Kouthia après sa distinction : «C’est l’Afrique qui a honoré le Sénégal…»

jeudi 21 octobre 2021 • 316 lectures • 0 commentaires

Culture 1 mois Taille

Kouthia après sa distinction : «C’est l’Afrique qui a honoré le Sénégal…»

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En marge de la 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), le célèbre artiste comédien, Samba Sine alias Kouthia, a reçu le prix du Meilleur humoriste d'Afrique. Une distinction que le «Celebrities days» initié par des privées, dont l’acteur de renommée internationale Burkinabè Issaka Sawadogo, lui a décerné. Dans cet entretien, l’animateur à la TFM revient sur cette distinction et fait des révélations sur ses projets d’avenir… 

Samba Sine, le prix du Meilleur humoriste d'Afrique vous a été décerné en marge de la 27e édition du Fespaco. Comment avez-vous appris la nouvelle ? 
Par le biais d’une Sénégalaise, membre du Comité directeur de l’organisation du Fespaco, la nommée Rokhaya Niang. Elle m’avait informé que je faisais partie des nominés. J’ai reçu la nouvelle il y a trois mois. Je savais que mes œuvres faisaient partie de celles qui ont été sélectionnées pour ce prix. Mais sans grand enthousiasme parce que je n’étais pas conscient de l’ampleur de la nomination. C’est aujourd’hui, après avoir été informé de la distinction, que j’ai pris conscience du caractère prestigieux du festival et du prix que je viens de remporter. Le jury était composé de grands cinéastes confirmés, des critiques d’art. Ils étaient au nombre de 13. Et l’Afrique regorge de talentueux humoristes de renom qui sont regroupés dans le Parlement des humoristes africains. Je n’en fais pas partie parce que les initiateurs exigent que les membres s’expriment en Français. 

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Qu’est-ce que cela vous a fait de remporter cette distinction ? 
Cela m’a rendu fier. Je ne pensais pas être distingué en dehors du cadre de la Cedeao. Si, aujourd’hui, c’est toute l’Afrique qui, unanimement, porte son choix sur moi, je ne peux qu’être heureux. Un Tchadien critiquait les humoristes sénégalais disant qu’ils sont limités parce qu’ils ne s’expriment que dans leur langue maternelle. Aujourd’hui, ce prix montre qu’il avait tort, qu’on peut divertir, être parmi les meilleurs, tout en s’exprimant dans la langue qu’on maîtrise. Je suis heureux de savoir que j’ai eu raison sur lui. Les membres du jury qui m’a honoré ne parlent pas wolof. Ce sont des cinéastes originaires de pays différents. Ils ont traduit en français mes productions pour pouvoir comprendre ce que je dis. Cette traduction n’a rien entaché à mon sens de l’humour. Cela prouve encore mon professionnalisme. Je ne fais pas partie de cette assemblée, mais je suis fière que l’Afrique m’honore, me décore. Je dédie spécialement ce prix à ma mère d’abord et à tout les Sénégalais. Si aujourd’hui, j’en suis arrivé-là, c’est grâce à leur soutien sans faille. 

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«Youssou Ndour m’a dit que je viens de remporter la Coupe d’Afrique de l’humour»


Selon vous, qu’est-ce qui a été déterminant dans ce choix porté sur vous ? 
A mon avis, ce qui a séduit le jury c’est l’actualité que j’ai traduite en humour. Plus particulièrement, les prestations que j’avais faites sur le mandat de Alpha Condé, la réaction du Président Macky Sall. L’élection présidentielle aux Comores. Ils ont vu que Kouthia était très présent et traduit en humour toute l’actualité, notamment africaine. La liberté d’expression que j’ai dans mes émissions est aussi un aspect important. Ce ne sont pas des blagues qui m’ont amené à ce stade. Ce sont les informations que je traduis en humour. Là, je dis que c’est l’Afrique qui honore encore le Sénégal. Et ce prix du Meilleur humoriste d’Afrique a été reçu avec fierté par beaucoup de sénégalais. Youssou Ndour, par exemple, m’a exprimé ses vives félicitations. Il m’a dit que je viens de remporter la Coupe d’Afrique de l’humour. Il a été le premier à m’appeler. Il m’a appelé aujourd’hui à l’heure du déjeuner. Je le remercie. Je remercie au passage le Groupe futur média (Gfm) aussi.


