Elections du 23 janvier : La campagne, une bouffée d’oxygène pour l’économie locale

jeudi 13 janvier 2022 • 137 lectures • 0 commentaires

Politique 4 jours Taille

Elections du 23 janvier : La campagne, une bouffée d’oxygène pour l’économie locale

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Lancée depuis le 8 janvier dernier à minuit, la campagne électorale pour les Locales du 23 janvier bat son plein. Mais si Dakar, la capitale, et l’Administration centrale sont désertées, à l’intérieur du pays, le rappel des troupes politiques est une véritable aubaine pour l’économie locale.

En termes de finances, c’est le seul budget de guerre pour les Locales connu. Plus de 3, 5 milliards FCfa, c’est la somme colossale que la coalition au Pouvoir depuis 2012 a misée pour une victoire éclatante au soir du 23 janvier prochain. Au détail, cela donne 6 millions FCfa pour les communes et 10 millions F Cfa pour les Conseils départementaux. Une fortune qui, combinée aux budgets des autres coalitions qui vont certainement sortir de l’argent pour mener à bien leur campagne, pourrait faire bouger positivement l’économie locale. Surtout que tout cet argent va servir, pour la plupart, pour l’achat de carburant, la location de voitures, de matériels de sonorisation, de chaises etc, pour l’animation des milliers de meetings qui seront tenus durant les 14 jours de campagne.

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«20 mille FCfa par jour contre 3 mille FCfa avant la campagne»

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A Kaolack, région du centre du Sénégal, la campagne constitue une bouffée d'oxygène pour cette ville carrefour. En seulement quatre jours d’activités politiques, l'économie bouge au rythme des mobilisations et autres rencontres. Et, c’est le secteur informel qui en profite le plus. Du moins, selon les acteurs rencontrés sur le terrain. Khafor Mbengue en est un. Il s'active pleinement dans le business de lavage de voiture. Il reçoit à quelques encablures de la route nationale N°2. Et c’est en pleine embauche sur un véhicule 4X4, «brindé» à l’effigie d'un candidat en lice pour la conquête de la municipalité, qu’on le retrouve. Du nouveau pour Khafor, habitué à ne recevoir que des moto-taxis depuis ses débuts dans l'entrepreneuriat. «Alhamdoullilah, les affaires marchent mieux depuis le début de la campagne», sert-il, d’emblée, grâce à Dieu. Un seau à la main droite, un bout de tissu à la main gauche, Khafor se faufile entre les véhicules, avant de se poser un instant. Il confie, sourire aux lèvres : «C'est depuis le deuxième jour de campagne que j'ai commencé à recevoir les véhicules. La demande est tellement forte que j'ai été obligé de faire appel à trois de mes frères. Hier (mardi), nous avons travaillé jusque tard. Mais ça en vaut la peine car on s'en sort très bien», se réjouit-il, tandis que ses employés s'affairent autour des autres véhicules. «Il y a quelques jours, il m'était difficile de rentrer chez moi, le soir, avec 3000 F Cfa en poche, mais hier, j'ai gagné 20 mille F Cfa en une journée. C'est pourquoi d'ailleurs je prie pour que la campagne ne s’arrête pas», s'éclate Khafor.


Au quartier Sam, bastion politique d'un autre candidat, les abords des locaux qui abritent sa permanence sont transformés en foire. Attraction des militants venus de toutes parts, l'endroit grouille de monde. Une aubaine pour les dizaines de petits commerçants qui ont pris possession des parages. Vendeur de café, Aliou Sarr profite pleinement de cette opportunité qui s’offre à lui. Accumulant des bénéfices, le jeune de 32 ans se frotte les mains. «J'avais implanté mon business de l'autre côté du quartier. Mais à force de constater la foule immense de militants se diriger chaque jour à cet endroit, j'ai décidé de me rapprocher. J'écoule mon café plus facilement, surtout les après-midi. J’ai profité de l'occasion pour me ravitailler en d'autres produits comme les mouchoirs à jeter et les masques. Finalement, ma table qui n'avait qu'une cafetière est remplie de marchandises», avoue-t-il, peinant à continuer sous le tollé de la foule.


