Foot - Aliou Cissé et la fatigue mentale 

vendredi 26 novembre 2021 • 1267 lectures • 0 commentaires

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Foot - Aliou Cissé et la fatigue mentale 

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En plus de la pression, de l’usure… que connaît un entraîneur d’une Equipe nationale, Aliou Cissé qui est sur le banc des «Lions» depuis mars 2015, est constamment sous le feu des critiques. Il n’échappe pas au syndrome du banc de touche.

Une spirale sans répit. Entre les éliminatoires qui viennent de s’achever, les prochains barrages de la Coupe du Monde 2022, la CAN en janvier et le Mondial au Qatar, Aliou Cissé n’aura guère de relâchement. Un enchainement des matches et des compétitions qui l’entraînent dans un rythme infernal. Et quand on y ajoute les critiques et la pression populaire qui accompagnent les performances de l’Équipe nationale, ce n’est pas sans conséquences pour le sélectionneur. Au-delà des efforts et de l’épuisement, la fatigue mentale et le stress s’accumulent chez le coach des «Lions» qui se retrouve plus que jamais dans une atmosphère suffocante. Des professionnels qui ont côtoyé le haut niveau et un de ses anciens proches collaborateurs dans la «Tanière» évoquent, pour L’Observateur, les principales causes de cette lassitude et éventuels effets qui peuvent en découler. Pour Dominique Lucas, ancien préparateur mental des pilotes de chasse de l’Armée de l’air française et ex coach mental de l’équipe de France Espoirs, la fatigue mentale est une «usure psychologique» avec des «causes multiples». 
 «A force d’avoir des facteurs de stress assez élevé et surtout répétitif, cela donne une certaine usure et une fatigue qui épuisent parfois les gens (entraîneurs), au point qu’ils ne trouvent pas de solutions à leurs soucis. Ils peuvent en arriver jusqu’à abandonner leurs prochains ou tomber dans la dépression, l’isolement, explique le spécialiste de la préparation mentale. C’est un certain épuisement et parfois, cela veut dire qu’on n’a pas souvent les ressources pour répondre aux différents facteurs.» En fonction des «résultats», les techniciens du banc peuvent voir leur avenir se décider. «L’avantage d’un entraîneur, c’est d’avoir des matches à répétition alors que le sélectionneur en a (en moyenne) tous les trois mois. En cas de mauvais résultat, vous n’avez pas les moyens de renverser (la situation) et montrer que l’équipe est bonne. Dans cette phase, il y a beaucoup interrogations dont on aura les réponses que trois mois plus tard.» 

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«Physiquement, Aliou a complètement dépéri. Il ne lui reste que ses rastas»

