L'Etat face aux risques de hausse des prix de l'électricité, du gaz et du carburant

vendredi 1 octobre 2021 • 1118 lectures • 0 commentaires

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L\'Etat face aux risques de hausse des prix de l\'électricité, du gaz et du carburant

Le prix du baril de pétrole a connu une hausse considérable ces derniers jours. Une situation due, entre autres, à la reprise de l’activité économique sur le plan international. Mais cette hausse du prix de l’or noir ne sera pas sans conséquences au Sénégal. En plus de l’inflation sur les denrées de première nécessité, on risque d’assister à une augmentation des prix de l’électricité et du carburant.

Alors que le marché s’attendait à une baisse, les cours mondiaux du pétrole ont connu une hausse vertigineuse. Selon les chiffres publiés mercredi, par l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), le baril de Brent a atteint son plus haut niveau avec 79,40 dollars, alors qu’à New York, le baril de WTI (West Texas intermediate) est passé à 75,79 dollars.
Parallèlement à cette hausse des réserves commerciales, la production de brut a bondi, pour atteindre 11,1 millions de barils par jour (mb/j), contre 10,6 en moyenne, durant la semaine précédente. C'est la première fois, depuis la semaine qui a précédé le passage de l'ouragan Ida dans le Golfe du Mexique et en Louisiane, que la production retrouve un niveau supérieur ou égal à 11mb/j. L'événement climatique avait entraîné la fermeture de la plupart des plateformes de la zone et entraîné des dégâts sur certaines de ces installations. Selon le dernier bilan du Bureau de régulation de l'environnement et de la sécurité (BSEE), le 23 septembre, 16% des capacités de production du Golfe manquaient encore à l'appel. Le déficit de production avait alimenté, depuis plusieurs jours, la hausse des cours, le marché tablant sur des perturbations jusqu'au premier trimestre 2022. Dans les échanges asiatiques également, le prix du Brent a grimpé de 0,9% pour atteindre 80,24 dollars, son plus haut niveau depuis octobre 2018, tandis que le baril de WTI a gagné 0,9% à 76,07 dollars.
Selon Dr Ibrahima Cissé, économiste et chercheur au Lared (Laboratoire d’analyse, de recherche et d’étude du développement) de l’Ucad, cette remontée des cours s'explique par une demande solide liée à la sortie de crise sanitaire et une offre de pétrole encore restreinte. Et depuis que l'ouragan a touché les côtes américaines fin août, 27,4 millions de barils ne sont pas sortis de terre. «Selon le FMI, sous l’effet de la reprise attendue de l’activité mondiale, les cours du pétrole devraient augmenter de 30 % en 2021 par rapport à leur creux de 2020, en partie du fait de la baisse de l’offre de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et autres pays exportateurs de pétrole non membres de l’OPEP, dont la Russie. La vaccination et l'assouplissement des restrictions, la reprise des trafics aérien et routier soutiennent la demande en carburant en Europe et en Amérique du Nord. Cette forte consommation de pétrole au niveau mondial et particulièrement en Chine est essentiellement accentuée par les tensions notées sur le marché du gaz. En effet, les industriels chinois se tournent vers le brut pour produire de l'électricité, le gaz étant trop cher ou tout simplement indisponible.» 


«Un effet négatif et direct sur le secteur des hydrocarbures»
Une situation qui pourrait avoir des répercussions au Sénégal, qui fait déjà face à une augmentation des prix des denrées de première nécessité depuis quelque temps. «La reprise de l’activité économique entraîne une forte demande des matières premières, dont le pétrole avec la recrudescence des activités de transport aérien et autres, explique Biram Diouf, ingénieur géologue géophysicien. La production d’électricité a augmenté et la demande a également augmenté dans les ménages. Ceci a eu pour conséquence l’augmentation des prix. Je ne serais pas surpris qu’il y ait des répercussions sur le marché intérieur sénégalais, parce que notre économie est plus portée par la fiscalité, les taxes sur les produits importés. Nous avons une structure des prix des produits pétroliers qui est telle que la part de la fiscalité est tellement importante qu’on se retrouve avec des prix à la pompe qui sont de loin supérieurs à ceux du Mali. Le pétrole part du Sénégal pour aller au Mali, mais le carburant est beaucoup moins cher au Mali qu’au Sénégal. Et ce qui explique cette situation, c’est que nous avons une fiscalité trop importante sur les produits pétroliers.» Ancien Directeur des opérations et négociations pétrolières à Petrosen, M. Diouf est d’avis qu’une hausse des prix des produits pétroliers au Sénégal est très probable. «On assiste déjà à une augmentation des prix des denrées alimentaires, le train de vie de l’Etat est trop élevé, et les charges sont grandement supportées par la fiscalité. Et avec les produits pétroliers, l’Etat engrange une fiscalité immédiate, et c’est ce qui fait que nous allons subir cette hausse.» 