En plein meeting politique, au populeux quartier de Kabatoki, sont assises en rangée, derrière la masse, un groupe de femmes. Mise en exergue par l'effet des projecteurs, une pile de glacières, posées à même le sol, renseigne de leur présence sur lieux. Comme ses camarades, Seynabou Fall est venue écouler des sachets d'eau et autres bouteilles de jus. Soutien de famille, la campagne vient de renflouer son commerce après une faillite frôlée. À en croire la vendeuse, ces derniers jours, son astuce consiste à recharger pleinement son réfrigérateur dès l'aube pour ensuite cibler les rencontres politiques. «Je nourrissais ma famille à travers cette activité. Mais depuis un certain temps, les affaires ne marchaient plus. Dès que j'ai entendu parler de la campagne, j'ai repris en hâte mon commerce. Chaque jour, après m'être bien renseignée sur les différentes rencontres politiques, je remplis trois glacières de bouteilles de jus que je partage entre mes enfants. Chacun est chargé de se rendre dans une rencontre. Et moi-même, je fais pareil. Le soir, rentrés à la maison, on fait le décompte. Et j'avoue qu'on ne se plaint pas. Car, on arrive à réaliser le double des bénéfices que nous avions l'habitude de faire. C'est un rendement à cent pour cent», comptabilise la mère de famille, foulard sur les épaules.


Comme principale activité et unique source de revenus chez beaucoup de jeunes Kaolackois, les motos Jakarta sont aussi au fait de l'impact positif de la campagne. Nous sommes au quartier Léona, sur l'un des plus grands «arrêt Jakarta» de la ville. Ici, les témoignages sont unanimes. La demande est très forte. «Mais c'est le soir, que nous sommes plus sollicités. Car c'est en ce moment que prennent fin les rencontres politiques. D'ailleurs, hier (mardi), en quelques heures, à la fin d'une mobilisation, j'ai gagné plus que ce que j'avais l'habitude de percevoir pour toute une journée de circulation», relate Amadou Ly, le patron des lieux.


A Matam, les finances ne suivent pas encore
Le regard évasif, Mamadou Mbaye, 22 ans, conducteur de moto-taxi depuis 2015 à Matam, guette à tout-va la clientèle. Rencontré au cœur de cette ville du Nord du Sénégal, il s’impatiente de trouver le premier client pour démarrer en pompe sa journée. Avec tous les espoirs en tête de se remplir les poches, en ce début de la campagne électorale qui bat déjà son plein, depuis le 8 janvier dernier, dans tous les coins et recoins de la ville de Matam. Le jeune Jakartaman trouvé assis, en cette matinée, sur sa moto, les mains collées au guidon, semble ne pas être dans son assiette. Il n’en revient toujours pas. Comme ses camarades conducteurs de motos-taxis à Matam, les choses ne bougent pas encore pour Mamadou Mbaye, comme il le souhaite. Malgré l’effervescence des premiers jours de campagne dans la région. Mamadou Mbaye et Cie qui attendaient vivement la période des élections locales pour faire fortune, pistent toujours les bonnes occasions. Qui tardent à se pointer. La colère, ils la ruminent contre les hommes politiques de la région qui n’ont pas encore débloqué les gros moyens pour s’attacher leurs services. C’est le cri du cœur commun entonné, un peu partout, dans  les rues de Matam par les conducteurs de motos-taxis, qui s’indignent de l’attitude des hommes politiques qui les exploitent à travers des caravanes et meetings organisés ça et là, moyennant de modiques sommes. «Ici à Matam, nous avons une expérience des élections. Ce que nous avions l’habitude de gagner en période électorale, nous ne l’avons pas encore. Pour l’instant, les hommes politiques refusent de sortir l’argent afin de motiver les conducteurs de motos Jakarta. Ils nous prennent tout notre temps, voire toute une journée pour 1 000 ou 1 500 F Cfa, alors que lors des dernières campagnes électorales, on pouvait gagner plus de 3 000 F Cfa par convoi», se lamentent Mamadou Mbaye et ses camarades conducteurs de motos-taxis. Qui sont obligés de braver, parfois sans masque, l’atmosphère poussiéreuse les exposant du coup aux risques sanitaires. Et parfois au prix de leur vie, car ils sont tout le temps exposés aux risques d’accidents. Trouvé au quartier Navel, le visage couvert par la poussière soulevée par les convois des candidats (du pouvoir comme de l’opposition) aux élections municipale et départementale à Matam, grosses lunettes noires au visage, le jeune conducteur de moto-taxi, Souleymane Sow, ne décolère pas. Il pointe du doigt les responsables politiques de la région qui refusent de mettre le prix qu’il faut pour bénéficier de leurs services. «lls (les responsables politiques) nous prennent pour des jouets. Ils nous donnent des t-shirts, c’est nous qui achetons l’essence et risquons notre vie pour de petites sommes qu’ils nous proposent pour suivre leurs convois. J’ai décidé de tout arrêter pour l’instant, en attendant de voir si les choses vont changer les jours à venir», confie-t-il, la mine triste. Pointé devant la porte de l’Inspection d’Académie avec un groupe de jeunes conducteurs de motos-taxis, en attente de clients, le plus souvent des professeurs venant de l’intérieur de la région, Cheikh Sow, adjoint du président de l’Association des conducteurs de motos Jakarta, ne mâche pas ses mots. Il dénonce la mauvaise passe qu’ils sont en train de traverser. «La manière dont les choses ont commencé ne nous arrange pas. Nous prenons des risques énormes», dit Cheikh Sow. Il ajoute, le cœur brisé : «Nous (conducteurs de motos Jakarta) roulons souvent derrière les candidats et leurs militants, de 15 à 22 heures pour 1 500 F Cfa. Le plus souvent, les activités politiques se terminent tard dans la nuit.» Les jeunes conducteurs de motos-taxis menacent de ne plus accepter d’être les «cowboys» des hommes politiques de Matam. «Nous sommes tous malades parce que les routes qui mènent à Navel et Diamel ne sont pas bonnes. Il n’y a que de la poussière partout», indiquent Cheikh Sow et Cie.  


