Bouna Sarr, le grand retour aux sources 

jeudi 13 janvier 2022 • 723 lectures • 0 commentaires

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Bouna Sarr, le grand retour aux sources 

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Au Cameroun, Bouna Sarr s’apprête à disputer son deuxième match de Coupe d’Afrique avec les Lions à Bafoussam, loin des terres messines où il a laissé des souvenirs mémorables à ses formateurs. Dominique Bijotat et Albert Cartier qui ont guidé ses pas dans le monde du football, ont accepté, pour L’Observateur, de plonger dans leurs souvenirs du polyvalent néo-lion. 

Pour son match inaugural en phase finale de Coupe d’Afrique des nations, Bouna Sarr, le joueur du Bayern Munich, révélé au FC Metz, n’a pas connu de dépassement de fonction pour de mauvaises raisons. Il n’a pas été non plus un soliste assourdissant qui cherchait à éclipser l’harmonie générale des Lions certes précaire. Ses quelques éclairs moins solaires que les rares fulgurances de Sadio Mané ont suffi à son bonheur. Et à celui des fanas de football. Ni la chaleur ardente de Bafoussam au Cameroun ni l’enjeu du premier match de Can contre le Zimbabwe (1-0) n’ont érodé ses certitudes. Il savait les efforts à fournir, les replacements, les compensations et les ajustements indispensables à l’équilibre de l’équipe. Le Néo-lion a respecté son cahier de charges, comme a pu le constater la légende Henri Camara à l’issue du match. «J’ai été agréablement surpris par Bouna Sarr (en position d’excentré droit, Ndlr). Je ne l’attendais pas à ce niveau d’excellence sur la ligne d’attaque. Avec Sadio Mané, ils ont été les plus remuants.» A la suite du recordman des sélections, Bouna Sarr a aussi eu droit au pouce levé de Pape Fall. Ce dernier deux fois meilleur latéral de la Can, devenu technicien chevronné, a salué la «liberté» du natif de Lyon (29 ans) en le couronnant du titre de «l’homme le plus fort côté sénégalais face au Zimbabwe. Non seulement, il prenait des risques, mais il jouait. Bouna essayait de jouer par rapport aux autres sur ses prises d’initiatives, sa volonté de créer, ses changements de rythme.» Ses bonnes performances depuis son arrivée en sélection font dissiper les déclarations polémiques qui l’ont précédé dans la Tanière. C’est sur le terrain qu’il s’exprime le mieux. Alors, pour comprendre son jeu, la part d’innée et d’acquis, L’Observateur est retourné au Fc Metz, là où tout a commencé pour recueillir les témoignages éloquents des entraîneurs qui lui ont mis le pied à l’étrier, ont façonné sa technique et forgé son moral de compétiteur. Dominique Bijotat, ancien international français reconverti entraîneur, a été le premier formateur, à voir Bouna Sarr pousser les portes du centre de formation alors qu’il tenait à peine sur ses 17 ans. Il ressasse l’image d’un jeune studieux. «Il était à cheval entre l’équipe (première) et la réserve. Je l’ai installé dans l’équipe. Pas toujours au même poste, il jouait parfois plus axial (attaquant). Mais je présageais chez lui, un joueur de côté. Peut-être pas défensif parce que c’était un garçon qui aimait participer aux actions offensives. Il n’avait pas les réflexes défensifs, mais avait un gros volume de jeu et une bonne maîtrise technique.» 

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Les mêmes défauts que Sadio Mané à ses débuts
Comme les jeunes footballeurs de son âge, biberonnés à la télé, la tête farcie de rêves, Bouna Sarr laissait entrevoir dans ses chevauchées sur le chemin de la réussite des imperfections pouvant nuire à son éclosion. «Parfois, il avait des déchets. Il n’était pas toujours juste. Il allait un peu trop au bout de sa première idée. Il perdait le ballon parce qu’il voulait éliminer trois joueurs sur une même action. Sadio était pareil au départ. Bouna n’avait pas encore tout l’équilibre. Souvent, il démarrait une action et la finissait de la même façon.» A ces défauts de jeunesse qui traduisaient son manque d’expérience s’ajoutait «son entêtement». «Mais avec beaucoup de conviction, tempère Dominique Bijotat. Cette conviction lui a permis d’aller s’imposer dans les grands clubs.» L’envie de réussir qui transpirait du jeune joueur n’avait pas échappé à Albert Cartier, coach du FC Metz de 2011 à 2015. Il dit : «C’était un garçon qui voyait l’avenir de façon très positive sans forcément imaginer pouvoir échouer ou de ne pas réussir.  Un garçon surtout avec un super état d’esprit, une superbe mentalité et puis l’envie de réussir est énorme. Bouna voulait jouer au très haut niveau, il s’est donné les moyens pour y arriver en travaillant énormément. Il a toujours mis le travail et le sérieux au cœur de l’entrainement.» 

