Révélations sur les grosses colères des Présidents Diouf et Wade, la fausse mort de Mamadou Dia et la dépouille de Cheikh Anta

mercredi 3 février 2021 • 243 lectures • 0 commentaires

Politique 2 mois Taille

Révélations sur les grosses colères des Présidents Diouf et Wade, la fausse mort de Mamadou Dia et la dépouille de Cheikh Anta

Il y en a eu beaucoup de ces moments insolites dans la presse qui ont tenu en haleine l’opinion sénégalaise. Ici, les histoires de Diatou Cissé, Mamoudou Ibra Kâne et El Hadj Assane Guèye, Oumar Seck, Alioune Dramé, qui décryptent l’histoire derrière le fait.

Diatou Cissé : l’honorabilité d’Abdou Diouf
L’histoire : C’était au lendemain d’une élection où Abdou Diouf donne une de ses rares conférences de presse. La rédaction Rts du journal télévisé envoie un agent aguerri et rompu aux codes de la presse d’Etat. Journaliste un peu dégingandée et au style direct, Diatou Cissé, qui présente alors le journal en seconde partie de soirée, n’a aucune chance de faire partie de l’équipée. Ça n’arrête pas celle qui a bien l’intention de faire valoir sa liberté de profession devant toute une salle des Banquets remplie de journalistes nationaux et internationaux accrédités. L’intervention tire à sa fin sans qu’aucune femme journaliste ne prenne la parole, Diatou s’engouffre dans la brèche et se prépare à poser la question qui la propulsera dans les annales du journalisme. «Monsieur le Président, il circule des cassettes sous le manteau où votre honorabilité aurait été entachée», lance-t-elle dans un silence à couper aux couteaux. Petite contextualisation. 
Abdou Diouf, président tout puissant, a la mainmise sur la Rts, considérée comme un organe d’Etat. Serigne Moustapha Sy, alors opposant au régime socialiste, fait une sortie acerbe dirigée contre la vie privée du chef de l’Etat. La rumeur arrive à toutes les oreilles, mais personne n’ose l’endosser devant le Président. Sauf Diatou. Aux yeux de la journaliste libre, la question est recevable. Dans ceux de l’homme fort de la République, se lit le crime de lèse-majesté. Colère et stupeur sont matérialisées dans un long silence qui met mal à l’aise toute l’assistance et ostracise la journaliste. L’histoire s’arrête là pour le grand public. Pour Diatou Cissé, elle est moins que ce que les images en ont dit.
Le Décryptage De Diatou : «Après ma question, Abdou Diouf, réputé homme pondéré, a marqué un silence de plus de 5 minutes où il m’a fusillée du regard. Comme c’était en direct, ce lourd silence à l’antenne donnait une autre dimension à l’affaire. Un de mes frères qui a suivi l’interview de sa voiture, m’a, par exemple, raconté avoir fait une embardée à cause de ce silence. Autour de moi, je sentais qu’on me considérait comme une pestiférée, tout le monde s’est démarqué. Sauf que moi, je n’ai fait que faire mon job, c’est-à-dire poser des questions. Je ne cherchais ni à offenser, ni à faire plaisir, donc je ne me suis pas laissé démonter. En plus, c’était l’un des rares jours où j’avais un accès de coquetterie : j’étais habillée d’un tailleur vert, d’un top et des chaussures de couleur beige, et j’avais une belle coiffure qui a renforcé mon assurance. Après, on ne m’a plus vue à la télé et les gens en ont déduit que j’avais été victime de cette question. La vérité est que j’ai eu une méchante fracture qui m’a tenue loin de l’antenne. Lorsqu’en audience avec Abdou Diouf, Mame Less Camara, alors Secrétaire général du Synpics, a soulevé mon cas, le Président a expliqué qu’il s’attendait à cette question, mais pas à ce qu’elle soit posée par une femme journaliste qui travaille dans un média d’Etat. J’ai eu, une fois, une audience avec Elisabeth Diouf qui m’a félicitée pour mon travail. C’était ça mon contact avec le couple Diouf. Plus tard, j’ai eu un contact épistolaire très amical avec le Président, j’ai eu un prix et il m’a écrit pour me féliciter. Si j’ai pâti de cette histoire, c’est avec certains dirigeants zélés de la Rts.»