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«Lors des rassemblements et compétitions de longue durée comme la CAN ou la Coupe du Monde sur un mois, c’est très difficile de vivre avec un groupe. Il faut trouver des moments pour se déconnecter et lâcher prise, suggère Dominique Lucas. Si vous n’avez pas des moments où vous pensez à autre chose, cela finit par vous user et la fatigue mentale arrive très vite et vous fait parfois prendre de mauvais choix.» Dans ces phases finales, «vivre en groupe pendant très longtemps est un facteur que les entraîneurs ne connaissent pas. On voit toujours les mêmes personnes, parfois on s’entend avec certains et pas toujours bien avec d’autres. Il faut prendre sur soi et trouver une échappatoire pour passer à autre chose, c’est essentiel dans l’organisation d’une sélection.» 
Dans le cas de l’ancien capitaine des «Lions», sa métamorphose ne passe pas inaperçue. L’un de ses anciens collaborateurs confie : «Physiquement, Aliou a complètement dépéri, avec une perte de poids énorme. Il manque d’appétit et ne mange pas. Il ne lui reste que ses rastas. A la veille des compétitions, tu as pitié de lui. Il ne mange pas et ne dort pas. Il ne fume pas, ne boit pas et prend très rarement du café. Sa passion reste le football et aller au restaurant où il peut rester jusqu’à 4 heures du matin. Il y a un moment où il ne peut même plus s’occuper de sa famille. C’est une chose qu’il vit dans la solitude. Depuis 2015, il continue et n’a pas eu de répit. Il est sous cette pression continue. Physiquement, il en a laissé des kilos, surtout qu’une partie de sa famille n’est pas là (au Sénégal). Cette nervosité peut parfois s’apercevoir dans le comportement de tous les jours et conduire à voir des entraîneurs se cacher derrière des excitants (cigarette, café, l’alcool).»
Pour recharger les batteries, le sélectionneur a une méthode particulière. «D’habitude, après la publication d’une liste, il fait une retraite et se coupe de tout. Il prend une semaine pour aller à Ziguinchor pour décompresser. Aliou prend trop la pression qui est toujours visible en lui. A la veille de chaque match, il est tendu. Il peut rester pendant des heures au téléphone pour noyer sa pression. A chaque match, même amical, il est sous pression», confie son ancien collaborateur. Il ajoute : «Aliou est un garçon introverti, il se coupe de tout. Il coupe tout contact avec le monde extérieur. Il vit la pression en éteignant son téléphone et disparaît tout de suite. Il est difficile de le voir après chaque compétition. Il disparaît pour dégager la pression. Il ne faut pas oublier qu’il est très fougueux, il peut en venir aux mains. Il n’hésite pas à se retrousser les manches.» Au-delà de la confection des listes qui lui font passer des nuits blanches, le sélectionneur a aussi des «égo à gérer» dans une «Tanière» avec de fortes têtes. «Cela peut péter à tout moment. C’est pourquoi, il est aidé sur ce point par certains anciens qui lui ont été d’un apport extraordinaire. Alfred Ndiaye, Cheikh Ndoye et Kalidou Koulibaly étaient des régulateurs de vestiaire. En plus, il y avait Régis Bogart. Tous ces gens jouaient ce rôle. Fondamentalement, ils l’épaulaient. Est-ce qu’il a toujours quelqu’un qui peut le suppléer dans les vestiaires ? Si vous ne l’avez pas dans votre groupe, c’est un problème. C’était sa force, parce qu’il avait son adjoint qui est très bon sur ce plan et également des leaders dans les vestiaires qui l’aidaient et jouaient ce rôle.»


«Après la compétition, il a besoin de décompresser et se refaire une santé morale»


Alain Giresse, ancien sélectionneur des «Lions» (2013-2015), connaît assez bien cette pression sur le banc d’une sélection avec ses passages au Gabon, au Mali et en Tunisie. «Une phase finale pour un entraîneur et un sélectionneur, c’est très prenant. Dès le début, on veut faire une préparation bien adaptée à l’état de forme des joueurs. Il y en a qui sont très en forme et d’autres moins, certains qui ont beaucoup joué et d’autres moins. C’est un travail très minutieux et personnel qu’il faut mettre en place», explique l’ancien milieu de terrain de l’Équipe de France. «L’entraîneur est sans cesse dans la réflexion, essaie de voir chaque jour si tout se passe bien avec les joueurs, parce qu’il faut évidemment les emmener dans les meilleures conditions pour aller jusqu’au bout de la compétition. On est toujours dans la réflexion et l’échange avec le staff et les joueurs. Pour lancer la compétition, il faut le réussir pour mettre l’équipe dans les meilleures conditions et lui donner de la confiance. On a cette attention liée au résultat, en mettant la meilleure équipe. Cela veut dire que, pendant une phase finale, l’entraîneur est constamment sous pression.» 
«Les sélectionneurs connaissent les joueurs, leurs personnalités et leurs caractéristiques. Mais la différence d’une phase finale, c’est de vivre tous les jours avec les mêmes joueurs et la même équipe, alors qu’habituellement, vous les avez pour sept - huit jours. Il faut qu’ils sachent vivre ensemble, qu’il n’y ait pas de problèmes relationnels, mais plutôt une véritable motivation de faire quelque chose ensemble», assure le technicien qui a conduit le Sénégal à la CAN 2015 en Guinée Équatoriale. «De toute façon, si l’Équipe nationale veut réussir dans ces compétitions, il faut que tout le monde tire dans le même sens. L’entraîneur est celui qui est au-dessus de tout cela et doit avoir un œil très attentif à tout ce qui se passe dans le quotidien d’une phase finale, entre les entraînements, les avants et après matches. C’est très prenant et très usant sur le plan mental pour un entraîneur. C’est pourquoi, après la compétition, il a besoin de décompresser et se refaire une santé morale.» 
OUSMANE DIOP

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Publié par

Namory BARRY

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