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«Au Fc Metz, il parlait déjà du Sénégal»
Dans le monde sélect des footballeurs professionnels, Bouna Sarr a trouvé sa place au sein des sommités. D’abord à l’Olympique de Marseille, seul club français à épingler une étoile à son maillot, puis au Fc Bayern Munich qui cannibalise le championnat allemand et illumine la scène internationale avec ses six étoiles. Avec le Sénégal, il dispute la plus prestigieuse compétition africaine. «C’est une belle surprise quand même, parce qu’entre le vouloir et le faire, au milieu, il y a la mer, s’exclame Albert Cartier, entraîneur du Fc Metz de 2011 à 2015. Je suis content qu’il ait rejoint la sélection sénégalaise, il m’a toujours parlé de ce pays, de ses origines, de sa famille et il a toujours eu un amour énorme pour le Sénégal, même quand il était un tout petit joueur en National avec le FC Metz. Il parlait déjà du Sénégal et de ce pays. Ce n’est pas anodin, c’est quelque chose de logique. Aujourd’hui, je trouve plus logique qu’il soit dans l’équipe nationale par rapport à ce qu’il me disait qu’au Bayern Munich, c’est une superbe surprise pour nous tous, une très belle chose.» Dominique Bijotat relève pour s’en féliciter, le niveau d’exigence du joueur. «Je ne suis pas surpris de le voir au très haut niveau, mais qu’il ait une forme de régularité comme il l’a eue quand il était à l’Om est un tout petit peu une surprise pour moi parce que c’était un joueur un peu intermittent dans ses prestations. Son passage à l’Om lui a apporté cette régularité». Pas que. Marseille a été un tournant décisif dans la carrière de Bouna Sarr. Dans ce club coaché à l’époque par Rudi Garcia, le joueur qui rêvait de martyriser les défenses s’est retrouvé à faire le mur. 


«Pendant six mois, on a fait la guerre»
De milieu de terrain, il a glissé vers le poste de latéral droit. Ce repositionnement bénéfique rappelle les rigueurs de la formation. Des bases solides cimentées par des rapports parfois tendus. «S’il est à ce poste aujourd’hui, il peut aussi me remercier sur ça, parce que je l’ai fait travailler très dur défensivement, révèle Albert Cartier. Offensif, un ailier, joueur de côté, le travail défensif ne l’intéressait pas. Pendant six mois, lui et moi, on a fait la guerre. A la fin, j’ai gagné cette guerre. Mais on l’a gagnée ensemble, parce qu’il peut aujourd’hui évoluer dans un autre poste que celui qu’il avait quand il a débuté. Je pense qu’il a compris que le football, il y a deux matches : offensif et défensif, un avec le ballon et un sans ballon. Et ça, il a mis six mois pour le comprendre. C’était dur, parce que c’est quelqu’un qui a du caractère, de la personnalité, il ne voulait pas céder.» Gamin, Bouna Sarr était assis sur ses convictions. Mais face à l’intransigeance de son mentor, le joueur n’avait d’autre possibilité que de ravaler son orgueil. Le temps ayant fait son œuvre, il récolte les fruits de son travail et de sa méticulosité. Le poste de défenseur qui était son cauchemar lui semble taillé sur mesure. «Le profil du football a évolué, les latéraux sont des joueurs techniques qui ont autant d’adresse, de maîtrise technique qu’un attaquant. Aujourd’hui un latéral a tous les bagages techniques de centre, de prise de balle, de jeu à l’intérieur, d’appel, de jeu de tête. Bouna, son jeu aérien était une catastrophe. Il était «anti-jeu» aérien, il fallait qu’on travaille ça, parce qu’il en aura besoin. Quand il arrive à un certain niveau, il en aurait besoin. Le poste latéral a évolué et lui c’est tout à fait le poste qui lui convient. La capacité à répéter des efforts dans le couloir, à animer un couloir pas seulement offensif. Et aujourd’hui, il n’a plus de problème pour le faire, il est armé, il a les outils pour le faire et il sait le faire avec de la qualité.» Ce repositionnement réussi, Bouna Sarr le doit aussi à son travail méticuleux. Son «sang-froid»,  son «calme dans son premier contact avec le ballon» a émerveillé son coach formateur, Dominique Bijotat. «Je pense qu’aujourd’hui dans cette situation où il faudra défendre dans le un contre un, il en a toutes les qualités, l’agressivité, la hargne, la vitesse de pied, course. C’est un contre-attaquant de très bon niveau.» La perfection n’étant pas de ce monde, l’ancien international français conseille à son ex-poulain d’améliorer «sa qualité de centre, sa variété dans cet exercice, dans la fin de ses actions quand il est sur les côtés.» Albert Cartier acquiesce.  «Je dirais encore la dernière passe. Il doit être capable d’emmener plus de passes décisives, de centres devant les buts qui donneront des opportunités à l’équipe, d’abord des occasions et des buts, des situations offensives.» 


Ousmane Diop, Idrissa Sané (Envoyés spéciaux)

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Publié par

Namory BARRY

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