Zone des Niayes : Peur sur la grande Grande Côte sénégalaise

jeudi 7 avril 2022 • 1147 lectures • 0 commentaires

Économie 1 mois Taille

Zone des Niayes : Peur sur la grande Grande Côte sénégalaise

PUBLICITÉ

Les habitants de la Grande Côte, communément appelés «Le peuple de l’eau», sont en train de traverser des moments pénibles. Vivant sous la hantise d’un délogement imminent à cause de l’exploitation du zircon par la société Gco, ils sont également face à la mévente de l’oignon local qu’ils avaient produit en grande quantité, au moment où les pêcheurs refusent d’aller en mer à cause des bateaux de pêche qui détruisent leur filet dormant.

Voix nasillarde, la rage au cœur, visage grave, Mamadou Bâ hurle à se rompre les cordes vocales : «Nous ferons face aux envahisseurs. Nous n’accepterons jamais d’être délogés par des étrangers dans notre propre pays. Nous sommes prêts à laisser nos vies dans ce combat. Les bulldozers passeront par nos cadavres avant de raser nos villages vieux de plus de 300 ans…», a-t-il d’emblée averti, la mort dans l’âme. Applaudi par la foule massée sur la place du village de Thiokhmate (dans la commune de Darou Khoudoss, département de Tivaouane) où se tenait une Assemblée générale d’informations réunissant une bonne partie des habitants de la Grande Côte, communément appelés «le peuple de l’eau», il campe l’objet de cette rencontre : «Des villages se situant sur  le  Littoral sont en train d’être délogés par les responsables de la société Gco qui exploite  le zircon. Des localités des communes de Darou Khoudoss (région de Thiès) Cab Gaye, Thieppe, Léona (Louga) et Ndiabène Gandiol (Saint-Louis), seront toutes déplacées par la société minière qui exploite le zircon. Les populations seront relogées ailleurs, très loin de la mer et de leur périmètre maraicher, alors qu’elles gagnaient leur vie grâce à la pêche et la culture horticole. Les villages qui ont accepté de se déplacer sont en train de le regretter. Les maisons construites pour eux (leur toit est en ardoise, elles sont équipées en solaire et font trois chambres, un salon…) sont très étroites et elles ressemblent plus à des poulaillers. Pis, ils n’ont plus de champs où ils pourront travailler, alors qu’ils gagnaient des millions avec le maraichage.» Plus radical, Aliou Sow, membre du Collectif des associations pour la défense et la protection de la Grande Côte, cache mal sa colère. Il cogne sans sommation : «De Cambérène à Gandiole, en passant par les régions de Thiès et de Louga, tout «le peuple de l’eau» s’est levé pour dire non à la délocalisation au profit des sociétés minières. Des écoles, des cimetières et même des mosquées seront démolis. Nous n’allons jamais abandonner les terres de nos ancêtres. Nous lançons un appel à l’endroit de nos autorités. Elles ne doivent pas accepter que des étrangers nous chassent de nos propres terres. Des villages comme Mbétel 1 et 2, Fodad et Diourmel sont désormais rayés de la carte. Les envahisseurs qui longent la Grande Côte sont à nos portes (à moins de deux kilomètres de Thiokhemate). Nous les attendons de pied ferme. Nous ne reculerons d’un iota. Et nous allons résister. Pour rien au monde, nos terres se seront dépossédées.» 

PUBLICITÉ


Potou : la psychose de la mévente de l’oignon local
Cette grande détresse à laquelle sont confrontés les habitants des villages de la commune de Darou Khoudoss, menacés de disparition, n’épargne pas ceux de la zone de Potou. Ces derniers qui avaient investi de fortes sommes d’argent dans la production de l’oignon local, sont aussi confrontés à une mévente de leur produit. En effet, il suffit de faire un tour au Centre de groupage de Potou, communément appelé «Park Macky Sall», pour toucher du doigt l’ampleur de ce problème qui empêche désormais les exploitants agricoles du coin de dormir à poings fermés. Des sacs remplis d’oignon jonchent un peu partout dans cet endroit qui s’étend à perte de vue. Seuls quelques camions sont stationnés sur l’unique porte de sortie. Levant ses mains en signe de désespoir, El Hadji Ndiogou Ka, qui faisait face à la presse samedi dernier en compagnie de ses camarades d’infortune, piaffe d’impatience de lister les difficultés auxquelles, ils sont confrontés. Il dénonce : «L’année dernière nous avions enterré une partie de nos productions, car elle avait pourri entre nos mains. Nous risquons de vivre cette année la même situation. Le marché est aujourd’hui inondé, c’est pourquoi le kilogramme d’oignon est bradé à 150 FCfa. Nous vendons à perte. Pis, les camions se font désirer. Nous avons pris des engagements auprès des banques avec des taux d’intérêt très élevés. Nous sommes obligés de les rembourser. Si, rien n’est fait pour nous soutenir, nous vivrons les pires moments de notre existence. Vraiment, nous risquons de mettre un terme à nos activités parce que nous ne pouvons plus continuer de vivre dans la détresse à cause de la mévente de nos productions. Des milliers de pères de famille vivent cette situation désastreuse, car nous sommes concurrencés déloyalement par l’agro-business et l’importation…»

PUBLICITÉ


Lompoul : Les bateaux de pêche sèment le désordre dans la mer
Les pêcheurs et les mareyeurs de Lompoul ne sont pas mieux lotis que les agriculteurs de la zone de Potou. Eux aussi sont en train de vivre la détresse dans la mesure où, leurs activités sont au ralenti depuis bientôt quatre mois. Réunis à la plage de leur localité où un impressionnant nombre de pirogues est amarré, ils ont dénoncé avec la dernière énergie les nuisances que les bateaux de pêche les causent. Aliou Sow, responsable des mareyeurs, par ailleurs président du comité ad hoc du quai de pêche, crache le feu : «On dirait que nous sommes des étrangers chez nous.  Aujourd’hui, nous n’osons plus envoyer nos pirogues en mer à cause des bateaux de pêche. Ils détruisent nos filets comme bon leur semble. Ils ne respectent pas les 6 000 miles qui leur sont imposés. Ils violent, au vu et au su de tous, cette disposition légale. De ce fait, ils nous trouvent là où nous pêchons (7 km de la terre ferme) pour emporter avec eux nos files. N’en pouvant plus, nous avons décidé de ne plus aller en mer. Nous dépensons plus de 5 millions pour chaque pirogue, pour nous retrouver enfin avec des dettes parce que nos pêcheurs rentrent les mains vides à cause des bateaux qui font tout ce qu’ils veulent sans jamais être inquiétés. Le service de surveillance de la mer n’est pas doté de moyens matériels pour assurer sa mission. Aujourd’hui, les 500 personnes qui dépendent directement de la mer pour survivre, sont dans le désarroi total, sans compter les plus 1 000 individus qui gagnent indirectement leurs revenus à partir des produits halieutiques. Des familles entières sont en train de vivre un drame social. C’est une bombe à retardement. Si rien n’est fait, nous allons affronter en mer les bateaux de pêche comme nous le faisions. Nous allons nous organiser pour prendre en charge cette question, puisque nos autorités fuient leurs responsabilités…»
ABDOU MBODJ

Cet article a été ouvert 1147 fois.

Publié par

Namory BARRY

admin

Soyez le premier à commenter

Je m'appelle

Téléchargez notre application sur iOS et Android

Contactez-nous !

Ndiaga Ndiaye

Directeur de publication

Service commercial