Vous avez manqué la cérémonie. Pourquoi ? 
Je devais y aller. Je m’étais préparé à prendre part à ce grand rendez-vous. Mais j’ai eu un empêchement à la dernière minute. C’est pourquoi je ne suis pas parti récupérer moi-même le prix.


«On peut m’assimiler à une denrée alimentaire»


Vous avez combien de prix dans votre escarcelle ?
Au Sénégal, je peux dire que j’ai obtenu toutes les distinctions locales que peut rêver un humoriste. J’ai reçu le prix Sédar décerné par Nouvelle Horizon, Calebasse d’or… Là, c’est le troisième prix reçu hors de nos frontières. L’un a été décerné par la Cnn après avoir imité Hilary Clinton et Donald Trump lors de la Présidentielle américaine de 2016. L’idée était venue de Youssou Ndour. L’émission avait fait un boom aux États-Unis. Cela avait même occasionné qu’une équipe de la Cnn se soit déplacée au Sénégal pour faire un tournage avec moi et me remettre un prix. Une émission que j’avais faite sur l’élection présidentielle française avec Nicola Sarkozy m’avait aussi valu un prix. Mais après trente années de carrière constante, c’est la première fois que je reçois un prix africain de cette ampleur. 


Après trente années de carrière, quels sont les projets à venir ? 
Ma principale ambition, c’est de pousser les jeunes à faire de l’humour autrement. J’ai l’habitude de le dire et les gens me critiquent souvent. Je dis toujours qu’on ne peut pas faire de l’humour avec le handicap d’une personne. On ne peut faire des blagues, vouloir faire rire les gens et prendre l’exemple d’un borgne, d’un aveugle, d’un boiteux ou d’une personne victime d’un Avc. Prendre le handicap d’une personne pour en faire une blague, ce n’est pas sérieux. Il suffit de regarder Tik-Tok pour se rendre compte que tous les Sénégalais ont le sens de l’humour. Le plus dur, c’est de rester constant. Et pour cela, il faut faire des recherches, être au fait de l’actualité. Ça ne suffit juste pas d’être imitateur mais, il ne faut pas se laisser dépasser et avoir sa propre identité. Sur Tik-Tok, je trouve que les gens perdent de l’argent. Avec les vidéos qu’ils postent, ils auraient pu gagner beaucoup d’argent. Cependant, il faut d’abord que cela soit professionnalisé En ce qui me concerne, en moins de 5mn, je peux gagner au moins de quoi faire vivre ma famille, pendant un mois. On doit faire la part des choses, entre un guignol, un blagueur et un humoriste. C’est comme dans le monde du sport, il y a plusieurs disciplines. Dans la comédie, moi j’ai choisi de faire de l’humour avec option Informations. Du coup, je vais continuer à exister, car tous les jours, il y a de nouvelles informations qui paraissent. Je ne souhaite qu’une chose, vivre longtemps et être en bonne santé pour continuer à donner de la satisfaction aux Sénégalais. J’aurais pu me mettre devant la télé et raconter des blagues comme le font certains, j’en suis capable mais, je trouve que ce n’est pas marrant. A la longue, cela devient ennuyeux. J’ai fait 30 ans de carrière, je suis marié et père de plusieurs enfants. C’est grâce à ce métier que je parviens à subvenir à leurs besoins. 


