Gamou 2021 : Dans les secrets de la mosquée de Maodo

lundi 18 octobre 2021 • 924 lectures • 0 commentaires

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Gamou 2021 : Dans les secrets de la mosquée de Maodo

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Actuellement en travaux, la grande mosquée d’El Hadji Malick Sy, construite en 1904, connaît depuis 1978 des modifications. L’appel, l’année dernière, du dernier khalife, Serigne Babacar Sy Mansour devrait aider à clore le cycle des réfections de cette mosquée tant voulue par le patriarche.

Sur le chemin habituellement très fréquenté par les fidèles tidianes en ces moments de Gamou, règne un calme relatif. Ni rangs, ni vendeurs, ni mendiants, encore moins la bousculade qui caractérise les environs de la grande mosquée de Tivaouane à quelques heures de la célébration de la naissance du Prophète. L’édifice habituellement visible du bout de la rue, se cache cette fois derrière des murs en zinc et un cerbère présent à l’entrée. De plus près, les voix de plusieurs hommes sont rythmées par le bruit des pelles, marteaux-piqueurs et autres engins de construction. Cette effervescence d’un autre genre préfigure d’un grand changement. Jusqu’ici en état de rénovation, la grande mosquée d’El Hadj Malick Sy se prépare à se montrer, parée de ses plus beaux atours. Plaisir des yeux, la maquette du projet de rénovation est la  seule chose qu’elle daigne pourtant montrer pour le moment. L’accès au chantier est interdit au public. Ni photos, ni presse ne sont tolérées aux alentours. A l’unique issue, un vigile veille au grain. La rénovation doit se faire dans la plus grande des discrétions. Après plusieurs décennies de projection, d’arrêt, de controverses, les autorités de Tivaouane ont décidé que le travail se fera désormais en silence, dans l’efficacité. Le Khalife général, Serigne Babacar Sy Mansour en a décidé ainsi. Les talibés tidianes et soutiens de tous bords ont, dans leur participation financière, suivi la recommandation. L’ambition du chef de projet est sans faille, la modernisation du mythique et mystique édifice voulu par le patriarche Mame Maodo Sy, devrait être livrée en juin 2022. 

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La toute première zawiya
Tivaouane a connu une effervescence plus grande à quelques heures de la célébration du Mawlid. Voilà maintenant deux ans que le khalife général décrète d’un Gamou en faible comité pour ne pas exposer les fidèles aux ravages de l’épidémie du Covid-19. Un hasard qui profite au projet de rénovation de la mosquée d’El Hadj Malick Sy dont l’histoire remonte à l’avant indépendance. «A la suite de Mame Maodo, les héritiers, sous l’autorité du premier khalife, Serigne Babacar Sy (1885-1957), ont engagé une première rénovation en 1940. Il a fallu ensuite attendre jusqu’en 1979, sous le magistère de Mame Abdoul Aziz Sy «Dabakh», pour le projet d’extension commence», explique Moulaye Abdoul Aziz Diop, petit-fils, membre de la cellule de communication. Grande taille, moulé dans un habit beige, le quinqua est un fin connaisseur de l’histoire de la mosquée. 
À l’origine, c’est par un arrêté du gouverneur du Sénégal daté du 17 février 1903 que Maodo reçut l’autorisation de construire une mosquée avec l’affectation d’un terrain de 1 200 m2. En attendant la réalisation du projet, le patriarche dédia  l’espace aux premières veillées nocturnes de la célébration de la naissance du Prophète. Ce sera ainsi la toute première zawiya de Mame Maodo Sy. Un vœu réalisé. Lors de son pèlerinage à la Mecque en 1889, ce dernier formula le souhait de faire fleurir les mosquées à chaque coin de rue du Sénégal. «Toute sa vie sur terre s’est résumée en un triptyque. D’abord, le «dja dju ba» qui signifie éducation et formation de ses disciples, adoration de Dieu et travail digne et licite. Ensuite, l’érection de zawiyas qui est une mosquée avec un daara et une maison des hôtes ou un internat. Et enfin, la commémoration de la naissance du Prophète Mouhamed)», explique le petit-fils. Les vestiges de cette première zawiya en banco, sont encore visibles à la grande mosquée. Et elle est étonnamment bien conservée au vu de son âge. Appelée «Juma bou magg bi (la grande mosquée), elle sera conservée et totalement intégrée dans le projet de modernisation. Le plan architectural en fait un joyau de symbole et de pont entre l’ancienne génération et la nouvelle.
Autre anecdote, la construction du bâtiment coïncide avec la naissance du deuxième khalife, Mame Abdou Aziz Sy Dabakh, ainsi qu’à l’implantation du village Diacksao, titre foncier et patrimoine spirituel du patriarche. C’est, entre autres, dans ce village que plus de 700 moukhadams (érudits) ont été formés et disséminés sur l’étendue du territoire national et en Afrique. C’est à partir de ce lieu aussi que s’est décidé la déclinaison des fameux zawiyas. Depuis, le dernier recensement effectué en 1991 établit le compte à 4 703 mosquées implantées sur tout le territoire grâce à Mame Maodo, à ses descendants et ses moukhadams. Aujourd’hui, le décompte doit être largement supérieur, de mosquées où s’élèvent matin et soir la wazifa ou liturgies propres à la confrérie tidiane.