A quelques minutes de marche, dans les rues du quartier Navel, les jeunes conducteurs de motos-taxis ont fait un bref passage chez un des leurs qui venait juste d’être victime d’un choc avec sa moto au début de la campagne électorale. C’est un jeune répondant au nom de Abdoulaye Sy, la vingtaine à peine dépassée. Même s’il y a eu plus de peur que de mal, Abdoulaye traîne déjà quelques petites séquelles. Son genou droit un peu enflé, Abdoulaye Sy se souvient encore de l’incident. Mais, il ne connaît pas la liste du leader qu’il escortait le jour de son choc. Pour l’instant, ce qui intéresse Abdoulaye Sy, c’est la somme qu’il doit recevoir après service rendu. Heureusement que son camarade, venu à son chevet, lui a rappelé que c’était lors du meeting du maire sortant qu’il a été victime d’un accident. «Nous étions nombreux à escorter le convoi du maire sortant, Mamadou Mory Diaw. Au début, il n’y avait pas de difficulté, mais à la fin du meeting, nous voulions tous sortir en même temps et il y avait des bousculades. C’est par la suite que j’ai eu un petit choc avec un de mes amis», raconte le jeune Abdoulaye Sy.  


Kédougou, le manque d’engouement et l’impact sur le business
   
Elle est la plus grande ville du sud-est du Sénégal, proche des frontières du Mali et de la Guinée. Située à 702 km de la capitale, Kédougou fait partie des lieux les plus attractifs du pays du fait de sa chute d’eau de plus de 50 mètres, une forêt dense et de son parc Niokolo-koba. Elle est aussi l’une des communes qui concentrent le moins d’enjeux pour ces élections locales. La preuve, la ville n’est toujours pas au rythme d’une ambiance de campagne électorale. Mis à part quelques meetings et caravanes de la coalition de Benno bokk yakaar et de la candidate Astou Sakho, rien à se mettre sous la dent. Si la campagne électorale constitue un moment fort pour faire vivre l’économie d’une ville, tel n’est pas le cas dans cette commune frontalière de la Guinée. Location de voitures, vente d’essence, location de chaises, bâches ou encore de matériel de sonorisation, de nombreuses activités, qui devaient profiter de ces événements sont aux aguets. Pour le vice-président du garage de Kédougou, Oumar Diallo, pour l’heure, l’offre est largement supérieure à la demande. Au fond d’une chaise, casquette à la tête, cigarette au coin des lèvres, ce vieux, au teint clair, se confie. «On n’a pas encore loué beaucoup de voitures. Hier (lundi) une dame est venue nous voir pour louer 6 bus et un minicar pour mercredi, mais elle n’a pas encore confirmé. Depuis le début de la campagne, on n’a loué que 5 voitures pour des besoins d’une caravane. C’est peu par rapport aux élections précédentes », se désole M. Diallo qui espère que les choses se décantent pour mettre quelques économies dans les caisses du garage. Concernant le tarif, Oumar Diallo, indique qu’ils «varient entre 40 et 50 000 FCfa. »


