Coup d'Etat en Guinée : Il était une fois..., Alpha et l'homme-méga

lundi 6 septembre 2021 • 377 lectures • 0 commentaires

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Coup d'Etat en Guinée : Il était une fois..., Alpha et l'homme-méga

Après 10 ans de pouvoir et un troisième mandat anticonstitutionnel, le président guinéen Alpha Condé a été ce dimanche, victime d’un putsch dirigé par le Colonel Mamady Doumbouya, et approuvé dans sa grande majorité par une population aux abois.

Une chose est désormais sûre avec ce putsch des militaires en Guinée. Alpha Condé n’avait ni amis, ni alliés, ni même sympathisants. Tout au plus, avait-il réussi à créer des Guinéens indifférents. C’est le seul sentiment qui a prévalu au petit matin (8 heures) de ce dimanche, lorsque les premiers tirs se sont fait entendre et que les premières rumeurs ont fait état de l’opération militaire en cours. Alors que les habitants du quartier administratif de Kaloum, apeurés par l’avancée des putschistes vers le palais présidentiel, ont préféré se terrer. Ailleurs, la population a, dans un premier temps, continué à vaquer tranquillement à ses occupations. Avant de se décider à se mettre à l’abri un peu plus tard dans la matinée lorsque la rumeur est devenue persistante. Ce n’est que vers les coups de midi, lorsque les premières photos du Président déchu, entourés de ses geôliers, ont circulé, que Conakry a enfin osé laisser éclater sa joie. Tandis que Tombo, point d’entrée du centre-ville, a été mis sous barricade par les Forces spéciales qui en ont interdit l’accès ou la sortie aux militaires, des scènes de liesse ont eu lieu un peu partout sur d’autres grands axes du centre-ville, avec des points culminants au rond-point Kosa et au mythique carrefour Bambeto. Ralliant cette place, théâtre de toutes les révolutions, les habitants ont fêté le départ de celui qu’ils considéraient comme un dictateur au cri de « liberté, liberté ». Si les manifestants se sont adonnés à cœur joie à s’éclabousser avec l’eau stagnante des dernières pluies, aucun débordement n’a été noté. Ni agression, ni pillage bien que certains commerces aient continué à fonctionner. Ils étaient plusieurs centaines de jeunes à Bambeto, à brandir le drapeau national et à se livrer à des rodéos de motos, l’un des principaux moyens de transport dans le pays. Sous les yeux indifférents des forces de police, ils ont dansé, chanté jusque tard dans la soirée. Et tant pis, si le couvre-feu instauré dans la capitale pour lutter contre la pandémie du Covid-19, n’a pu être respecté. Pour la population guinéenne, il s’agit de laisser sortir les rancœurs contre un régime accusé de les avoir appauvris en 10 ans d’exercice. En Guinée, le niveau de vie a drastiquement baissé. En début août, le gouvernement a officialisé la hausse du prix du carburant à la pompe, avec des répercussions sur les tarifs des transports. Dans le même temps, la Présidence a décidé de l’augmentation de 35 % de son budget 2021. Enfin, lors des dernières élections, Alpha Condé aurait dépensé plus de 2 000 milliards de GNF pour s’octroyer un troisième mandat anticonstitutionnel.  Une austérité à géométrie variable qui a fini par causer une rupture irrémédiable entre le Président et son peuple. Et ses officiers dont le Colonel Mamady Doumbouya


