Fétichisme : L'incroyable tendance des Occidentaux à recourir au maraboutage

jeudi 14 octobre 2021 • 212 lectures • 0 commentaires

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Fétichisme : L\'incroyable tendance des Occidentaux à recourir au maraboutage

Le maraboutage n’est plus une question de race ou de pays. Au Sénégal, les Européens qui fréquentent la Petite-côte recourent de plus en plus aux pratiques mystiques auprès des marabouts sénégalais. Du traitement d’une maladie à la recherche de richesse en passant par des problèmes liés à l’amour, les marabouts sénégalais semblent être, aujourd’hui, la panacée pour ces clients venus d’Europe.

A son domicile sis aux résidences de Saly Niakh-Niakhal, Christine* savoure sa victoire. La ressortissante française, qui vit au Sénégal depuis près de 10 ans, garde encore en mémoire les souvenirs cauchemardesques du litige foncier qui l’opposait à son client italien. Un différend au terme duquel Christine, 52 ans, a gagné le procès et retrouvé sa maison. Une victoire due à une âpre bataille mystique menée avec son marabout, Issa Diakho. « Il y a de cela un an, j’avais vendu cette maison à un Italien à 350 millions de FCfa. Dans un premier temps, l’homme m’a remis 150 millions de FCfa, a pris les clés du domicile et s’est installé.» Le client lui promet de lui faire un virement avant son retour de la France. Il n’en sera rien. Après moult négociations sans succès, Christine porte l’affaire en justice. Ce sera le début de son calvaire. «La justice sénégalaise n’a pas voulu se prononcer sur cette affaire. Et c’est dans ces moments de tourmente que des amis sénégalais m’ont conseillé d’aller voir des marabouts qui peuvent, grâce à leurs pratiques mystiques, m’aider à décanter la situation et reprendre ma maison que l’Italien avait commencé à réfectionner.» Par l’entremise d’amis, Christine s’attache les services de Diakho qui, après une première consultation à 32 000 Fcfa, lui recommande de faire une offrande de deux vaches noires et d’un mouton blanc. Sans occulter les frais d’hébergement du marabout estimés à 200 000 FCfa et sa rémunération à 1 500 000 FCfa. Aussitôt et comme convenu par le marabout, l’affaire a été enrôlée et vidée par le tribunal de grande Instance de Mbour. Le verdict sera favorable à Christine qui retrouve sa maison et ses papiers. «J’ai dépensé près de 2 millions de FCfa auprès de mon marabout pour reprendre ma maison. Et cela, je le dois au marabout Issa Diakho dont les pratiques mystiques m’ont été d’un grand apport», se vante Christine, soulagée, le sourire aux lèvres. C’est la tendance du moment à Mbour. Le phénomène du maraboutage qui était jadis exclusivement l’affaire de l’Afrique et des Africains, a fini de franchir les frontières africaines avec l’implication des Occidentaux qui, en quête de solutions à leurs problèmes de toute nature, s’attachent maintenant les services de charlatans. Au Sénégal, plus particulièrement sur la Petite-côte, ces Occidentaux qui n’hésitent plus à faire le déplacement sur des milliers de km, sont de plus en plus nombreux à fréquenter ces «génies faiseurs de miracles». 


«C’est grâce aux bains mystiques d’un marabout que mon copain sénégalais m’a finalement épousée»
Nathalie*, elle est toujours sur son nuage, après son union scellée en grande pompe avec son copain sénégalais. Cette félicité, elle la doit à un marabout. Aujourd’hui, l’italienne de 55 ans qui file le parfait amour avec son époux de 35 ans, garde jalousement le secret derrière son mariage avec cet homme qu’elle a pourtant longtemps entretenu et qui a voulu lui faire un enfant dans le dos. Aujourd’hui, la bague au doigt, la propriétaire italienne de plusieurs restaurants à Mbour et environs exulte : «Depuis des années j’entretiens une relation amoureuse avec mon copain sénégalais qui, malgré tout ce que j’ai fait pour lui, a refusé catégoriquement de se marier avec moi. Je lui ai offert une voiture et une maison entièrement construite et équipée par mes soins. N’empêche, il ne cessait de m’humilier devant des Sénégalaises à qui, il donnait tout ce que je lui offrais comme cadeau. Ce que je ne pouvais point supporter. Avec le soutien d’une amie sénégalaise qui m’a mise en rapport avec un marabout, à qui j’ai payé 400 000 Fcfa, j’ai réussi à le marabouter pour qu’il m’épouse.» La tête dans les nuages, une large banane aux lèvres, Nathalie qui savoure les délices du mariage depuis bientôt deux ans, poursuit sans discontinuité : «Désormais, nous vivons sous le même toit et il ne sort pratiquement plus du domicile conjugal. Il n’a d’œil que pour moi. Nous vivions en parfaite harmonie grâce aux bains et autres consignes mystiques de mon marabout qui est le meilleur dans son domaine.» Une fleur au charlatan, Issa Diakho qui, assis sur sa modestie, plastronne : «Toute modestie mise à part, je peux dire que je suis le meilleur dans mon domaine, ici à Saly Niakh-niakhal. Dans mon travail, je reçois beaucoup plus d’Occidentaux que de Sénégalais. Les étrangers ne regardent pas à la dépense quand il s’agit de faire des offrandes. Les cas auxquels je fais le plus souvent face avec les Occidentaux, sont liés à des problèmes d’ordre sentimental, professionnel ou de désaccords entre partenaires d’affaires. Je soigne, à l’instar d’un de mes collègues établi à Ngaparou, des problèmes sanitaires plus personnels, à partir de plantes médicinales.»  


