Orchestra Baobab - Barthélémy Attisso : Un virtuose de la guitare s'en est allé 

vendredi 10 septembre 2021 • 160 lectures • 0 commentaires

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Orchestra Baobab - Barthélémy Attisso : Un virtuose de la guitare s\'en est allé 

Le 29 août 2021, Barthélémy Attisso, membre fondateur de l'Orchestra Baobab, décède à Lomé, laissant derrière lui, la famille de la musique orpheline et sevrée de ses bonnes notes de guitare. Ses collègues artistes, son ex-épouse, Marième Ndiaye avec qui, il a vécu des années durant et est resté complice, malgré leur séparation, racontent l'homme, le virtuose…

«Quel talent ? Quel souffle subtile ? Respect à l'âme qui jeta du baume aux cœurs entre le golfe de Guinée et le Sénégal où il inaugura des notes de guitare non improvisées sous nos yeux juvéniles émerveillés.» En hommage à Barthélémy Attisso, l'ancien premier ministre, Mamadou Lamine Loum, écrit ces quelques vers. Avec la disparition de Barthélémy Attisso, c'est un pan de l'Orchestra Baobab qui s'écroule. Juriste de formation, musicien dans l'âme, ce Sénégalais d'adoption et Togolais de nationalité a fait les beaux jours du groupe lancé par le défunt ministre Adrien Senghor.
Venu au Sénégal à la fin des années 60, Barthélémy Atisso a été l'un des pionniers de l'orchestre. 1966, l'année de l'arrivée de Atisso au Sénégal a coïncidé avec Le Festival Mondial des Arts Nègres. Ce qui n'est pas anodin, selon Mountaga Koité, membre fondateur du groupe Orchestra Baobab.  Ce dernier dépeint son ancien partenaire comme un musicien accompli et un amoureux de la bonne musique. «Atisso était un perfectionniste. Quelqu'un qui passait tout son temps à répéter les morceaux les uns après les autres», témoigne-t-il. Homme dévoué au travail, Atisso a su allier sa vie professionnelle et sa passion pour la musique. "En 2001, lorsque Nick Gold a voulu relancer le groupe, nous l'avons contacté et il a quitté Lomé pour revenir à Dakar. Il a pris son temps pour répéter et se refaire la main afin de pouvoir réintégrer le groupe. C'était un perfectionniste”, précise-t-il.
Selon Rudy Gomis, Barthélémy Atisso a été l'unique arrangeur du groupe durant quarante-sept ans. En plus de cela, Barthélémy était aussi un grand compositeur. «Mais ce qui m'a le plus marqué chez Atisso, c'est son amour pour le travail. Il était un grand bosseur. Il était différent de ceux qui travaillaient pendant deux heures de temps et se disaient fatigués», confie Rudy Gomis.
Selon ce dernier, l'homme respectait la musique. Il travaillait  avec amour et détermination, sans jamais montrer un quelconque signe de fatigue. Chef d'orchestre, arrangeur, Barthélémy Atisso a composé quelques morceaux phares du groupe. «Avec sa rigueur et son sens élevé du devoir bien accompli, il s’était fait quelques ennemis au sein du groupe. Ceux-ci prétextant qu'Atisso les faisaient travailler sans relâche», avoue Rudy Gomis. Il ajoute que Barthélémy faisait partie du top 20 des meilleurs guitaristes mondiaux à une période de sa carrière. 
Son attachement pour le pays de la Téranga est sans équivoque, d'après Rudy Gomis, la preuve c’est ici qu’il a trouvé chaussure à son pied. Malgré sa fermeté dans le travail, Atisso était de nature calme et posée, même si certains le désignaient comme le cerbère du groupe. 
Pour Thierno Koité, Atisso ne s’est jamais fixé de limite dans le travail. Il cherchait toujours le moyen de faire plus. Avec lui, l'Orchestra Baobab a écrit les plus belles pages de l'histoire de la musique sénégalaise…


MARIEME NDIAYE, 70 ANS, EX-EPOUSE DE BARTHELEMY ATTISSO : "Un grand Baobab s'est affaissé... Il était tout pour moi"


