«Tous ceux qui ont minimisé Macky Sall l’ont appris à leurs dépens»

vendredi 1 avril 2022 • 1840 lectures • 0 commentaires

Politique 7 mois Taille

«Tous ceux qui ont minimisé Macky Sall l’ont appris à leurs dépens»

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Haut fonctionnaire de l’Administration sénégalaise dont il a monté une à une les marches jusqu’à l’Inspection générale d’État qu’il a quittera en juin 2015, avant de s’engager en politique, Boubacar Camara est l’actuel président du Parti de la construction et de la solidarité (PCS) Jengu/Tabax. Dans cette interview accordée à L’Observateur, via email, l’ancien Directeur des Douanes revient sur les questions de l’heure qui agitent la gazette politique.

Vous écriviez dans une récente tribune : « Ne le laissons pas reprendre le pouvoir par le biais de l’Assemblée nationale !» Pensez-vous réellement qu’il y a un plan de confiscation du Pouvoir ourdi par Macky Sall et qui devrait passer par un tripatouillage de la constitution ? 
Je le dis et le répète. Le schéma de Macky SALL est clair, c’est de rester au pouvoir. Tous les actes qu’il pose depuis 2012 le démontrent. Relisez mon article sur « Les balades du ciel avec le pilote préféré ». Pour quelle raison devrait-il renoncer à son plan de bon gré ? Aucune. Mon devoir est d’alerter sur les risques que le régime de Macky Sall est en train de faire courir à notre pays. «Maggum waxoon naako moo gën maggum xammoon naa ko (mieux vaut prévenir que guérir) !»

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Donc, vous ne croyez pas à tous ces spécialistes du Droit qui disent que Macky Sall peut encore briguer un mandat ?
Il ne s’agit pas de croire ou ne pas croire à des spécialistes. Je suis moi-même spécialiste du droit.  La décision personnelle de Macky Sall de briguer ou non un troisième mandat n’est pas une question de droit. C’est la réponse à cette décision qui pourrait être juridique et/ou juridictionnelle. Nous n’en sommes pas encore là ! Encore que, si ce débat persiste c’est parce que, sciemment, la Constitution a été modifiée pour introduire une incertitude et mettre une dose d’obscurité dans la lumière. La vraie question est politique, éthique et morale. Politiquement, Macky Sall ne peut ni ne doit solliciter un troisième mandat, après avoir accepté que les mandats du président de la République au Sénégal doivent être limités à deux. « Balaa nga digle sangu dangay sangu ba pare ! Sur le plan éthique, Macky Sall ne peut ni ne doit solliciter un troisième mandat, après avoir dit et écrit qu’il ne va pas le faire, qu’il faudra partir après douze ans de pouvoir. « Après 7+5, il faudra partir ». « Gor ca wax ja ! » Moralement, Macky SALL ne peut ni ne doit solliciter un troisième mandat après avoir combattu cette pratique contre le Président Abdoulaye Wade et après avoir vécu les conséquences dramatiques de cette boulimie du pouvoir dans notre pays et dans la sous-région. Nguur ken duko ñiit !

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Qui parle de l’Assemblée nationale, évoque certainement les Législatives à venir. D’abord pensez-vous, suivant votre logique, qu’elles seront tenues à date échue ? 
D’abord, le simple fait de poser la question montre que nous sommes dans un État anormal ! Le calendrier républicain ne doit nullement dépendre de la volonté d’un président de la République ou d’une majorité au pouvoir. C’est devenu presque miraculeux de faire les choses normalement au Sénégal. Macky Sall n’organisera pas d’élection à enjeux majeurs pour lui sans se donner les moyens de les gagner. En ce qui concerne les Législatives, s’il fait passer son logiciel sur le parrainage, le tour est joué. Pour comprendre le jeu de Macky Sall, il faut l’étudier minutieusement, le surveiller sans négliger aucun détail. Ce que j’ai fait pendant très longtemps. Je sais qu’il m’a également surveillé aussi rigoureusement. J’ai compris qu’il a une vive intelligence des situations politiques, qu’il décrypte tout avec patience et pragmatisme et que tout se tient chez lui. Il ne frappe qu’au bon moment et s’il s’y met, il rate rarement sa cible et anéantit (le mot n’est pas fort !) ses adversaires politiques, sans état d’âme. Tous ceux qui l’ont minimisé l’ont appris à leurs dépens. Il ne s’agit pas de ma logique, c’est la sienne.


Pourtant, votre parti a annoncé il y a quelque temps sa démission de la coalition Yewwi Askan Wi. D’abord pouvez-vous revenir sur les vraies raisons de cette décision ?
C’est une décision souveraine que nous assumons. Nous nous sommes largement expliqués là-dessus et je pense que ce n’est pas le moment de remuer le couteau dans la plaie. 