«Souffrant de faiblesse sexuelle, je suis devenu papa de deux mignons garçons, après le traitement d’un marabout»
Georges Marti* qui souffrait d’une faiblesse sexuelle, acquiesce. Le Français soutient avoir recouvré sa santé sexuelle grâce au marabout Diop, établi à Ngaparou. «C’est grâce à ma copine sénégalaise devenue aujourd’hui mon épouse que j’ai connu le sieur Diop. Un homme qui excelle dans son domaine. Avec ma faiblesse sexuelle, j’avais beaucoup de peine à avoir de l’intimité avec ma copine. Et c’est grâce au marabout Diop qui m’a traité sur une courte période que j’ai pu retrouver ma virilité. Alors qu’auparavant j’ai fait le tour de plusieurs structures sanitaires sans succès. La maladie ne cessait de me hanter. Et maintenant, grâce au traitement du marabout, je suis devenu papa de deux mignons garçons», rassure le Français. Même si les Européens reconnaissent tous l’efficacité du traitement des marabouts sénégalais, il n’en demeure pas moins qu’ils n’ont pas les mêmes préoccupations ou motivations. C’est le cas de Catherine* et sa fille qui se sont déplacées depuis l’Espagne à la recherche de bains mystiques pour conjurer le mauvais sort. «J’avoue qu’en Espagne, je fréquentais des cartomanciens. Mais ces derniers, après consultation, ne me remettaient qu’un morceau de tissu à attacher au bras. Je n’ai jamais eu le résultat escompté. Par contre, les traitements des marabouts sénégalais sont plus efficaces avec plus d’assurance. Par exemple, pour notre cas, nous gérons de grosses fortunes avec nos entreprises basées en Espagne mais, malheureusement, à un moment donné, nos chiffres d’affaires avaient lamentablement chuté. Des connaissances nous ont recommandé des prières et des bains mystiques afin de garder notre position de leader en Espagne. Nous étions sous le joug de mauvais sorts et de mauvaises langues qui faisaient couler notre richesse. Mais depuis que nous avons bénéficié de bains mystiques et de quelques gris-gris à enterrer dans nos usines, les affaires marchent désormais à merveille», renseigne Catherine en séjour au Sénégal pour les besoins de la bonne marche de ses entreprises. Une fois n’est pas coutume…


DR BABACAR DIOP, SOCIOLOGUE, ANTHROPOLOGUE ET PSYCHOLOGUE : «La croyance, l’influence et la perte de repères poussent de plus en plus les Occidentaux à s’adonner au mysticisme»
«Les raisons qui poussent les Occidentaux au mysticisme sont nombreuses. La première est l’influence des Africains car, à y regarder de plus près, ces Européens qui s’adonnent à ces pratiques ont des amis, des compagnons africains ou sénégalais. L’autre raison est la croyance. Ces Occidentaux ont foi aux interventions mystiques pour satisfaire des demandes diverses. Par exemple, jeter un sort à quelqu’un, s’attirer la sympathie d’un employé, conduire à la folie un ennemi ou même rendre malade des adversaires. Et de plus en plus, les études montrent que ces Occidentaux croient fermement que l’usage de procédés, de pratiques exotériques et d’incantation ayant comme support des talismans, des nœuds, des sacrifices et des offrandes de sang, peuvent résoudre leurs problèmes. Et la troisième raison, à ne pas occulter, est qu’on ne doit pas oublier que les sociétés occidentales ne sont pas totalement cartésiennes. Ces sociétés ont des croyances mystico-magiques. Il ne faut pas non plus oublier que les sociétés occidentales font face à ce que nous appelons la perte de repères. Elles ne savent plus à quel saint se vouer. C’est cette perdition qui fait que ces pratiques mystiques africaines gagnent du terrain dans ces sociétés. Et la dernière chose qu’on peut également souligner, c’est qu’on note l’importance du culte du maraboutisme, c’est-à-dire, une vénération excessive des marabouts. Et, c’est cette surestimation de leur pouvoir et de leur savoir qui fait que naturellement la personne humaine, qu’elle soit européenne, américaine et africaine, a tendance à recourir à leurs services.»



*Les noms ont été changés


MARIAMA GUEYE

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Publié par

Namory BARRY

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