Pr Ndiassé Diop, Médiateur UCAD : «Il y a des forces invisibles qui fournissent des armes aux étudiants»

mardi 23 février 2021 • 31 lectures • 0 commentaires

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Pr Ndiassé Diop, Médiateur UCAD : «Il y a des forces invisibles qui fournissent des armes aux étudiants»

Le médiateur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Ndiassé Diop, prône le dialogue et la concertation face à la violence qui prévaut actuellement au Campus. Il dénonce, par la même occasion, les forces invisibles qui fournissent des armes blanches aux étudiants. 

M. Diop, l’Université est marquée par des tensions, le Campus est transformé en champs de guerre. Comment appréciez-vous cette situation ? 
 
L’Université est, par essence, un espace de paix. Mais la violence y est très récurrente et nous avons compris et perçu qu’à chaque fois qu’on s’approchait du renouvellement des Amicales, il y a cette tension à l’Université. Ce qu’il faut savoir, c’est que les coupe-coupe et les armes blanches sont dans les chambres des étudiants au Centre des œuvres universitaires de Dakar. C’est une évidence que, sur les centaines d’étudiants qui sont logés à la Cité universitaire, si vous faites ramasser ces armes blanches, ils vont à nouveau se réapprovisionner. Et il est évident qu’il y a des forces invisibles qui leur fournissent en armes blanches, qui leur donnent des subventions. Tout ça, malheureusement, c’est le directeur du Coud qui, en premier, en fait les frais parce que c’est là-bas où les étudiants vont dormir, se restaurer. Bien évidemment, cela peut occasionner toutes les dérives imaginables. En tant que médiateur, j’ai été Secrétaire général du Saes et j’ai vu, une fois à la Faculté de Médecine, un étudiant sortir presque un fusil pour empêcher des grévistes qui venaient de la Faculté des Lettres pour les déloger. Donc, pour dire qu’il y a des étudiants qui ne partagent pas le point de vue de ceux qui sont partisans de l’utilisation de la force et des armes blanches pour faire aboutir leur prétention. Je pense que ce qu’il faudrait, c’est d’attaquer le problème à la racine. Ce qui gangrène aujourd’hui la situation, c’est la présence de l’argent. Parce que, lorsqu’on est président d’une Amicale, on a un certain nombre de prébendes, des moyens, des subventions... Les Amicales gèrent des activités qui leur permettent d’avoir de l’argent supplémentaire. Mais, les autorités ont besoin d’avoir des interlocuteurs et ce sont les Amicales qui jouent ce rôle. S’il y a un problème, c’est avec eux que les autorités négocient. Je n’ose pas dire que c’est un mal nécessaire, mais c’est une légalité qui est partie d’un principe démocratique qui a abouti à un vote pour désigner les représentants des étudiants. Et il est difficile de chercher un autre interlocuteur que ces gens-là. Mais le Recteur travaille d’arrache-pied pour qu’on arrive à éradiquer la violence. Il fait tout ce qu’il peut, en rapport avec les moyens dont il dispose, pour faire de sorte que les deux Campus vivent en paix. C’est la principale préoccupation de l’autorité. Et la principale raison des étudiants à l’Université, c’est d’étudier et non pas de diriger des Amicales en cherchant des prébendes. 


Des armes blanches ont été retrouvées dans des chambres d’étudiants et on annonce même des poursuites judiciaires contre les propriétaires. En tant que médiateur, comment appréhendez-vous le dénouement de cette affaire ? 


Oui, il y a des risques de poursuites judiciaires, parce que si on trouve une arme blanche sous le lit d’un étudiant qui est identifié comme un membre de l’Amicale ou en tout cas un prétendant à la gestion d’une Amicale, il sera interrogé et devrait dire pourquoi il a une arme blanche. Et ça, il appartiendra au juge de voir l’opportunité de le retenir, de le sanctionner ou d’avoir une autre position. Il est évident que ce qui s’est passé les années précédentes peut se passer cette année-ci. Dès qu’on identifie quelqu’un qui a utilisé une arme blanche pour agresser quelqu’un, celui-là sera traduit en Justice et, au besoin, enfermé. Depuis l’année dernière, il y a un étudiant qui est incarcéré et on a porté plainte contre un autre étudiant qui a failli arracher la main de quelqu’un avec une arme blanche. Mais, je suis toujours partisan du dialogue, de la discussion parce que les deux entités sont inséparables. Une Université sans étudiants, ce n’est pas une Université. Une Université aussi sans enseignants qui peuvent travailler en paix, dans la tranquillité, ce n’est pas une Université. Les armes blanches, chacun peut en acheter, comme le boucher va au marché acheter un coupe-coupe. C’est ça qui fait que c’est difficile de gérer cela. Maintenant, les gens vont être plus vigilants. Je pense que le problème, c’est d’arriver à gérer les situations parce que, lorsque le Doyen de la Faculté des Sciences a interdit à toutes les parties de s’immiscer dans l’accueil des étudiants nouveaux bacheliers, on a pu taire l’affaire. Donc, ce sont des mesures comme ça qu’il faut multiplier. 


Selon vous, qu’est-ce qu’il faut comme solution pour que pareille situation ne se répète plus ? 
Malheureusement, la solution radicale consisterait à supprimer les Amicales, mais cela pourrait occasionner d’autres situations qu’il faudrait alors gérer. Parce que ceux qui seraient privés de possibilités de gérer une Amicale vont se retrouver dans des groupuscules. Et s’il n’y a que le médiateur en face de ces groupes, le problème sera difficile à régler. Mais s’il y a maintenant un président d’Amicale reconnue qui parle avec ses camarades, cela peut avoir un effet positif. Je pense qu’il faut toujours privilégier le dialogue. Je prône vraiment le dialogue parce que cela nous a permis de régler un certain nombre de choses. 
SOPHIE BARRO

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Publié par

Namory BARRY

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