Mamoudou Ibra Kâne, la colère d’Abdoulaye Wade
L’histoire : «La question ressemble plus à une insolence qu’à une question, mais je laisse passer. Je suis dans la politique depuis très longtemps, je n’ai vu nulle part dans le monde, ni en France, ni aux Etats-Unis, un journaliste poser une question de cette façon à un Président.» L’attaque est du Président Abdoulaye Wade qui vient de se faire les dents sur le journaliste du quotidien «La Nouvelle», Mamoudou Ibra Kâne. Le seul tort de ce dernier est d’avoir osé poser une question sur la volubilité du chef de l’Etat. En loup politique, il a compris que l’attaque fait mieux office de défense. Et lui a besoin de se défendre à ce moment de son règne. Son moment de grâce avec le peuple est en train de passer, l’union sacrée autour de sa personne se fissure. Dansokho, Niasse, mastodontes politiques, se sont rebellés. Wade est dans une débauche d’énergie et de verbe pour compenser. L’élocution est d’ailleurs un de ses domaines de prédilection, lorsqu’il sent donc la faille dans la tournure de Mamoudou, il ne se gêne pas pour l’exploiter. Tout est bon à prendre dans une guerre d’images, encore mieux si ce détournement permet à Wade de faire oublier la pertinence derrière la question. «Monsieur le Président, vous promettez beaucoup, mais ne faîtes que peu de résultats», aurait-on pu aisément décrypter. Mais dans la salle, il est plus facile de rire quand le Président fait des blagues. Pince-sans-rire.
Décryptage de Mamoudou : «Son souci était de me désarçonner, de déstabiliser. Et je dois avouer que, même avec le recul, ce n’était pas évident. Surtout que les caméras de la Rts étaient braquées sur moi. J’avais eu droit à un très gros plan. Dans le feu de l’action, je n’ai pas eu le temps de réfléchir. Il fallait reprendre la question comme je l’avais posée, parce qu’il n’y a pas de question bête. L’intérêt était d’avoir la réponse du Président Wade. Avec l’expérience que j’ai aujourd’hui, j’aurais probablement formulé la question autrement. Mais dans le fond, c’était une question à poser. Le fond étant que les Sénégalais estimaient qu’il y avait plus de paroles que d’actes. Le Président Wade est une bête politique.»


Oumar Seck, la fausse mort de Mamadou Dia
L’histoire. De prime abord, cette histoire peut paraître normale. Annoncer la mort de quelqu’un de bien vivant est une erreur assez courante dans la presse. Mais, il faut connaître la victime ici pour comprendre l’importance de la bévue.
Malgré son emprisonnement à douze ans pour tentative de coup d’Etat contre le premier président du Sénégal indépendant, Mamadou Dia jouit encore, à sa libération, d’une grande renommée. Vice-président du Conseil de gouvernement du Sénégal en 56,  chef du gouvernement de la République en 1958, puis président du Conseil en septembre 1960, père de l’indépendance, les Sénégalais lui vouent un véritable culte. Donc, quand la radio nationale, la seule qui existe à l’époque et qui monopolise toutes les audiences, annonce sa mort une matinée des années 80, c’est la panique et la consternation. «C’était très gros, ça avait fait un grand bruit», se souvient un journaliste. Sauf que l’information est fausse et la radio ne met pas plus de deux heures à démentir son propre journaliste. De lui, on ne retient pas grand-chose, mais du rédacteur en chef du journal parlé, tout le monde s’en souvient. Oumar Seck, actuel directeur du Comiac (Comité permanent de l’organisation de coopération islamique pour l’information et les affaires culturelles), était aux manettes lorsque la rumeur a commencé à enfler. C’est encore lui qui donne le feu vert au présentateur du journal qui annonce la fausse information. Quand il a été annoncé des sanctions, c’est tout naturellement que le rédacteur en chef décide de tout endosser, quitte à être bouté de son poste.
Décryptage d’Oumar Seck : «La rumeur persistait, on a vérifié l’information. On est même allé chez Mamadou Dia, mais la famille n’avait pas communiqué. J’ai échangé avec le correspondant d’Africa N°1, au fil du temps, on a eu des signaux qui tendaient à confirmer la rumeur. C’est moi qui ai donné le feu vert au journaliste pour l’annoncer, deux heures après, l’information était démentie. J’ai refusé que la sanction tombe sur le journaliste parce que c’était ma responsabilité. Après avoir perdu mon poste de rédacteur en chef, je suis retourné à la présentation. Puis, j’ai essayé d’entrer en contact avec Mamadou Dia pour m’excuser. J’ai rencontré un proche, sous les conseils du défunt Babacar Touré et j’ai obtenu l’absolution. Cet épisode a été une excellente expérience. J’ai renforcé mes capacités à vérifier toutes les informations que j’avais. J’ai mieux cultivé ma responsabilité. J’ai gagné en professionnalisme. Je n’ai plus commis de faute, ni administrative ni professionnelle. A quelque chose malheur est bon.»