Certains évoquent un grand rassemblement de l’opposition pour faire face au pouvoir, alors que d’autres coalitions se créent de part et d’autre. Pensez-vous qu’en rangs dispersés, vous pourrez gagner ces élections ? 
L’enjeu de ces élections législatives est de ne pas laisser Macky Sall reprendre le pouvoir par le biais de l’Assemblée nationale, cela signifie clairement qu’il faut travailler à ce que les électeurs envoient une majorité de députés issus de l’opposition. Cette victoire permettra de prémunir le Sénégal contre toute velléité de tripatouillage de la Constitution pour conserver le pouvoir, de paralyser toutes les lois liberticides, de voter les lois protectrices contre les travers sociaux, d’obliger le président de la République à former un gouvernement compétent pour alléger les souffrances des populations.
Une cohabitation avec une majorité parlementaire issue de l’opposition et formant un bloc est un facteur clé pour une alternative  


Le parrainage est encore une fois source de polémique, quel est votre avis sur la question ?
Devant le constat de l’impossibilité matérielle de faire face à une ouverture sans limite des candidatures et des coûts inhérents pour l’État, la caution (versement d’un montant remboursable en cas de collecte d’un score fixé à l’avance) et le parrainage (une sorte de caution d’un nombre déterminé de citoyens pour un ou plusieurs candidats, électeurs ou élus, fixé à l’avance) sont souvent requis cumulativement ou non. Le Sénégal a presque connu tous les schémas avec une constante : l’utilisation politique de ces procédés pour éliminer des candidats. Notre pays a connu un parrainage obligatoire par dix députés issus d’une Assemblée monocolore soutenant le Président d’alors. Résultat, ce dernier fut le seul candidat. Nous avons connu un parrainage obligatoire pour les candidats indépendants. Plus récemment, en 2019, le pouvoir a mis en place, sans débat, un système de parrainage de l’électeur inscrit (non du citoyen) avec droit de parrainage pour un seul candidat avec comme conséquence une course au premier déposant pour éviter les doublons, une obligation de collecter un pourcentage du fichier électoral non remis aux candidats, un contrôle conçu et imposé de façon unilatérale à l’opposition, une absence de vérification des signatures. Résultat : 27 candidats éliminés, 5 admis dont le candidat sortant avec en prime l’annonce par le Premier du nombre à admettre avant la fin des opérations de contrôle. La conséquence est une double honte pour notre pays : suite à la requête de Maître Tine, la Cour de Justice de la Cedeao condamne le système de parrainage et donne six mois à l’État du Sénégal pour le supprimer ; l’État du Sénégal fait fi de la décision et reconduit le système décrié. Après ce rappel qui rend compte d’un entêtement de l’État à recourir au parrainage pour éliminer des candidatures, quelle autre position peut-on soutenir en tant que démocrate que de fustiger le parrainage ? On en arrive même à hésiter à accepter le principe, pourtant utile, au vu du comportement politicien de l’État. Pire, aujourd’hui, sous prétexte d’apporter des améliorations, l’État veut fourguer à l’opposition une nouvelle application de contrôle minée à l’avance.  Notre position est claire : Rejet de toute application de contrôle à la conception de laquelle nous n’avons pas participé ; Rejet du système de parrainage unique par l’électeur. Chaque citoyen a le droit de parrainer au moins trois candidats ou listes de candidats.


Si la date du 31 juillet est maintenue, comment l’opposition devrait-elle s'y prendre ?
L’opposition doit se battre pour que les élections se tiennent le 31 juillet 2022 dans des conditions de transparence acceptables : fichier maîtrisé et mis à sa disposition, institution du droit pour un citoyen de parrainer plusieurs listes ou suppression pure et simple du parrainage, contrôle conjoint du parrainage avec conception commune du logiciel, modalités consensuelles de contrôle des signatures et surveillance du processus électoral de bout en bout.  


Le retour du PM dans l’architecture institutionnelle a été acté depuis presque 3 mois. Mais depuis lors, le chef de l’Etat peine à nommer un nouveau chef du gouvernement. Pensez-vous que ce retard est dicté par des calculs politiques ? 
Plus qu’un calcul politique, c’est un plan savamment ourdi par le régime de Macky Sall pour conserver le pouvoir en 2024. Cette nomination est retardée par la difficile recherche d’un Premier Ministre Baara Yeggo. Pour plus de détails, voir mon article «Les balades du ciel avec le pilote préféré». J’attends encore un démenti du pouvoir pour enfoncer le clou. Pour le moment, c’est le silence de carpe. « Ku aj doo bëgg ku teen».
ADAMA DIENG

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Publié par

Namory BARRY

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