Pape du groupe "Pape et Cheikh" : «Les droits des artistes sont piétinés»

vendredi 9 avril 2021 • 232 lectures • 0 commentaires

Culture 1 mois Taille

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Ils étaient en première ligne dans un combat qu’une partie des artistes ont engagé contre la Sodav. Le duo Pape et Cheikh, connu pour sa légendaire discrétion, ont quelque peu surpris leur monde. Quelles sont les raisons qui les ont poussés à se rebiffer. Pape donne ici sa version, non sans évoquer leur carrière musicale. 

Le Groupe Pape et Cheikh s’est illustré à travers des combats pour les droits des artistes, notamment le différend entre la Sodav et une partie des artistes. Qu’est-ce qui justifie votre engagement ?
Notre engament est avant tout naturel, car nous évoluons dans le secteur de la musique. Donc, il est tout à fait normal que lorsque nous jugeons que les droits des artistes et les intérêts des créateurs et autres professionnels de la culture sont piétinés et/ou tout simplement pas pris en compte, nous nous engageons, sans attendre personne, pour leur respect. Nous avons été les premiers à dénoncer les manquements de la Sodav et nous y sommes toujours. Certains nous ont trouvés sur le terrain du combat, par la suite, ils ont abdiqué, d’autres nous ont rejoints en cours de route. C’est un combat collectif et aussi de principe pour nous. L’un des problèmes de la Culture au Sénégal, c’est la Sodav. Comment une société qui regroupe en son sein tous les artistes, littéraires, éditeurs, producteurs, interprètes, compositeurs, auteurs, peut être gérée avec autant de manque de transparence ? Le combat continue pour une bonne gestion de la Sodav, ce qui permettra aux créateurs et ayants droit de vivre au moins de leurs arts ou productions.


«Nous sommes autant présents sur la scène de la contestation que celle musicale»


Jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour obtenir gain de cause ?
Pour le moment, nous avons presque obtenu gain de cause, même si le combat continue. Nous avons déploré, dès le début, la manière dont la Sodav est gérée. La Sodav est une société de gestion collective des artistes et autres ayants droit. Elle a fonctionné depuis l’agrément de l’Etat, sans commission permanente de contrôle. Du coup, la gestion est opaque et nébuleuse. Cette commission de contrôle est composée de représentants de la Cour suprême, de la Cour des comptes, de l’Inspection générale des Finances, du ministère des Finance et du ministère en charge de la Culture. Même le ministre de la Culture, Abdoulaye Diop, en visitant la Sodav en octobre 2019, avait déploré la répartition de la Sodav qui avait pris les 70% de la perception pour des frais de charges et de fonctionnement, pour ensuite distribuer le reste, des miettes, aux artistes. A la page 22 du rapport 2019 de la Sodav, vous pouvez lire, Total Perception : 889 536 490 FCfa, total Charges : 542 086 329 FCfa ; Charges du personnel : 285 937 755 FCfa. Plus loin, à la page 37 du rapport, à propos du Fonds de l'action culturelle, presque seuls les membres du Conseil d'administration de la Sodav ont vu leurs activités artistiques, littéraires et festivals financés par la Sodav. C’est une aberration. Quid de la société qui a gagné le marché de confection des cartes de membre de la Sodav, y a-t-il eu un appel d’offres ? Celui qui l’a gagné est membre du Conseil d’administration de la Sodav. Il y a un conflit d’intérêt. Après une revendication légitime et une bataille âpre pendant cinq années, c’est en 2021 qu’on nous a dit que nous sommes en production de cartes. En réalité, personne ne sait le nombre d’ayants droit à la Sodav. Nous le répétons, le BSDA est meilleur que la Sodav sur le plan du fonctionnement. Avec la Sodav, la répartition n’est pas du tout équitable. Un groupuscule s’est accaparé des avoirs des artistes. Nous luttons pour l’intérêt général. Depuis des années, l’un de nos principaux combats était que les ayants droit aient leurs cartes de membres. Nous avons été satisfaits quand le Président Macky Sall, en plein Conseil des ministres du mercredi 14 octobre 2020, a demandé l’évaluation financière et institutionnelle de la Sodav et aussi la mise en place institutionnelle de la Commission permanente de contrôle. Le président a eu écho de notre combat. Cependant, nous lui demandons de faire accélérer l’évaluation et l’audit de la Sodav pour arrêter les manquements. D’ailleurs, depuis le 7 mars 2021, la Sodav, installée en 2014, bénéficiant de l’agrément de l’Etat du Sénégal avec le décret présidentiel en 2016, 5 ans déjà, n’est plus légalement valable.


