Enquête sur Cheikh Wade : le nouveau CEMGA démasqué

jeudi 1 avril 2021 • 2298 lectures • 1 commentaires

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Enquête sur Cheikh Wade : le nouveau CEMGA démasqué

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Le Général de corps d’Armée Cheikh Wade, 58 ans, va être installé dans ses fonctions de Chef d’état-major général des armées (Cemga), aujourd’hui. En attendant sa prise de fonction, L’Observateur a suivi le parcours glorieux de ce combattant échappé de la ville de Mékhé, dans la région de Thiès. C’est le nouvel homme fort de l’armée sénégalaise, Cheikh Wade, successeur du Général Birame Diop, est, depuis le 30 mars dernier, le nouveau Chef d’état-major des armées.

Pour avoir été précédemment sous-chef d’état-major des Armées, l’homme a le profil de l’emploi. Aujourd’hui, sa nomination à cette haute station stratégique intervient dans un contexte assez particulier, marqué par la forte présence des terroristes et autres forces occultes, dans plusieurs pays de la sous-région. Mais grâce au professionnalisme de son armée, le Sénégal est, jusqu’ici, épargné des exactions de ces malfaiteurs. Il revient au Général de corps d’Armée Cheikh Wade, ancien Général de Brigade, chef d’état-major de l’armée de terre (10 décembre 2017 au 21 décembre 2019), de préserver ce legs.
Tête d’œuf. L’histoire du Général de corps d’Armée Cheikh Wade s’est tissée à 165 km, au nord de Dakar, à Ngaye Mékhé. Là-bas, dans la capitale du cuir, la famille Wade s’apprête à accueillir un heureux évènement. Ce matin du 22 mars 1963, sa mère, Khady Samb, ressent les premières douleurs de l’enfantement. Elle est évacuée au dispensaire du coin et donne naissance, quelques heures plus tard, à un garçon. Un bonheur immense pour son père, Mor Wade qui le baptise Cheikh, du nom de Cheikh Fall Bayou Goor, petit-fils de Mame Cheikh Ibra Fall. A Ngaye, le jeune Cheikh pousse comme un épi, couvé par l’attention de sa mère et la rigueur d’un papa intransigeant et à cheval sur les principes. Sa mère Khady Samb : «Cheikh n’a jamais dévié de sa trajectoire. Même quand il était enfant, il se rendait à la brousse pour me trouver du bois mort. Il portait au dos ses frères et sœurs. Il était généreux dans l’effort et ne se gênait jamais de jouer au berger avec mon troupeau.» Enfant modèle, Cheikh aimait pourtant s’offrir des plages de loisirs, comme aller chaparder des pommes d’acajou dans les champs environnants. C’est son ami d’enfance, Adama Niang qui conte l’anecdote. «Un jour, nous avons décidé d’aller dans la brousse de Risso (3 km de Mékhé) pour voler des pommes d’acajou. Mais malheureusement, le propriétaire nous a surpris et poursuivis avec un gourdin. Nous avons tous détalé comme des lapins et Cheikh, très véloce, nous a devancés à Mékhé, comme s’il avait poussé des ailes.»  
Crayonné comme un fils exemplaire, il démarre ses humanités à l’école élémentaire «Mékhé 2» rebaptisé plus tard «Ndiawar Ndiaye». Il y effectue tout son cycle primaire. Souleymane Dieng, actuel Surveillant général du Cem Tété Diédhiou de Ziguinchor, qui a partagé pendant 6 ans, la même classe que Cheikh Wade, retient de lui l’image d’un garçon «exemplaire, pondéré et intelligent». «Nous formions une bande d’amis, mais Cheikh Wade était de loin le plus correct et le plus discipliné. Il n’était pas un adepte de la castagne. Nous étions inséparables.» Adama Niang, animateur paysan à l’Union des groupements paysans de Mékhé (Uppm) et ancien camarade de Cheikh Wade, en rajoute une couche : «Cheikh Wade était irréprochable. On aurait dit que Dieu voulait le préparer afin qu’il puisse assumer de hautes fonctions plus tard.» Tête d’œuf, Cheikh occupait toujours la tête du peloton à l’issue des compositions. Conscient des potentialités et des dispositions de son élève, son maître d’alors, M. Mandoumbé Dieng, a pris le risque de le présenter comme candidat libre à l’examen du Certificat de fin d’études élémentaires, dès la classe de Cm1. L’adolescent décrochera ce premier diplôme haut la main. Une grande consécration qui est ancrée à jamais dans les annales de l’école Ndiawar Ndiaye. L’année suivante, le brillant élève réussira au sélectif concours d’entrée en 6e. Grâce à ses bons résultats scolaires, il sera orienté au Lycée Malick Sy de Thiès où il obtiendra plus tard, son Dfem et son Baccalauréat C.
