la Russie. Entre les financements pour la recherche médicale et scientifique pour trouver le meilleur vaccin et les impératifs politiques d'être le leader, il y a véritablement une compétition géopolitique qui se joue», indique Régis Hounkpé, analyste géopolitique et communicant politique. Selon lui, le vaccin est devenu une arme diplomatique qui devrait renforcer l’influence de la Chine et permettre au géant asiatique d’accélérer son ‘’soft power’’. «La Chine se sert de son vaccin pour se positionner comme la puissance salvatrice envers les pays du Sud et en Afrique. Cette diplomatie du vaccin permet à la Chine de concurrencer les États-Unis de Donald Trump et d'accentuer, au-delà de la guerre commerciale qui les oppose, sa différence.» Malheureusement, poursuit M. Hounkpé, les pays en développement ne peuvent pas s’aligner sur cette compétition internationale et devront compter sur des coopérations bilatérales ou attendre l'Organisation mondiale de la santé. «Ce bilatéralisme sanitaire et vaccinal sera, indubitablement exercé en fonction d'intérêts géostratégiques, explique-t-il. De ce fait, la Chine envisage, avec le développement de plusieurs vaccins à prix modéré, de fournir les pays en voie de développement tout en renforçant son image et sa réputation internationales.»


«Incarner le leadership chinois en tant que puissance mondiale»


Enseignant chercheur en Sociologie et connaisseur de la Chine, Dr Ibrahima Niang estime que la Chine est toujours dans sa stratégie post Covid. «Il y a eu la période où on disait que ce virus est un virus chinois, rappelle-t-il. Le point de départ de ce virus est en Chine, qui était en quelque sorte pointée du doigt par rapport aux problèmes de l’humanité. L’idée pour les dirigeants chinois, c’est de renverser la perspective, en prenant d’abord en considération ce leadership en matière sanitaire. Et ce leadership sanitaire commence d’abord par s’engager à développer la diplomatie des masques.» C’est ainsi que l’Empire du Milieu avait commencé à envoyer des masques et des respirateurs à certains pays, en leur disant qu’ils sont là pour faire face à cette pandémie. «On voit bien qu’il y a une stratégie post Covid qui constitue véritablement à incarner encore le leadership chinois en tant que puissance mondiale, puissance sur le plan aussi sanitaire qui est capable de prendre en charge cette question en aidant les pays qui sont en difficulté. C’est pourquoi aujourd’hui, quand la question du vaccin s’est posée, on va encore émerger vers une gestion politique du vaccin, où les géants mondiaux se positionnent.» Suivant le Dr Niang, au-delà de cette diplomatie des masques, la Chine montre aujourd’hui sa puissance en distribuant des vaccins. «C’est le soft power chinois qui s’incarne à travers cette distribution des vaccins. Elle exerce une certaine influence pour pouvoir séduire un certain nombre de peuples. Il faut inscrire cela dans la logique du rayonnement international de la Chine, adossé à ce vaste programme appelé les nouvelles routes de la soie. Les premiers pays qui expérimentent aujourd’hui le vaccin, c’est le Brésil, la Turquie et l’Indonésie. Pour le moment, ce sont ces pays-là qui sont en train de faire des commandes et de faire des premiers essais du vaccin chinois.»


«Il y a une part de combat géopolitique»


Sur la même lancée, Alpha Wally Diallo, consultant chercheur en relations internationales, estime que la balance de pouvoir était en train de pencher du côté de l’Est dès le début, avec l’épisode des masques, et même pour faire les tests, les composantes devaient venir soit d’Inde ou de Chine. «Il y a une bataille pour les zones d’influence à un niveau global et spécifiquement en Afrique, qui a toujours été le terreau des forces occidentales, signale-t-il. Quoi qu’on dise, la Chine a su gérer la pandémie et redémarrer son économie. Et jusqu’à présent, les seuls cris que l’on entend viennent de l’ouest.» Mais pour le consultant, cette stratégie de distribution des vaccins relève d’une politique chinoise ancienne. «Il ne faut pas oublier que la Chine a été un des membres influents du mouvement des non alignés, de même que l’Inde. Et ce sont ces pays qui, aujourd’hui, constituent un des leviers fondamentaux des acteurs du 21e siècle. Donc, force est de constater qu’il y a une part de combat géopolitique. Mais dans cette perspective, cela pourra permettre à l’Afrique de se repositionner, en termes de diversification des offres de partenariat.»


ADAMA DIENG

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Publié par

Namory BARRY

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