A côté de l’humour par l’information, quelle touche nouvelle comptez-vous apporter dans votre carrière ? 
Kouthia, c’est au jour le jour. Tous les jours, j’apporte une touche nouvelle à travers les informations livrées au quotidien par les médias. Je peux être aujourd’hui assimilé à une denrée alimentaire, parce que mon émission «Kouthia Show» passe à la télé du lundi au vendredi. Le samedi, elle passe à la radio, le dimanche, il y a le Best-of Kouthia Show de 18H à 19H et de 00H à 01H du matin. À tout moment, les Sénégalais consomment Kouthia. Il y a tellement de dérivés sur le «Kouthia Show». Le professeur Ndéné Mbodj m’a dédié un livre dans lequel il disait que j’étais l’Aristote d’Afrique. Mamadou Ibra dit de moi que je suis l’un des meilleurs éditorialistes sénégalais. Les guides religieux, de tout bord, soutiennent que je suis un rassembleur. Le Khalife général des Tidianes a dit ouvertement qu’il était fan de moi, idem pour le Cardinal Théodore Adrien Sarr. D’ailleurs, on m’a une fois décerné un prix dans le cadre du dialogue islamo-chrétien… J’ai servi le Sénégal durant mes trente ans de carrière, tant sur le côté de la visibilité que sur le côté fédérateur. J’ai vendu l’image du Sénégal au niveau international. J’ai joué un rôle primordial sur la vulgarisation et la promotion du «ceebu walo». Et pour cela, je devais participer à l’expo «Dubaï 2020» pour représenter le Sénégal. 


«Je vais jouer dans un film qui retrace l’œuvre et la vie de Nelson Mandela»


Pourquoi vous n’êtes pas parti à Dubaï ?
Je ne pouvais pas voyager dans les conditions dans lesquelles ils allaient me mettre. Il y avait trop d’improvisations. Cela prouve encore que les artistes ne sont pas considérés à leur juste valeur. Il est temps que les Sénégalais nous rendent l’ascenseur. Kouthia n’est plus un produit à vendre.


Quoi ? Vous n’avez pas été convié ? 
Si. La direction du Commissaire du Sénégal à l’exposition, Dr Malick Diop, m’avait convié et je pense que ça aurait été une occasion de vendre le «ceeebu walo». Mais les conditions techniques ne me convenaient pas. On n’avait pas besoin de tout ce folklore. Dans une exposition, on doit mettre en avant les atouts naturels, vendre notre culture, par exemple, montrer comment on crée les tam-tams, les chaussures locales etc. Je devais être ambassadeur du riz, j’ai réussi le pari de la promotion du «ceebu walo». Si on m’avait encouragé dans cette optique, les Sénégalais allaient continuer à le consommer en masse. Aujourd’hui, quand j’entre dans une boutique, je constate toujours la forte abondance du riz importé. Je réalise que tout le travail que j’ai abattu est parti en fumée. Il n’y avait pas de suivi, car les autorités devaient même me remettre une médaille de distinction, mais rien n’a été fait. 


Envisagez-vous de varier en utilisant d’autres langues dans vos productions humoristiques ? 
J’ai quelques notions en français et je fais même de la comédie musicale en français. Chaque 14 juillet, l’ambassade de France me convie à leur fête d’indépendance. Je suis le seul comédien Sénégalais à y prendre part et je joue en français en mode comédie musicale. C’est un cocktail qu’il organise aussi pour les militaires de Ouakam. Je suis aussi des cours d’anglais et je me débrouille pas mal. Le meilleur reste à venir.


A quoi vos admirateurs devront s’attendre dans un proche avenir ? 
J’ai fait un casting pour un film qui retrace l’œuvre et la vie de Nelson Mandela. Dans ce film, je fais partie des 3 personnages principaux qui apparaîtront tout le long du film. Le film sera joué en anglais et aussi dans la langue locale d’Afrique du Sud. Les cinéastes m’ont découvert à travers YouTube et m’ont sollicité. Ils ont déjà mis le scénario à ma disposition. Je n’aurai pas à m’exprimer beaucoup, mais mes actions vont primer. J’incarne dans le film le rôle de voisin de cellule de Nelson Mandela. 


A quand le début du tournage ? 
Le tournage devait débuter l’année dernière, mais le Covid-19 avait tout suspendu. Les producteurs m’ont relancé il n’y a pas longtemps pour me dire qu’ils vont débuter au cours de l’année 2022. Le film regroupe plus de 220 acteurs. Aujourd’hui, avec ce prix, ils ne vont pas regretter le choix porté sur ma personne. Ils m’ont recruté en tant qu’humoriste.
AIDA COUMBA DIOP

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Publié par

Namory BARRY

admin

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