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Une succession de 16 imams depuis 1904


Il n’y eut pas de khalifes qui n’ait apporté sa pierre à l’édifice après le départ de Mame Maodo le 27 juin 1922. Après Serigne Babacar Sy, c’est Mame Abdou Aziz Sy qui posa la première pierre d’une extension. Laquelle ne fut suivie d’effet que dix ans plus tard, soit en 1979. Son successeur, Serigne Mansour Sy, a, lui aussi, mis la main à la pâte, réfectionnant une partie de la mosquée. Pour Moulaye Abdoul Aziz Diop, cette continuité découle d‘un des principes de l’Islam. «La religion ne connaît pas de progrès dans la fondation mais plutôt des progrès matériels qui peuvent s’assimiler à de la réfection». Une chose est cependant immuable dans cette succession de rénovations : autant Mame Maodo a érigé sa première zawiya, autant il en a dirigé la prière inaugurale, en récitant la sourate «Yasin». «Plusieurs autres imams se sont ensuite succédé, dont Serigne Atoumane Ndiaye qui fut le premier choisi par le patriarche entre 1904 et 1946», informe Ibrahima Mbodj, plus connu sous le nom de Baye Niass Mbodj, maître coranique. «Après le décès de l’imam Atoumane Ndiaye en 1946, il est remplacé par imam Babacar Ndiaye, ensuite El Hadji Mor Mbacké, Seydi Ahmed Niang Faty, El Hadji Bachir Diop, El Hadji Mbacké Sy, Cheikh Seybatou Fall, Cheikh Alioune Fall, Cheikh Mouhamadou Amine Kébé, El Hadji Mayib Sogue, El Hadji Moussa Niang, El Hadji Saër Mbaye, El Hadji Demba Ndiaye, Mansour Ndiaye, Mouhamadou Amine Niang et enfin Ahmed Tidiane Tall, l’actuel imam ratib depuis 1987», récite-t-il. De différentes origines, ces hommes symbolisent la philosophie de vie de Mame Maodo : chercher à fédérer toute la communauté musulmane en faisant de la mosquée un espace d’équité, de manière à ce que tous tendent vers l’agrément du Seigneur. C’est la dimension de Maodo, c’est la dimension qu’il a voulu donner à sa mosquée et c’est surtout la dimension que perpétuent ses héritiers. Le 14 septembre 2020, le khalife Serigne Babacar Sy Mansour, lançait l’opération d’achèvement des travaux de la grande mosquée avec un seul message : l’appel aux musulmans de tous bords pour la recherche de l’agrément du Tout-Haut.


ABDOU AZIZ GUEYE, CHEF DU PROJET DE CONSTRUCTION GRANDE MOSQUEE EL HADJI MALICK SY DE TIVAOUANE  : «40 % d’exécution des travaux du gros œuvre»


«La complexité de ce travail de réfection est que nous ne partons pas d’une feuille blanche. Nous sommes en train de modifier des points initiaux pour les moderniser et les adapter au contexte. C’est pourquoi nous sommes dans le schéma de conception, étude et réalisation en même temps. Nous avons commencé par démolir les structures qui étaient atteintes par l’âge pour défaut de protection. Nous allons continuer par la conception de l’ouvrage, tout en respectant les contraintes édictées par le Khalife Serigne Babacar Sy Mansour, qui a tenu à ce que nous respections à la lettre le principe de cette grande mosquée. Nous avons dû nettoyer les parties qui étaient corrodées et les parties qui étaient atteintes pour donner à la mosquée une nouvelle image. Nous sommes en train de réaménager la grande salle de prières principale, de construire à côté une extension de cette salle pour les hommes, de construire des toilettes, de repenser entièrement la partie qui étaient dédiée aux femmes et de trouver un moyen de réhabiliter la première mosquée d’El Hadji Malick Sy inaugurée en 1904 et qui a été à l’origine de tout ça. 
Aujourd’hui, nous avons entamé les travaux de gros œuvres, à peu près 1/3 du montant des travaux. Selon le programme, nous pouvons finir les travaux de gros œuvre le 31 décembre 2021. Parallèlement, nous sommes en train de réfléchir sur les travaux du second œuvre pour tout ce qui est carrelage, qui est en réalité la partie la plus difficile pour ce projet. Nous n’avons pas encore un coût arrêté du projet, mais nous avons un budget estimatif qui tourne autour de 15 milliards F Cfa. En termes de planning, au niveau du gros œuvre, nous sommes à peu près autour de 40% d’exécution. En termes de rythme d’exécution, nous sommes conscients que nous tiendrons les délais que nous avons déjà annoncés. Nous avons commencé les travaux de gros œuvre en avril 2021 et nous avons l’ambition de finir ces travaux en juin 2022. C’est un édifice qui va recevoir plus de 20 000 personnes et je pense que nous pouvons livrer cette mosquée le 30 juin 2022.»
ABLAYE GADIAGA

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Publié par

Namory BARRY

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