Les ministres convoqués aujourd’hui sous la menace


A Conakry, il était de notoriété publique que l’entente n’était plus cordiale entre Condé et Doumbouya, l’officier responsable du coup d’État. Le nouvel homme fort de la Guinée, malinké, militaire de carrière, formé en France, a pourtant été recruté par le Président. En 2018, il le fait venir pour lutter contre les menaces terroristes, à la tête des Forces spéciales communément appelées Bérets rouges. Il le dote alors d’une formation reçue à Thiès et de moyens techniques et financiers pour mener à bien sa mission. Mais, camarade de formation d’Assimi Goïta, le putschiste qui a déposé Ibrahim Boubakar Kéita au Mali, le colonel Doumbouya refuse, selon les sources, d’accepter la tutelle du ministre de la Défense. Selon les médias à Conakry, ce n’était plus qu’une question de temps avant qu’il ne soit démis de ses fonctions par son mentor. Mamady Doumbouya aura été plus rapide. Aussi bien dans l’exécution que dans la communication. Il lui a fallu un peu moins de quatre heures pour investir le palais présidentiel, et encore moins pour assiéger la télévision nationale à quelques encablures de là. Sans aucune effusion de sang. Alors que devant la grille du média, la population laissait éclater sa joie. A l’intérieur, les militaires putschistes réunis autour d’un Comité national du rassemblement et du développement (Cnrd) ont expliqué leur geste par «le dysfonctionnement des institutions, l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits des citoyens, la politisation à outrance de l’administration, la gabegie financière, la pauvreté et la corruption endémiques». Après avoir dénoncé les failles du régime de Condé, le nouvel homme fort de la Guinée a décidé de la dissolution de la Constitution, du gouvernement et de la fermeture des frontières terrestres et aériennes. En outre, un couvre-feu est instauré à 20 heures sur tout le territoire national «jusqu’à nouvel ordre» et toute l’administration territoriale est remplacée par des éléments militaires. C’est ce matin que le Cnrd compte donner les premières lignes de son programme au palais du peuple. Une rencontre où les anciens ministres et les anciens présidents des institutions sont conviés avec une précision de taille. «Tout refus de se présenter sera considéré comme une rébellion contre le Crnd ». «On tient tout Conakry et on est avec toutes les forces de défense et de sécurité pour enfin mettre fin au mal guinéen », a conclu le lieutenant-colonel Doumbouya.


PROFIL - COLONEL MAMADY DOUMBOUYA : Faire l’amour, pas la guerre


Nouvel homme fort de la Guinée, le Colonel Mamady Doumbouya avait initialement la tâche d’encadrer le Groupement des Forces spéciales. Ce dimanche, il s’est choisi un autre destin.


A la manière d’Assimi Goïta, militaire putschiste du Mali, le Colonel Mamady Doumbouya est entré dans l’histoire par effraction et au détriment de son mentor, Alpha Condé, qui, comme l’ancien Président Ibrahim Boubakar Keïta, a fait confiance à la formation des Forces spéciales pour débarrasser la Guinée de la menace terroriste. C’est finalement du pays que Mamady Doumbouya aura réussi à débarrasser d’Alpha Condé. Ce n’était pourtant pas la première fois que l’animal politique faisait face à un coup d’État, mais le profil du putschiste a tout changé.
Jusqu’ici patron du Groupement des Forces spéciales de l’Armée guinéenne, Doumbouya est, selon les informations de l’Armée, «un Officier breveté de l’École de guerre, possédant plus de quinze années d’expérience militaire, notamment lors de missions opérationnelles (Afghanistan, Côte-d’Ivoire, Djibouti, République Centrafricaine) et de protection rapprochée (Israël, Chypre, Royaume-Uni, Guinée)». Il aurait accompli la formation de spécialiste en protection opérationnelle à l’Académie de Sécurité Internationale en Israël, le cours de formation des Commandants d’unité à l’École d’application de l’infanterie au Sénégal, la formation d’Officiers d’État-major à Libreville et l’École de guerre à Paris. De ce qui circule sur sa présentation, il est décrit comme «capable d’identifier et de désamorcer des situations à risque. De s’adapter et d’improviser». Formé en France, membre de la Légion étrangère, il a été recruté en 2018 par le Président guinéen qui l’avait mis sous tutelle du ministère de la Défense. Une position de subordonné que n’a jamais accepté Doumbouya. Sa volonté d’autonomiser les Forces spéciales avait fini par susciter la méfiance de l’Exécutif. Dès mai, des rumeurs ont couru sur sa possible arrestations et ces dernières semaines, elles faisaient état de son licenciement à la tête des Gps. Alpha Condé aura trop tardé. Marié et père de trois garçons, Mamady Doumbouya s’est maintenant donné comme objectif de faire l’amour à la Guinée. «Tout simplement.»


