Les raisons de l'échec des Lionnes à l'Afrobasket

mardi 28 septembre 2021 • 578 lectures • 0 commentaires

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Les raisons de l\'échec des Lionnes à l\'Afrobasket

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L’Equipe nationale de basket-ball féminine du Sénégal a terminé le Championnat d’Afrique 2021 sans monter sur le podium. Cela n’était pas arrivé depuis 1966. Suffisant pour mériter une analyse. 

C’est comme si le monde s’effondrait sur le basket-ball sénégalais après que les «Lionnes», 11 fois championnes d’Afrique, 7 médailles d’argent et 3 bronzes, ont terminé à la quatrième place de l’Afrobasket féminin dimanche dernier à Yaoundé. Car ça faisait tellement longtemps, que ça n’était pas arrivé. La dernière fois que le Sénégal a fini l’Afrobasket sans monter sur le podium remonte à 1966 à Conakry (Guinée), avec une 4e place du tournoi alors à quatre nations, avec l'Égypte (sous le nom de République Arabe Unie), la Guinée et la République centrafricaine. Battues en demi-finale par le Nigeria, la troisième fois de suite après les finales de 2017 et 2019, les «Lionnes» n’ont pas su se relever lors de la petite finale face au Cameroun, pays hôte. Battue (53-49) par le Cameroun, l’Equipe du Sénégal qu’on savait pas assez armée pour aller arracher le trophée des mains du Nigeria «Made in Usa», mais pas aussi faible pour ne pas atteindre l’objectif de départ, le podium, a déçu son monde habitué à la voir au moins sur le podium depuis 55 ans. 
La nouvelle génération de suiveurs du basket-ball qui n’avait jamais vécu une Coupe d’Afrique sans les «Lionnes» sur le podium, a crié au scandale. Mais pour les observateurs avertis, le Sénégal ne fait que payer le prix du rajeunissement déclenché depuis 2019 quand l’équipe, alors coaché par Cheikh Sarr, a terminé avec une médaille d’argent au cou. «Un rajeunissement a toujours un prix. Le Sénégal s’est engagé dans cette voie un peu tard et c’est pourquoi on peine à reconquérir le trophée. A mon avis, c’est après le sacre de 2015 qu’il fallait commencer le rajeunissement en faisant intégrer les filles qui ont remporté le Championnat d’Afrique U18 à Dakar en 2012. On a raté le coche, donc il faudra attendre encore avant de récolter les fruits de la reconstruction», analyse un observateur qui a préféré garder l’anonymat. 

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«Je vis avec mes convictions et je vais les assumer entièrement»
Avant la compétition, le Directeur technique national et coach de l’Equipe féminine ne cessait de prévenir que le Sénégal ira à cette compétition pour tout au plus monter sur le podium, mais pas pour gagner. «Quand je parlais d’objectif podium, je savais à quoi m’attendre. Rajeunir une équipe, mettre davantage de jeunes, c’était un risque que j’ai pris en toute responsabilité. Je savais qu’on allait avoir des problèmes, mais pas autant», s’est expliqué Moustapha Gaye après la défaite face au Cameroun. «Les filles ont eu un manque de lucidité, d’agressivité. Dans l’exécution des systèmes, on a eu quelques problèmes. Perdre devant le Nigeria qui revient des Jeux Olympiques avec beaucoup de matchs dans les jambes, c’est normal. Mais perdre devant le Cameroun…, c’est un match qu’on pouvait vraiment gagner», ajoute-t-il avant de promettre de «tirer les enseignements et immédiatement essayer de trouver des solutions. Je suis déçu, c’est normal, mais pas inquiet pour la suite. On va faire les rapports qu’il faudra en toute sérénité. Ceux qui s’attendent à ce qu’on aille se suicider parce qu’on a perdu se trompent. J’ai gagné deux Afrobasket, en 20 ans au Sénégal, je suis le seul coach à le faire. Je n’ai pas honte de perdre aujourd’hui. Je vis avec mes convictions et je vais les assumer entièrement. Les filles peuvent relever la tête, il faut juste qu’on retourne travailler», martèle coach Tapha qui dit à qui veut l’entendre que «le processus de reconstruction de l’équipe est irréversible. On va continuer de travailler et on y arrivera».  
Le rajeunissement de l’équipe, puisqu’on en parle, 6 joueuses (Maty Fall, Irma Diémé, Couna Ndoa, Sokhna Fatou Sylla, Madjiguène Sène et Ndèye Fatou Ndiaye) des 12 «Lionnes» jouaient pour la première fois le Championnat d’Afrique, elles n’ont pas pu vraiment tirer leur épingle du jeu. Ce qui fait dire à Aïssatou Sène, ancienne basketteuse devenue coache : «Le rajeunissement d’accord, mais de façon progressive.» «La reconstruction doit se faire sans bruler les étapes. Il y a quelques cadres de l’équipe qui pouvaient avoir une dernière Coupe d’Afrique. Je pense que Astou Traoré, Aya Traoré… et d’autres filles qui pouvaient prêter main-forte. Il y a une fille, Fatou Pouye, ancienne pensionnaire de l’académie SEED, qui est aux États-Unis, elle a un potentiel énorme. On a des filles un peu partout dans les Universités américaines et en Europe, il faut aller les chercher pour bien réussir cette reconstruction», explique l’ancienne collaboratrice de l’académie SEED. 

