Samuel Eto’o, prophète de New Bell

mercredi 12 janvier 2022 • 383 lectures • 0 commentaires

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Samuel Eto’o, prophète de New Bell

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Douala, capitale économique camerounaise. La ville qui a vu naître Samuel Eto’o Fils, ancien capitaine des Lions Indomptables du Cameroun et actuel président de la fédération camerounaise, a longtemps vibré au rythme des dribbles chaloupés de la star planétaire.

Nkongmondo. C’est le quartier de Douala qui porte le plus grand hommage fait à Samuel Eto’o Fils. Une statue de près de 3 mètres représente l’enfant magique, habillé aux couleurs de son pays, le vert, le rouge et le jaune, avec le pied droit levé, prêt à tirer au but, comme il sait si bien le faire. La statue, située en plein carrefour, est immanquable. Même les non-initiés s’arrêteront pour admirer la grandeur de l’enfant de Nkon. D’abord aux couleurs du Barça, la statue ne plaisait guère aux autorités locales. Mais il a fallu qu’elle arbore les couleurs de l’Equipe nationale pour être acceptée par tous et réhabilitée. Ses constructeurs ne sont personne d’autre que les jeunes de ce quartier déshérité, qui ont voulu, avec leurs modestes moyens, ériger un monument en hommage à celui qui continue de faire rêver tout un peuple. Un attaquant puissant et adroit, habile et facile, fierté de tout un continent, sur lequel reposait l’espoir de tout un pays. Autre lieu, autre histoire. C’est le quartier New Bell. Il y a deux décennies, cet endroit était un lieu non fréquentable. Insalubrité, délinquance, banditisme, etc. Le quartier où a grandi Eto’o n’avait ni bonne image ni bonne réputation. C’est là, «avenue Eto’o Fils», de ce quartier de Douala, de ce «purgatoire de l’échelle sociale du Cameroun», selon un intello local, qu’on suit le destin paradisiaque du géant aux pieds agiles qui affolait les défenseurs du monde entier. L’endroit qui faisait la renommée internationale de New Bell, c’est le «Parlement 9», le bar où convergeaient tous les supporteurs lors des matches de «Sam». Un rade miteux que ce «Parlement 9», où, entre sono saturée et cadavres de bouteilles de bière, se retrouvaient les potes de ballon d’Eto’o enfant. La star, qui rentrait toujours sur le terrain du pied droit («Un truc qui sert à rien, mais faut bien croire à quelque chose»), y revenait tous les six mois. «Avant même d’aller saluer ses parents», jure Charles Seppé, ami d’enfance et «président» du «Parlement 9», comme le numéro du prolifique ancien avant-centre de l’Inter Milan. L’enfant prodige y prodigue des poignées. Arrose un très large cercle de relations. Ou parraine des causes sans fin : enfants des rues, visites de prisonniers, mères frappées du Sida, etc. «Il faut partir d’ici, si on veut comprendre qui est vraiment Eto’o», dit Jolly Ndjock, «grand frère» qui gère ses «intérêts» dans le coin. Porteur de plantains au marché. Au bout de la rue, une vieille maison où logeait auparavant la famille Eto’o, avant que celui-ci ne devienne ce qu’il est aujourd’hui. Quand il n’était que le fils d’un comptable viré d’une boîte française de bâtiment, deuxième enfant d’une fratrie de six, né à Nkon (200 bornes de Douala) et qui, à dix ans à peine, usait ses semelles comme porteur pour le «marché de plantains». «Quand sa mère se levait à 5 heures du matin pour acheter et revendre ces petits poissons destinés à la friture pour démunis», rappelle Jolly Ndjock. «Quand il est arrivé à Douala, poursuit-il, il taquinait le cuir comme personne, toujours à défier des mecs plus vieux et plus costauds que lui.» Dans un tournoi de quartier, un coach le remarque : Dominique Wansi. Il se souvient encore de ce jour de l’an 1993 : «Je le vois débouler, j’y crois à peine. Tout fluet. Dans un univers de densité, de physique et de mental...» Mais pas besoin d’être extralucide pour repérer l’instinct du marmot, sa vitesse et sa conduite de balle. «Au départ, je le sélectionne ailier droit. Dans l’axe, il repique toujours sur le côté.» Puis ? Voilà Eto’o qui «frappe à la sortie de la ligne médiane, et le stade se lève». Il aligne les matchs. «J’ai tout noté, souffle Dominique Wansi, tout. Là, 3 étoiles pour le match du 7 septembre 1993, 4 étoiles trois jours plus tard.» Le joker de poche est illico orienté à l’école de foot locale, celle des brasseries. «N°10, c’est de