Etes-vous sûr de maîtriser l’environnement juridique et les contours qui régissent la gestion de la Sodav ?
Tout ce que l’on sait, c’est qu’on nous avait promis qu’avec l’arrivée de la Sodav, nous allions percevoir plus qu’avec le Bsda. A l’arrivée, c’est tout à fait le contraire qui s’est produit. Notre combat est légitime et tous nos points de revendications sont légaux. 


C’est la première fois qu’on vous a vu aussi présent sur des combats qui concernent des artistes. Avez-vous eu à en mener d’autres avant celui-ci?
Nous avons toujours participé à notre manière à défendre les causes des artistes. Le cas de la Sodav est trop flagrant en matière de violations des droits humains. Si bien que les organisations des droits humains devraient être à nos côtés  dans ce combat.


«On mise plus sur notre carrière que sur des albums qui ne durent que 3 jours»


D’aucuns disent que c’est parce que vous n’êtes plus aussi productifs qu’avant, ce qui explique que vos redevances aient baissé d’un cran. Ce combat n’est-il pas pour vous un moyen de chercher un bouc émissaire ? 
Nous ne sommes pas là pour régler des problèmes personnels, mais pour l’intérêt de tous les artistes. Nous menons un combat noble. Le groupe Pape et Cheikh n’a jamais été associé à ce genre de polémiques et ce n’est pas prêts d’arriver. Pour ce qui est du rythme de nos productions musicales, c’est d’abord un choix. Les albums ne se vendent plus. On mise plus sur notre carrière plutôt que sur des albums. Pourtant nous avons des morceaux inédits. Un album dure maintenant au maximum trois jours, avant que les pirates ne se l’accaparent. Alors qu’on y a investi du temps, de l’énergie et beaucoup de millions. Maintenant, il est clair que comparé au BSDA, avec la Sodav, on perçoit trois fois moins. Alors que nous jouons presque tout le temps. Toutes nos prestations sont déclarées et nous devons être payés en fonction de cela. Il n’y a pas plus productif que Pape et Cheikh.


Il faut quand même noter que dernièrement, vous êtes plus présents sur la scène de la contestation que sur celle musicale. Le groupe Pape et Cheikh n’est-il pas en panne d’inspiration ?
Dieu merci, notre inspiration est permanente. Tout nous inspire. Nous sommes autant sur la scène de la contestation que sur la scène musicale. Pendant plus d’un an, avec le Covid-19, c’était le stand-by. Nous en avons profité pour faire beaucoup de créations et d’ateliers. Le moment venu, nous servirons nos créations au grand public. Je vous rappelle que le Groupe Pape et Cheikh fait partie des cinq formations musicales les plus présentes sur la scène musicale pour ne pas dire la plus présente, qui joue le plus au Sénégal. Nous jouons au minimum quatre fois par semaine.


Néanmoins, votre dernière production musicale remonte à loin et c’était un album remix ?


Déjà, depuis 2018, nous sommes sur la sortie d’œuvres musicales inédites. Nous avons une stratégie de carrière artistique bien élaborée et qui nous est propre.
«Plutôt que de donner des aides financières aux artistes, l’Etat aurait pu les injecter dans d’autres secteurs prioritaires comme la santé»


Comment Pape et Cheikh ont vécu les restrictions liées à la pandémie, en sachant que vous êtes restés presque un an sans travailler ?
Nous l’avons vécu avec beaucoup de difficultés comme tout le monde. Dans la dignité, nous avons tant bien que mal, tenté d’y faire face. Seulement, on peut affirmer que nous ne sommes pas restés un an sans travailler car, le contexte du Covid-19 a favorisé la création. Nous nous y sommes attelés. Nous remercions le Chef de l’Etat pour les appuis financiers aux acteurs culturels, des milliards pour faire face aux conséquences du Covid-19 sur notre secteur. Toutefois, nous avons toujours demandé à ce qu’on laisse travailler les artistes et acteurs de la culture, plutôt que de nous donner des aides financières que l’Etat aurait pu injecter dans d’autres secteurs prioritaires comme la santé.


Quels sont vos projets à court terme ?
D’autres productions musicales en vue. Nous sommes en studio et très réguliers. D’ordinaire, nous sommes assez avares en paroles. Nous préférons agir, concrétiser, plutôt que les effets d’annonces. Wait and see…
MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU                                                                                                                                                 

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Publié par

Namory BARRY

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