Interdiction de la vente de carburant au détail : En banlieue, l’arrêté inquiète pompistes et automobilistes

samedi 20 février 2021 • 48 lectures • 0 commentaires

Économie 2 semaines Taille

Interdiction de la vente de carburant au détail : En banlieue, l’arrêté inquiète pompistes et automobilistes

La vente de carburant au détail, interdite sur l'étendue de la région de Dakar, ce, pour une période de deux mois. Auteur de cet arrêté, le gouverneur de Dakar compte couper l’herbe sous les pieds des pyromanes qui profitent des manifestations pour mettre le feu dans la cité. Une mesure qui inquiète en banlieue dakaroise.

La nuit n'était pas encore tombée hier vendredi en banlieue, mais déjà dans les différentes gares routières de la zone, l'interdiction de la vente de carburant au détail était au menu des discussions. A Thiaroye-Gare, au quartier Messéré, où tous les jours plus d'une trentaine de véhicules appelés «Clandos» déversent des passagers venus de Guédiawaye…, l'inquiétude était bien perceptible sur les visages des chauffeurs. Dans ce coin de la banlieue où les véhicules dits «clandos» constituent le principal moyen de locomotion, les conducteurs sont unanimes. Tous craignent une baisse drastique des recettes journalières, si l'arrêté du gouverneur est appliqué à la lettre. 
«Il est fréquent de voir un de nos véhicules s'arrêter en plein trajet pour défaut de carburant», souligne, Baba Ndiaye, chef de la gare routière de Messéré. Lorsque cela arrive, Baba assure que le conducteur est alors obligé d'abandonner momentanément son véhicule, le temps de se rendre à pied vers la station d'essence la plus proche, un bidon en main, pour s'approvisionner en carburant. «Nous fonctionnons ainsi avec cette morosité économique qui fait que nous ne pouvons pas tous les jours faire le plein d'essence dans nos réservoirs. Nous achetons toujours le carburant au détail dans des bidons. Interdire l'approvisionnement au détail, c'est signer l'arrêt de mort des véhicules clandos qui sont indispensables en banlieue», s’inquiète le chef de la gare routière, trouvé en pleine discussion avec les chauffeurs qui relient tous les jours le marché «Boubess» de Guédiawaye à la commune de Thiaroye.


IBRAHIMA NDIAYE, POMPISTE : «Ce n'est pas la première fois que l’État prend cette mesure que les jeunes pyromanes réussissent toujours à contourner»
Hier vendredi au premier jour de l'entrée en vigueur de l'arrêté du gouverneur, plus d'une fois, des conducteurs venus s'approvisionner en carburant, un bidon à la main, ont été éconduits par les pompistes. Établi sur Tally Diallo la principale artère de Thiaroye, le pompiste Ibrahima Ndiaye confie : «Avec ces nombreuses manifestations, nous avions arrêté, depuis quelques semaines, de vendre le carburant au détail dans des bidons.» Fort d'une expérience de plus d'une trentaine d'années, vêtu d'une combinaison bleue, barbe poivre-sel bien entretenue, il témoigne : «Le pire n'est jamais à écarter. Par exemple, vendre du carburant à un jeune pyromane, sans le savoir, peut vous entraîner dans un engrenage de difficultés. Alors, mieux vaut arrêter de vendre au détail dans des bidons. Il faut être conscient de ces risques et veiller à les écarter.» Pourtant Ibrahima n'est pas dupe. Il n'ignore pas que l'arrêté du gouverneur de Dakar aura l'effet d'un coup de frein sur les recettes journalières de la station «Oil Libya», située à Tally Diallo où il officie. «Cela va surtout affecter le Super, du nom du carburant utilisé par les véhicules clandos et d'autres qui ne sont pas en bon état. La dernière fois que cet arrêté a été pris, il y a quelques mois, j'arrivais à peine à vendre trois cents litre de Super, alors qu'en temps normal, je peux écouler jusqu'à sept cents litre, rien que pour la vente au détail dans des bidons.»  
Selon Ibrahima Ndiaye, l'arrêté du gouverneur n'est pas une montagne à surmonter pour ceux qui sont tentés d'utiliser le carburant pendant les manifestations. En pompiste expérimenté qui a servi aux quatre coins du pays, il prévient : «Ce n'est pas un obstacle pour les pyromanes. Ils peuvent bien venir à bord d'un véhicule pour faire le plein avant de se retirer quelques parts pour utiliser un tuyau et siphonner ainsi l'essence pour ensuite le répartir dans des bidons et se servir à souhait.» 



«Un arrêté ne peut contenir toute cette frustration»
Venu s’approvisionner à bord de son scooter, L.F, un jeune commerçant, ne cache pas sa colère lorsque l’interdiction de vente au détail lui est notifiée par le pompiste. Déguerpi du marché de Thiaroye fortement impacté par les travaux du Train Express Régional (Ter), le jeune scootériste est d’avis qu’il en faut plus pour contenir «la colère de tous les frustrés». «Rien ne justifie les actes des pyromanes qui infiltrent les manifestations, mais il y a tellement de frustrations qu’un arrêté ne peut suffire à contenir», lance L.F, avant d’embrayer son scooter pour emprunter Tally Diallo et filer à vive allure vers  Yeumbeul. L’air  soupçonneux, Malick Faye qui plaide la cause des conducteurs de clando, braque son regard sur le jeune scootériste. Puis, lorsque ce dernier disparaît dans le flot des véhicules qui ont envahi Tally Diallo, il confie : «Il faudrait désormais réclamer la pièce d’identité à ceux qui s’approvisionnent au détail, seul moyen de décourager les éventuels pyromanes…»
ALASSANE HANNE

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Publié par

Namory BARRY

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