«Atisso est venu au Sénégal depuis 1966. En tant qu’instituteur, il a quitté Lomé pour venir rejoindre son frère, Emile Atisso, qui était, à l'époque, employé de la Mtoa. On s’est rencontré en 1972, alors qu'il était à l’Université de Dakar et avait échoué. Il avait une session d’octobre. Jeune étudiant, il avait l’habitude d’aller au Parc Hann pour réviser. Et comme j’habitais Hann dans ma maison familiale, on s’est rencontré de façon fortuite. J’avais des problèmes avec mon ex mari.  Et, ce jour-là, j’avais rendez-vous avec des amis à lui pour décanter la situation. C'est ainsi qu'il m'a dépassée à l’arrêt du bus et a fait marche arrière pour me proposer de me déposer. Chose que j’ai acceptée après de longues négociations. Sur le chemin, nous avons eu une longue discussion. Mais, vu que je ne le connaissais pas, quand il m’a demandé mon nom, je lui ai donné un autre nom. Au lieu de Marième, je lui donne Fatou Diop. Je lui ai également donné le faux nom de ma maman. Elle s’appelle Fatma Camara, mais j’ai dit Aïda Camara. Mais c’est grâce à ce nom de famille, qu'il est parvenu à me retrouver. Pendant un mois, il faisait le tour du quartier pour demander si les habitants connaissaient une certaine Aïda Camara dont la fille s’appelait Fatou Diop. C’est comme ça qu'il a apostrophé un vieux. Ce dernier lui a dit qu’il connaissait une dame qui se nommait Camara, mais pas Aïda, plutôt Fatma. Face à son abnégation, le vieux l’a amené chez moi. Et on s’est retrouvé. Depuis lors, on ne s’est jamais séparé. Notre vie de couple était très difficile. Mes parents étaient totalement contre la relation, car j’étais musulmane, lui chrétien. Je sortais avec lui, mais c'était très dur, en plus je sortais d'un divorce. Mais, Barthélémy Atisso voulait coûte que coûte rester avec moi. On s’est battus à bras le corps jusqu’à notre mariage en 1988. Dans l’union, nous avons eu des jumeaux. Mais, ils étaient des prématurés. Ils ont fini par rendre l‘âme. Cette perte nous a énormément affecté. Atisso l’a très mal vécu. Il était perdu. Alors qu'il était à l'Université, Atisso évoluait au sein de l’Orchestra Baobab. Il allait au cours vers 7h30, alors qu’il jouait jusqu'à 6 heures du matin. C'était quelqu'un de très tenace. Sur le plan humain, Barthélémy Atisso était un homme généreux, une personne humble. Toujours égal à lui-même. C’était un homme digne. Je me suis abreuvée à la source d’Attisso. C’est lui qui m’a poussé à poursuivre mes études. C’est grâce à lui que je suis devenue la personne que je suis. Je suis technicienne en biologie. Nous avons parcouru un long chemin ensemble. J’ai quitté ma garde à l’hôpital pour aller suivre mes cours à la faculté de médecine.
Sur le plan artistique, il était un musicien extraordinaire. Il était talentueux. Je peux dire qu’un grand baobab s'est affaissé.
J'ai séjourné à Lomé avec lui. Nous avons passé des moments inoubliables là-bas. Il a soutenu sa Thèse et était major de sa promotion en 1987, j'étais avec lui. C’est après qu’il a ouvert son cabinet à Lomé. Parfois, je prenais une disponibilité au travail pour être avec lui à Lomé. Notre divorce a été très douloureux. Mais, en réalité, on ne s’est jamais séparé. Et, ce, bien qu’on était divorcé. Nous étions restés des complices, des amis très proches. Il était devenu mon frère. Je le surnommais «mon frère» et lui m'appelait ma belle brave dame. Notre différence de religion a eu raison de notre couple. Mes parents ne l’acceptaient pas. Et cela m’a porté préjudice. Malgré tout, il a eu une fille et lui a donné mon nom. Sa grande fille qui est s’appelle Emilie me considère comme une seconde mère. D'ailleurs, je l'ai allaitée. Ces gestes à mon endroit montrent clairement qu’il tenait beaucoup à moi. Depuis sa mort, je ressens un énorme vide. Il ne m'a jamais tourné le dos. Toutes les nuits, on se parlait au téléphone. Notre dernière conversation date du 2 Août. Il m’a également confié qu’il était abattu, car il se sentait faible. Je lui ai dit de faire son bilan. Il avait l’hypertension, mais il ne l’acceptait pas. Il décédera au Togo le 29 Août, à l’âge de 76 ans. Je suis sûre que sa mort l'a surpris.»


Aïcha Goudiaby

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Publié par

Namory BARRY

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