«Nous ne sentons même pas que nous sommes en pleine campagne »
«Nous ne sentons même pas que nous sommes en pleine campagne. La station fait les mêmes recettes que d’habitude, aucun changement n’est constaté. Alors qu’on s’était préparé en conséquence depuis le premier jour. Une campagne électorale doit normalement avoir un impact positif sur l’économie d’une ville, mais tel n’est pas le cas actuellement à Kédougou. Mais on s’attend à ce que cela change sous peu, peut-être que dans les jours à venir, les choses vont bouger», espère Abdoulaye Diallo, gérant de la station Star, qui se trouve sur la route nationale à quelques kilomètres du garage de Kédougou et considérée comme l’une des plus prolifique de la ville. Dans sa tenue de travail, l’homme de teint noir, proche de la quarantaine, attend la présence des hautes personnalités de la ville pour vendre beaucoup plus. Même son de cloche à la station Total qui se trouve à l’intérieur de la commune de Kédougou. Selon un de ses pompistes, Coly Bâ, pour l’instant, la station ne sent pas l’impact des élections locales sur ses recettes journalières. «On voit rarement des voitures destinées à la campagne électorale venir chercher de l’essence. En tout cas, pas ici à Total, peut-être au niveau des autres stations de la ville. Car il y en a maintenant 5», affirme le pompiste qui pense que la situation changera bientôt. «On se dit que ce n’est que le début de la campagne, et que certains leaders ne sont pas encore sur place. Nous espérons, comme ce fut le cas lors des précédentes élections locales et présidentielles, avoir un chiffre d’affaires élevé dans les prochains jours avec des manifestations à venir », s’enthousiasme Coly Bâ. 


La location de chaises, le seul point positif
L’activité de cette enseignante constitue le seul point positif. En ces jours de campagne, Penda Sylla fait tourner sa boite bien mieux que les autres. Assise sur une moto, vêtue d’un jean bleu et d’un t-shirt, sac à main à côté, la jeune dame qui se laisse bercer par la musique d’un passant se confie. «Je suis enseignante, mais la location de chaises me fait gagner parfois un peu d’argent. Pour ces premiers jours, j’ai eu à louer quelques chaises pour des besoins d’un meeting à Trypano et dans d’autres quartiers. Ils m’ont pris 300 chaises à 22 500 F Cfa par jour. J’espère que les meetings vont s’enchaîner et que nous pourrons tous en profiter», affirme la dame,  sourire aux coins des lèvres. Par ailleurs, pour Abou Diaby, la soixantaine, barbe blanche, bonnet sur la tête, c’est le manque d’engouement qui est à l’origine de l’ambiance morose qui sévit dans la ville. Et ce vieux pense que c’est particulièrement dû à la non-participation de Moustapha Guirassy aux élections. «Le manque d’engouement, l’ambiance morose, comme si l’on n’était pas en pleine campagne électorale est la faute de ceux qui n’ont pas accepté la liste de Guirassy. Son absence se remarque carrément. Il symbolise l’opposition à lui seul. S’il n’y a pas d’opposition dans une ville, le parti adverse peut se dire qu’il n’est même plus important de battre campagne car les dés sont déjà jetés. » 
FALLILOU MBALLO, MAXIME DIASSY & SILEYE GUETTE

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Publié par

Namory BARRY

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