Greenpeace liste les problèmes de la pêche sénégalaise

samedi 2 avril 2022 • 1081 lectures • 0 commentaires

Économie 5 mois Taille

Greenpeace liste les problèmes de la pêche sénégalaise

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En mars 2021, le chef de l’Etat informait le Conseil des ministres de la tenue en fin mai 2021, d’un conseil présidentiel consacré au secteur des pêches. Un an après, le conseil tarde à se tenir. Dr Aliou Ba, Responsable de la campagne Océans Greenpeace Afrique, alerte le Président Macky Sall, en lui rappelant son engagement. Il en profite pour évoquer les problèmes du secteur de la pêche.

Le président de la République, Macky Sall, avait annoncé en mars 2021, la tenue d’un conseil présidentiel sur la pêche artisanale, en demandant au ministre des Pêches et de l’Économie maritime d’«engager des concertations avec toutes les parties prenantes». Un an après, il n’y a toujours pas eu de conseil présidentiel, qu’est-ce qui bloque, selon vous et est-ce que Greenpeace a été invitée à une quelconque rencontre en ce sens ?
Non. Greenpeace n’a pas été conviée à ces réunions. Il y avait juste le ministre qui a fait des sorties au niveau des centres de débarquement. Nous n’avons pas non plus d’informations sur ce qui bloque le Conseil présidentiel. Il y a eu apparemment quelques réunions avec les communautés de pêcheurs et ce Conseil devait se tenir le 31 mai 2021 et ça n’a pas eu lieu. Ça montre un peu que le secteur de la Pêche est relégué au second plan parce que le Président a déjà rencontré plusieurs acteurs de l’économie, mais pas ceux de la Pêche pour le moment. Le secteur de la pêche souffre toujours autant et a besoin de réformes. Un conseil présidentiel qui réunira toutes les parties prenantes pourrait poser les bases du renouveau du secteur de la pêche et de ses sous-secteurs.

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Quels sont aujourd’hui les problèmes majeurs auxquels le secteur de la pêche est confronté ?
La pêche au Sénégal est confrontée à un certain nombre de problèmes, à savoir la surpêche des poissons. Actuellement, il n’y a pas assez de ressources sur le marché. Les prix ont augmenté. Les pêcheurs n’arrivent plus à retrouver de la ressource. Il y a les industries de farine de poisson qui sont en train de faire de la concurrence avec le marché local. Ils utilisent le poisson frais pour produire de la farine et de l’huile de poisson qu’ils envoient en Europe et en Asie. Il y a le problème des Licences de pêche qui ne sont pas encore clarifiées. Cela fait deux ans que nous demandons au ministre d’avoir beaucoup plus de transparence dans sa gestion. Nous lui avons demandé de publier la liste des navires qui sont en train d’opérer au Sénégal. Nous n’avons pas encore ça. Les pêcheries au Sénégal souffrent d’une mauvaise gestion. L’offre sur le marché local a baissé, c’est pourquoi les prix augmentent de plus en plus. L’immigration clandestine, c’est en majorité des pêcheurs qui utilisent les navires ou les pirogues qu’ils utilisaient pour aller pêcher pour immigrer par la mer. Si les pêcheurs n’arrivent plus à trouver assez de ressources, à vivre de leur travail. Ils prennent ces pirogues pour aller en Europe en espérant un avenir meilleur parce qu’ils n’ont plus d’espoir au Sénégal. 

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Y a-t-il une communication permanente entre les acteurs et le ministère ? 
Ce qui est senti, c’est que les acteurs de la pêche ont perdu l’espoir parce qu’ils n’ont pas d’interlocuteur pour discuter de leurs problèmes. On ne sent pas qu’il y a une communication claire entre les autorités et les acteurs de la pêche et ceci devrait être évité parce que le secteur de la pêche est d’une importance majeure pour l’économie sénégalaise, environ 600 mille emplois. Si la pêche a des problèmes, c’est que le Sénégal a des problèmes. Il devait y avoir un dialogue sincère et clair, une transparence dans la gestion de ce secteur.


Où se situe le blocage ?
Si on fait des demandes sur la gestion de la transparence au niveau de la pêche, on n’a pas de réponse. Même au niveau de la prise de décision, ça pêche. Les accords de pêche avec l’Union européenne (Ue), les pêcheurs ont décrié cet accord-là de même que Greenpeace, mais il n’y a pas eu de réaction de la part du gouvernement. Les usines de farine et d’huile de poisson qui sont aussi décriées par leurs effets négatifs sur l’environnement mais aussi sur les pêcheries. Le ministre avait promis de geler le nombre d’usines de farine et d’huile de poisson, il s’est trouvé qu’il y a eu deux nouvelles usines qui ont été ouvertes à Kayar et à Sandiara. Ça montre que le ministère ou les autorités n’ont pas du tout écouté les acteurs de la pêche.


On a l’impression que depuis des années, le secteur de la pêche rencontre les mêmes difficultés, qu’est-ce qu’il faut concrètement pour y remédier ?
Il faudrait organiser des Assises du secteur de la pêche pour qu’on discute ensemble des problèmes et essayer de trouver des solutions pérennes. On ne peut pas dire que les ressources sont surexploitées et le lendemain signer des accords de pêche, ou dire que les ressources sont surexploitées et donner des licences à des navires qui viennent d’ailleurs. On ne peut pas dire que les ressources sont surexploitées, autoriser l’implantation d’huile de farine et d’huile de poisson qui sont directement en concurrence avec la consommation locale. Il y a énormément de contradictions. La mise en place de ces usines fait perdre des emplois aux femmes transformatrices, mais aussi sur le long terme, contribue à la surexploitation des ressources parce que ces usines utilisent du poisson frais qui pourraient être consommé par les communautés ou les populations, ils utilisent ce poisson là pour produire de la farine pour aller nourrir des animaux en Europe et en Asie. C’est quelque chose d’inhumain. C’est pourquoi les gens ont l’impression que ce sont les mêmes problèmes qui sont là. Ils n’ont pas été résolus.


Quelles sont les réformes dont a besoin le secteur de la pêche ?
Il faut baisser l’effort de pêche parce qu’il y a une augmentation de l’effort de pêche industrielle qui ne devrait pas augmenter, étant donné que les ressources sont surexploitées. En situation de surexploitation des ressources, la première chose qui devrait être faite, c’est de limiter l’effort de pêche ou de baisser l’effort de pêche. On entend par l’effort de pêche le nombre de navires qui sont en train d’opérer. Au Sénégal, ces dernières années, il y a le scandale des navires d’origine chinoise ou asiatique qui étaient venus en nombre dans les eaux sénégalaises. Cela a été déploré par des Ong comme Greenpeace, mais aussi par les acteurs de la pêche eux-mêmes. Ce qui devrait être fait, c’est de baisser carrément l’effort de pêche et éviter les nouveaux accords de pêche au Sénégal parce qu’ils ne sont pas socialement acceptables.
CODOU BADIANE

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Publié par

Namory BARRY

admin

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