«Des répercussions considérables sur les coûts de l'électricité et du gaz»
Dr Ibrahima Cissé est du même avis. Selon l’économiste et chercheur au Lared, le Sénégal n’est pas épargné du choc pétrolier causé par la pandémie de COVID-19 qui sévit actuellement, et la hausse du prix du baril du pétrole sera ressentie directement et indirectement par la population. «D’abord, les variations du prix du pétrole sur les marchés mondiaux ont un effet négatif et direct sur le secteur des hydrocarbures. Ces effets s’illustrent par une hausse du coût de l’électricité, qui constitue un lourd fardeau pour tous les Sénégalais. Les ménages, qui constituent le principal agent économique du pays, utilisent intensément de l’électricité dans leurs foyers. Ces effets seront aussi dans le secteur du transport à travers la hausse du coût de l’essence et du gaz.» De façon indirecte, le panier de la ménagère ressentira également la hausse du prix du pétrole brut notée. «Les ménages consomment des biens et services produits par les entreprises. Or, ces dernières utilisent intensément de l’électricité pour pouvoir les produire. En conséquence, les charges supplémentaires des industries seront directement répercutées sur les prix des biens de consommation. Ce qui pourrait inéluctablement conduire à la stagflation (situation économique d'un pays caractérisée par la stagnation de l'activité, de la production, et par l'inflation des prix) à long terme, si des mesures coercitives efficaces et efficientes ne sont pas prises.» Suivant l’économiste, ces hausses du prix du pétrole pourraient donc avoir des répercussions considérables sur les coûts de l'électricité et du gaz au Sénégal, à court et à long terme.
Et en termes de mesures, l’Etat pourrait en envisager plusieurs plans pour amoindrir le choc, estime l’économiste. 


«Subventions publiques/Diversification des sources d’approvisionnement»
Parmi celles-ci, une politique de subventions publiques. «Cette mesure politique vise à atténuer une répercussion sévère du choc pétrolier sur le panier de la ménagère, et en faveur également des branches d'activité du secteur secondaire qui souffrent le plus de ces chocs pétroliers. Un choc à tendance à compromettre les activités des branches du secteur secondaire de façon directe à travers l'augmentation de leurs coûts de production et indirectement du fait de difficultés rencontrées par la branche énergie.» Dr Cissé indique que l’Etat pourrait aussi s’orienter vers une politique de diversification des sources d’approvisionnement énergétiques. «Cette diversification peut conduire à rompre la dépendance vis-à-vis du pétrole en explorant d'autres alternatives. La production de biocarburant en développant une énergie renouvelable, à partir de matières premières agricoles et la promotion de politiques énergétiques basées sur le solaire et l'éolien, contribueront à répondre à cet objectif stratégique de diversifier les sources d'approvisionnement énergétique. Ces alternatives permettront de maîtriser les effets négatifs de la hausse du cours du baril sur les budgets des ménages et sur le coût des facteurs négatifs sur le processus de développement du pays.» Biram Diouf, pour sa part, est d’avis que l’Etat devrait réduire son train de vie, diminuer le nombre de ministres et d’institutions budgétivores, et surtout freiner l’endettement. «Il faut une gouvernance efficiente des ressources de l’Etat et une baisse de la fiscalité pour rendre le coût de la vie beaucoup moins cher au Sénégal.» 
ADAMA DIENG

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Publié par

Namory BARRY

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