Condé enfermé dans un lieu tenu secret, la Cedeao condamne


A Conakry, l’endroit où est enfermé l’ancien président est maintenant le dernier des soucis chez les populations. Agé de 83 ans, le président déchu a été cueilli au palais présidentiel aux abords de midi, puis conduit manu militari pour une destination inconnue. Les mutins ont assuré ne lui avoir fait aucun mal et auraient même diligenté un médecin pour un contrôle de routine. Mais pour la communauté africaine et internationale, cet «enlèvement» reste inquiétant. Le président en exercice de l’Union Africaine et le président de la Commission de l’Ua ont signé un communiqué conjoint dans lequel ils fustigent la prise de pouvoir par la force et « demandent la libération immédiate du Président Condé ». De son côté, le président de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a exigé «le respect et l’intégrité physique du chef de l’État guinéen, sa libération immédiate et le retour à l’ordre constitutionnel sous peines de sanctions ». Réponse attendue ce matin avec la tenue de la réunion nationale convoquée par le colonel Mamady Doumbouya.


Les décisions fortes des putschistes


A Conakry, les choses vont vite. Très vite même. Après le coup d’Etat d’hier dimanche, confirmé dans la matinée par la junte, le nouvel homme fort de la Guinée, le Colonel Mamady Doumbouya, a pris de grandes décisions. De nouvelles mesures concernant l’instauration d’un couvre-feu à partir de 20H jusqu'à nouvel ordre, le remplacement des Gouverneurs de région par les Commandants de région et la convocation de tous les ministres, ce lundi à 11H, au Palais du peuple. «Le Comité national de rassemblement et de développement (Cnrd) confirme la dissolution du Gouvernement et de l’Assemblée nationale. A partir de ce jour, les Secrétaires généraux des départements ministériels assureront les charges courantes. Les Gouverneurs de région sont remplacés par les Commandants de région, les préfets et sous-préfets aussi par le Commandant d’unité de la plus grande localité. Les ministres sortants et les anciens présidents des institutions sont conviés demain à 11H, à une rencontre au Palais du peuple. Tout refus de se présenter sera considéré comme une rébellion contre le Cnrd. Le Cnrd appelle les fonctionnaires à reprendre le travail dès ce lundi. Toutes les dispositions seront prises pour assurer la sécurité des citoyens ainsi que leurs biens. Il est demandé à toutes les unités de l’intérieur de garder la sérénité et d’éviter les mouvements vers Conakry. Les unités mobiles de gendarmerie routière et de la police doivent veiller sur le respect de ces mesures. Par ailleurs, le couvre-feu est instauré à partir de 20H sur toute l’étendue du territoire nationale. Ce, jusqu’à nouvel ordre. En informations complémentaires, nous assurons la communauté nationale et internationale que l’intégrité physique et morale de l’ancien Président n’est pas engagée. Nous avons pris toutes les mesures pour qu’il ait accès à des soins de santé, mais également qu’il soit en contact avec ses médecins. Tout se passera bien, au moment venu, on fera des communiqués», a déclaré le nouvel homme fort de la Guinée à la RTG, la télévision publique. 


«Nous ne referons pas les erreurs de nos prédécesseurs»


Bien avant sa déclaration à la Télévision publique guinéenne, le Colonel Doumbouya a lancé un appel à l’unité de l’Armée guinéenne pour la réussite du putsch. «Nous ne referons pas les erreurs de nos prédécesseurs. J’en appelle à l’unité de toute l’Armée guinéenne. Nous allons mettre de l’ordre (…), et nous sommes venus pour répondre à l’appel de la population guinéenne et pour restaurer la démocratie (…) Je rassure que le Président Alpha Condé est actuellement en lieu sûr et il a même rencontré son médecin. Pour l’instant, nous sommes en train de mettre de l’ordre. Nous avons dissous le gouvernement et les institutions de la République. Nous ne sommes pas venus au pouvoir pour nous y éterniser», a-t-il déclaré. 


AICHA FALL

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Publié par

Namory BARRY

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