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«Des filles comme Astou Traoré, Aya Traoré pouvaient prêter main-forte»
Madiène Fall, entraîneur qui a hissé l’Equipe nationale masculine des U18 en finale de l’Afrobasket 2018 et qui a participé à la Coupe du monde, analyse froidement le classement peu honorable des «Lionnes» à l’Afrobasket 2021. «Ça a été une participation plus ou moins mitigée dans la mesure où, l’objectif de podium n’a pas été atteint», dit-il. Mais il rappelle qu’il faut considérer que l’équipe est en reconstruction et la plupart des filles découvraient la compétition pour la première fois. «Il faut être patient avec cette équipe et essayer de travailler dans la durée. Un rajeunissement se fait de façon progressive. On ne peut pas changer une équipe à plus de 90% du jour au lendemain. Ce rajeunissement a commencé en 2019 et il faut y aller progressivement. Ça a été bien pensé et les résultats viendront. Il ne faut pas s’alarmer pour cette quatrième place. Il y a des équipes qui ont fait ce pari, mais sont retournées en arrière avant de revenir en force. Ce Nigeria a travaillé très longtemps pour revenir, le Mali le fait. Avec les jeunes qui sont là, si on est patient, on va, dans les éditions à venir, reprendre notre place», promet le Directeur technique de Louga, élevé au grade de Chevalier de l’ordre national du Lion par le président de la République. 
Au-delà de la reconstruction, coach Aïssatou Sène indexe la préparation de l’équipe. «On a suivi la préparation de l’équipe à Dakar, on a suivi la polémique qui a suivi le changement de dernière minute du groupe des 12. Pour moi, l’équipe n’a pas eu une préparation assez consistante pour prétendre monter sur le podium. Le podium, ce sont des places très chères. Si tu prévois de monter sur ce podium, il y a un type de préparations approprié. L’Equipe nationale avait l’habitude de participer à des tournois pour avoir beaucoup de matches ensemble. Cette fois, ça n’a pas été le cas. C’est vrai que la fédération a essayé d’organiser un tournoi à Dakar, mais les invités ont désisté. L’équipe s’est contentée de jouer contre une sélection B. Les filles devaient se mesurer contre des équipes qu’elles vont rencontrer au Championnat d’Afrique et pas contre une sélection B. Si on regarde l’Equipe nigériane jouer, on voit que ces filles sont ensemble depuis longtemps, que ce n’est pas un travail improvisé. Tout le contraire de l’Equipe du Sénégal. Il n’y avait pas une homogénéité dans le jeu des ‘’Lionnes’’», dit-elle. La technicienne donne ses pistes de solutions. «La Direction technique nationale doit revoir la planification de la préparation de nos Equipes nationales. La préparation est une étape qu’on ne doit pas négliger. Ça commence d’abord par envoyer des coaches superviser les joueuses dans les champions européens, aux États-Unis et un peu partout. Après, il faut convoquer les filles pour des stages en fonction de leur disponibilité pour permettre à notre équipe d’avoir une certaine homogénéité. Depuis que Tapha Gaye est Dtn, nous avons senti que ça bouge au niveau des stages, de la formation des jeunes encadreurs. Maintenant, pour que nos équipes retrouvent leur niveau, il faut travailler très sérieusement à la base, sur le plan local. Il faut qu’on pense à organiser un panel pour qu’on se parle afin de redéfinir les bases du développement de notre basket-ball», explique l’ancienne collaboratrice de l’académie SEED. 


Me BABACAR NDIAYE, PRESIDENT DE LA FEDERATION : «Tout ne peut pas être jeté à la poubelle, parce qu’on a perdu un match de classement»


«Nous avons terminé 4e, alors qu’on visait 3e au minimum, donc on peut dire que l’objectif n’a pas été atteint. Mais il ne faut pas parler d’échec dans l’ensemble du tournoi et dans l’ensemble du travail qui a été accompli par la fédération. Ce n’est pas une première que le Sénégal termine 4e, même si ça date de longtemps. Dans l’ensemble, cette équipe nous a valu des satisfactions, avec un titre en 2015, vice-champion en 2017 et 2019, une participation aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 et une meilleure participation dans l’histoire de notre basket à la Coupe du monde 2018 en Espagne. Tout ce travail ne peut pas être jeté à la poubelle parce que simplement on a perdu un match de classement où il était difficile de remobiliser les filles après la demi-finale perdue. C’est dommage, mais il faut savoir que nous avons pris le risque de rajeunir l’équipe. Quand on prend l’exemple du Mali, finaliste en 2007 et 2009, battu en demi-finale à domicile en 2011, il avait pris le risque de rajeunir son équipe en 2019 pour revenir aujourd’hui en finale. On va faire une évaluation profonde, mais dans l’ensemble, le travail qui a été accompli avec cette équipe féminine depuis 2015 est excellent. Ce n’est pas parce qu’on a terminé 4e aujourd’hui qu’on va remettre tout en cause.» 


Idrissa Sané

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Publié par

Namory BARRY

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