El Hadj Assane Guèye, le coup de sang du Président
L’histoire. Au jeu des sorties insolites, le Président Abdoulaye Wade remporte la palme. Cette fois, il accorde une interview exclusive en direct sur les chaînes synchronisées du groupe Walfadjri, opposant historique des pouvoirs en place. Autour de lui, le défunt président du groupe de presse, Sidy Lamine Niasse et quelques journalistes, dont El Hadj Assane Guèye. La langue choisie, le wolof, permet à l’entretien d’engranger un fort taux d’audience dès les premières minutes. Tout va se jouer là. Avec le Président Wade, les mises-en-bouche ne durent pas, surtout lorsqu’il se fait attaquer. Et cette fois, c’est le défunt Sidy Lamine Niasse qui le titille avec une question sur les difficultés du monde rural comparé à la tour d’ivoire du Président. La réaction de ce dernier scotche tout le monde sur le plateau : le chef de l’Etat, après avoir tenté de donner une réponse à l’aide d’une carte géographique, menace de mettre fin à l’interview. Stupeur chez El Hadj Assane Guèye qui ne perd pas de vue son rôle d’apporter des réponses aux questionnements des Sénégalais.
Décryptage d’El Hadj Assane Guèye : «Je n’ai jamais vécu une telle réaction d’une personnalité, a fortiori d’un chef de l’Etat qui nous dit : ‘’Je vous laisse ici avec vos questions de fumisterie.’’ J’ai réagi avec beaucoup de sérénité et de courtoisie pour désamorcer la crise et permettre aux spectateurs d’avoir leur interview. J’ai touché la corde sentimentale chez lui, en lui rappelant qu’en bon Sénégalais, il ne pouvait perdre de vue que nous étions d’abord ses petits-fils etc. De plus, nous sommes des journalistes et avons un rôle d’entonnoir, de relais des informations. Il s’est adouci, s’est rassis et a donné sa condition pour continuer l’entretien. C’est comme ça que j’ai sauvé ce moment de démocratie. Avec Abdoulaye Wade, il faut être pertinent et non percutant.»


Alioune Dramé, la mort de Cheikh Anta Diop
L’histoire. Cheikh Anta Diop meurt dans son sommeil le 7 février 1986. L’homme, historien, anthropologue et politicien, s’est échiné, sa vie durant, à magnifier la culture d’Afrique Noire et son apport à la civilisation mondiale. Mais, victime de querelles politiciennes, ses travaux scientifiques restent impopulaires. Il se dit même que la presse nationale prend un malin plaisir à le boycotter. Jusqu’au moment de sa mort. Le lendemain, Le Soleil, quotidien national, titre sur le drame. A sa Une, la photo du professeur sur son lit de mort. Louise Marie Maes, veuve éplorée, est à son chevet. Sacrilège pour la famille et pour l’opinion publique pour qui, cette Une est un manque de respect envers le «Pharaon du savoir». Rédacteur en chef du quotidien à l’époque, Alioune Dramé est obligé de publier le lendemain une note d’excuse pour calmer l’indignation des Sénégalais.
Décryptage d’Alioune Dramé : «Il faut d’abord préciser que la photo avait été prise par le photographe du quotidien qui avait eu l’accord de la famille. Ensuite, dire qu’il ne s’agissait pas de la photo sur son lit de mort, mais de celle de son corps enveloppé. Et enfin démentir la rumeur qui voulait que Cheikh Anta Diop ait subi un boycott. Une semaine avant sa mort, il m’a accordé une grande interview de deux pages. Nous avions publié cette photo de bonne foi, on pensait qu’en donnant l’autorisation au photographe de faire cette prise, la famille nous donnait de facto l’autorisation de publier. On a regretté et je me suis excusé auprès de sa famille. Son fils Massamba Diop est devenu un ami personnel. Cheikh Anta est un grand homme pour moi. Aujourd’hui, je vois beaucoup de ce genre de photos, même Senghor a été exposé. Cela ne fait plus scandale.
AICHA FALL

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Publié par

Namory BARRY

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