Interview-vérité du Pr Moussa Thior sur les vaccins et l'immunité collective

jeudi 29 avril 2021 • 321 lectures • 0 commentaires

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Interview-vérité du Pr Moussa Thior sur les vaccins et l\'immunité collective

Il a été le premier à ramer à contre-courant des stratégies sanitaires contre le  coronavirus, soutenant que l’infection n’était pas plus mortelle qu’une autre. Il a encore préconisé très tôt la théorie de l’immunité collective, avant que les experts gouvernementaux ne misent dessus, avec la vaccination. Docteur Moussa Thior, expert en santé publique et consultant international, ne dévie pas de sa ligne : «La vaccination n’est qu’un autre moyen d’atteindre l’immunité collective.»

Qu'est-ce qui explique la baisse des cas et des morts ?
C’est difficile à expliquer scientifiquement. Je constate juste comme tout le monde que malgré la levée de l’état d’urgence sanitaire et un relâchement quasi généralisé dans l’observance des mesures barrières, nous assistons à la baisse des contaminations et des décès. Mais rappelez-vous, l’année dernière, nous avions assisté au même phénomène. On avait assisté à l’organisation de manifestations religieuses de masse, comme le « magal » et plusieurs « gamou », sans conséquence sur l’augmentation du nombre de cas et des décès. Il me semble qu’avec l’arrivée de la chaleur, nous allons probablement assister au même phénomène de baisse des cas et des décès.
Je suis de ceux qui pensent que les immunités croisées, les facteurs environnementaux et la jeunesse de la population font que cette maladie à coronavirus s’exprime de façon très différente (c’est-à-dire peu virulente) en Afrique sub-saharienne par rapport aux autres zones du globe.


Le Sénégal a enregistré, la semaine dernière, l’un de ses plus faibles taux de contamination, avec 36 nouveaux cas et 12 décès. Peut-on corroborer cette baisse avec la campagne de vaccination ?
Je ne pense pas qu’on puisse corroborer cette baisse avec la campagne de vaccination en cours. Le nombre de personnes vaccinées à ce jour (environ 400 000) est trop faible pour avoir un impact sur la morbidité et la mortalité. Pour rappel, il faut vacciner au moins 70 à 80% de la population générale pour avoir un impact sur ces indicateurs. Ce qui est loin d’être le cas pour le moment.


Le Sénégal a fait, avec la vaccination, le pari de l’immunité collective. Pouvez-vous revenir sur le principe ?
L'immunité collective correspond au niveau de la protection immunitaire d'une population vis-à-vis d’un microbe donné. Pour y arriver, on laisse circuler les gens et donc le microbe, en l’occurrence le coronavirus, jusqu'à ce que 70 à 80% de la population soit infectée. Plus il y a de personnes infectées, plus elles sont censées développer des anticorps contre l'infection et moins elles en contamineront de nouvelles. Avec le temps, cette immunisation collective casse la chaîne de transmission du virus et la maladie s'éteint à terme.
L’autre moyen d’atteindre l’immunité collective c’est la vaccination.


L’immunité collective a-t-elle déjà fait ses preuves ailleurs ?
Lorsqu’une population est vaccinée en masse, elle développe des anticorps qui constituent une barrière pour la transmission et protège aussi les groupes vulnérables. A terme, on assiste à l’extinction de la maladie. Donc pour toutes les maladies qui ont été éliminées ou éradiquées par la vaccination (variole, coqueluche, rubéole, diphtérie et plus récemment, la poliomyélite), c’est ce principe de l’immunité collective qui s’applique.
Avant l’arrivée de la vaccination, les épidémies s’arrêtaient naturellement quand un pourcentage critique de la population était infecté (70 à 80%). Bien sûr qu’avec ce dernier schéma, le coût humain, en termes de mortalité, est assez élevé, si la maladie est mortelle.


Y a-t-il une différence entre immunité collective et immunité croisée ?
Notre organisme, s’il est infecté par un virus voisin du coronavirus, garde en mémoire cette agression en produisant des anticorps et, en cas d’infection par le coronavirus, est capable de résister à ce dernier par le biais des mêmes anticorps. C’est ça qu’on appelle immunité croisée.
A terme, le Sénégal devrait vacciner, dans la première phase, un peu plus de 400 000 personnes, est-ce suffisant pour faire tomber le masque ?
Pour le moment, on est très loin du compte. Théoriquement, il nous faut vacciner au moins dix millions (70% de la population) de Sénégalais pour arriver à l’immunité collective. Maintenant, il y a des experts qui pensent qu’avec les immunités croisées, et d’autres facteurs favorables (environnement, jeunesse de la population etc.) présents en Afrique sub-saharienne, peut-être qu’on n’a pas besoin de vacciner cette proportion pour arriver à l’immunité collective. Mais tout cela n’est qu’hypothèse de travail qui reste à prouver.


L’Inde fait face à une crise liée à un nouveau variant qui fait une moyenne de 2000 morts par jour. Le Sénégal devrait-il s’inquiéter ? 
En tout cas, il faut être très vigilant. Ne pas céder à une quelconque panique certes ; mais renforcer la surveillance épidémiologique et de laboratoire pour faire face à toute éventualité. Les virus sont connus pour muter tout le temps.
AICHA FALL

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Publié par

Namory BARRY

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