Le Général de corps d’Armée Cheikh Wade a toujours eu un faible pour les hommes de tenue. Chez le Général Wade, le virus de l’armée coule comme le sang qui irrigue ses veines. Très tôt, il l’a chopé. Le déclic est survenu une matinée de 4 avril. Nous sommes en 1979 et le jeune Cheikh, 16 ans, élève en classe de Première C, assiste au défilé avec une bande de copains. Devant le défilé impeccable des hommes de tenue, le jeune garçon, séduit, tombe sous le charme de la tenue treillis. Son camarade Djangana Djité, la soixantaine, se remémore de la scène. «Cheikh émerveillé par le beau défilé et les hommes en tenue, était comme en transe. Il était subjugué et son visage irradiait de bonheur. A la fin du défilé, il m’avait confié qu’il voulait devenir militaire. Et depuis cette fameuse date, il a commencé à s’intéresser à l’armée.» La suite coule de source. Après l’obtention de son Bac en 1982 et un Certificat préparatoire décroché à la Faculté des sciences en 1983, à l’université Cheikh Anta Diop, Cheikh qui n’avait pas renoncé à son rêve de revêtir l’uniforme militaire, intègre l’Académie royale de Meknès au Maroc et en sort bardé du grade d’Officier, au bout de 3 ans. Rentré au bercail, le jeune commando sera affecté à Thiès, après un stage de commando en 1989 en France, des cours de Capitaine d’Infanterie aux Etats-Unis et des cours d’Etat-major au Ghana. Il effectue de nombreuses missions au Koweït, en Irak et au Libéria, des pays plongés dans de profondes guerres civiles. Mais n’en renonce pas moins à son désir de poursuivre les études. Il enchaîne tour à tour les diplômes : diplôme d’application chef de section infanterie, brevet des techniciens commandos, diplôme de cours de capitaine infanterie, diplôme d’école d’état-major, diplôme d’aptitude au grade d’officier supérieur, brevet de l’enseignement supérieur militaire, diplôme d’étude supérieure de défense, option Stratégie et Géopolitique etc. Ce militaire qui a gravi tous les échelons dans l’armée, grade après grade, a  été le chef de section au bataillon de commandos de Thiès de 1987 à 1993, puis commandant d’unité de la 2e compagnie du  bataillon de commandos de 1993 à 1996, commandant de la zone militaire 5 (2013-2015), en Casamance.
Le drame de sa vie. Ce territoire, fief de la rébellion depuis les années 1980, va lui ravir son meilleur ami, son binôme Gormack Niang. Ce dernier, à la tête de la 3e Compagnie commando, a été abattu, à bout portant, le 22 novembre 1995, à l’entrée du camp rebelle de Sikoum (cette base rebelle a été récemment conquise par l’armée au mois de février dernier, Ndlr). Il est tombé les armes à la main. Ce sera le premier drame de sa vie. Cheikh ne s’en est jamais remis. Djangana Djité : «Cheikh Wade a été très affecté par la mort de son ami. Il continue toujours d’en souffrir. J’évite d’évoquer le sujet en sa présence. Il était très lié au défunt. D’ailleurs, lorsqu’ils venaient en vacances au Sénégal, Gormack n’allait pas à Dakar où vivaient ses parents, mais il restait à Mékhé avec son ami.». Fidèle en amitié, Cheikh continue d’entretenir ses vieilles connaissances. Lamine Bâ, un de ses amis d’enfance : «Le Général a gardé ses amis d’enfance.  Quand il vient à Mékhé, il nous invite tous chez lui pour une séance de thé. Parmi nous, il y a même des conducteurs de charrette, des ouvriers etc. Mais il ne fait jamais étalage de son statut de chef. Il ne vient jamais à Mékhé avec ses gardes du corps. D’ailleurs, un de nos amis d’enfance, atteint d’une déficience mentale, prend part à cette rencontre.» C’est dire la dimension humaine de l’homme, un philanthrope qui a le cœur sur la main et qui raffole de couscous (ceeré).  
Capitaine. Dans une autre vie, le général de corps d’Armée, Cheikh Wade, marié et père de cinq enfants, aurait pu devenir footballeur international professionnel. A Mékhé, ses qualités footballistiques font l’unanimité. Souleymane Dieng, son ancien coéquipier : «A l’école primaire déjà, nous avions formé une grande équipe qui avait raflé plusieurs trophées dans les compétitions interclasses. Cheikh Wade était notre défenseur central. Son intelligence de jeu dépassait son âge. Même ses adversaires le respectaient sur le terrain. Nous avions réussi à garder l’ossature du groupe, qui deviendra, plus tard l’Asc «Thiadadji», l’équipe du quartier «Ndiope». Cette formation sportive a marqué l’histoire des navétanes à Mékhé. Ces performances sportives qui font toujours la fierté d’un quartier, nous les devons à Cheikh Wade, qui était notre capitaine. Quand, il manquait un match, nous étions tous démoralisés, car c’est lui qui nous poussait à la victoire. Lorsqu’il revenait de voyage, le même jour, il prenait part à la rencontre sportive. Il était un vrai gagneur. N’eut été les études qui lui prenaient l’essentiel de son temps, il aurait pu devenir footballeur professionnel.» Adama Niang qui formait avec l’actuel Cemga, la paire de défense de l’Asc «Thiadadji», garde encore intacts les bons souvenirs de son coéquipier : «Il n’a jamais écopé de carton jaune. Il était très correct sur le terrain.  Il parlait peu, car il était toujours concentré sur le match.  Même les arbitres lui vouaient du respect. Je me rappelle, au cours d’un match, lorsque j’avais fait un geste antisportif, l’arbitre international, qui s’appelait Idrissa Seck, surnommé « Big fath » (il est décédé aujourd’hui, Ndlr), qui appliquait à la lettre les règles du jeu, est venu vers moi pour me dire à voix basse : «Pourquoi tu ne peux pas faire comme Cheikh ? Il est irréprochable sur le terrain. Tout cela montre que des qualités de leader somnolaient chez lui.» Et, l’armée les a, aujourd’hui, mises en lumière.
ABDOU MBODJ

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Publié par

Namory BARRY

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