là qu’il a tiré cette aisance devant le but, sa technique aussi.» Peut-être. Mais ça n’explique pas tout. Sans papiers en France, «Eto’o, dit Charles Seppé, n’a jamais été blessé ou presque. On ne démolit pas le mec qui joue avec des semelles de vent.» Un gars chanceux, qui encaisse les coups, mais, surtout, évite d’en prendre. «Le physique, la résistance, ça joue», dit aussi Dominique Wansi. Bien sûr, comme dira Eto’o plus tard, «quand on joue pieds nus, on ne tombe jamais dans le piège de se croire meilleur que les autres». Mais lui a la rage, le modjo, la niaque. «Toujours premier à l’entraînement, deux fois plus exigeant que les autres, trois fois plus prompt à donner du poing», se souvient Wansi. Un besoin de s’affirmer qui a failli le mettre sur la touche. Témoin, ce mot, signé du gosse de New Bell, ressorti par Wansi : «Nous prenons la responsabilité de dire à l’entraîneur qu’en cas d’un autre problème entre Tonye et moi Eto’o, qu’il nous envoie chez le président du club.» Eto’o fils a vite compris que son avenir passait plus par ses pieds que par ses poings, ou par de bons points à l’école. Le tableau noir, il n’y jette encore aujourd’hui qu’un œil poli dans les vestiaires de l’Inter Milan. «Eto’o était tout sauf con, il avait la vision du jeu, l’intelligence instinctive», dit un proche. Il a surtout confiance en lui. Et il en faut des certitudes quand, qualifié de surdoué, on se voit bouté hors des clubs les plus fameux (Léopards, Caïmans...). Motif : trop précoce, trop riquiqui. «Il a 14 ans, se souvient Dominique Wansi, quand on part en France avec sept mômes. Le top des tournois, c’est Montaigu. Il y a là Anelka. Mais j’ai trop peur qu’il se fasse démonter, alors je l’aligne dans un tournoi plus faible, à Avignon.» «Là, je marque but sur but», raconte un jour Eto’o. Il tente de rester sur place, chez sa sœur. Mais il est sans papiers. «La France, je la voyais de ma fenêtre...» Retour forcé au pays. «Mon père est chômeur, donnez-lui du travail…» C’est Isaac Bassoua, entraîneur de l’Avenir de Douala, en D2, qui remet la main dessus. «Il se frottait à des défenseurs qui avaient deux têtes de plus que lui», évoque-t-il. Bassoua le surclasse en junior l’année suivante, puis le propulse vite dans l’équipe senior. «J’ai pris des risques, avoue-t-il. Il aurait pu se faire casser.» «J’ai peur», dit Eto’o lors de son premier match. «T’inquiète pas, lance-toi», lui répond Bassoua. Il foire ses deux premiers contrôles, puis efface trois joueurs, offre une passe décisive, avant de planter un but. Il intègre l’académie des brasseries, le Kadji Sport Academy. Eto’o n’a qu’un désir : «Mon père est chômeur, si vous lui donnez du travail, ça me va.» Le centre a un accord avec Le Havre ? Il y file. Verdict : trop rachitique. Nouvel aller-retour au centre de formation de Cannes. Nouvel échec. La suite ? Ce transfert au Real de Madrid, qui, venu superviser Kalou, lors d’un Côte-d’Ivoire -Cameroun juniors, flashe sur Eto’o. Mais oublie d’aller le cueillir à l’aéroport. Il a 16 ans. Un Ivoirien happé dans le hall le conduit à Santiago Bernabeu. Il y végète avant d’aller jeter ses crampons à Leganes, en D2. Puis à Majorque, où il se farcit «100 matchs de 1ère division». Avant de revenir cirer le banc du Real. Et de s’envoler au Barça. Ici, à New Bell, personne n’ose médire sur Eto’o, même s’il ne mouille pas le maillot pendant un match. Même s’il joue «pied en l’air», comme on dit ici. «Tous ceux qui l’insultaient et le dénigraient lorsqu’il s’amusait encore dans les rencontres des inter-quartiers prient aujourd’hui qu’il continue de briller», confie Eric Mahop, un des habitants du coin. Le génie de l’homme est présent dans tous les esprits, dans les boutiques, les bars, les salons de coiffure, dont la plupart portent un ou plusieurs graffitis en hommage au capitaine des Lions Indomptables. Nguéa Laroute, une artiste interprète camerounaise, s’est récemment fait remarquer à l’international jusque dans les vestiaires du Fc Barça, ancien club d’Eto’o, par un titre en hommage au joueur, une chanson qui vante les mérites du quadruple Ballon d’or africain et qui a fait le tour du monde en devenant l’hymne d’Eto’o au Cameroun. Un hymne au prophète de New Bell.
Source : L’Observateur du 1er juin 2011

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Namory BARRY

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